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Les parlers urbains africains au prisme du plurilinguisme : description sociolinguistique

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Le nouchi, ou mélange de langue, traité d’ “argot abidjanais” au début des années 80 (Kouadio, 1992 :178) s’est imposé progressivement comme style d’expression populaire en Côte d’Ivoire. Dans sa pratique, cette variété est diversement interprétée par les chercheurs. Pour les uns, c’est le signe de l’appropriation réussie du français par les locuteurs ivoiriens (Aboa, 2011 : 53). Pour d’autres, le nouchi est la volonté de reconnaissance, d’identification de certains jeunes (Lafage 2002 ; 35 ; Kouadio, 2008) qui le revendiquent comme moyen d’affirmation de leur esprit créateur et de leur volonté de liberté et d’autonomie (Cissé, 2015). En marge de ces différentes prises de positions théoriques qui rendent compte de sa mutation, le nouchi reste encore attaché à son statut marginal, servant de codes et de tactiques criminelles aux rebuts sociaux et autres déviants pour couvrir leurs activités criminelles, alimentant ainsi l’insécurité urbaine. C’est le cas pour le trafic de drogues. Une criminalité en pleine expansion à Abidjan qui résiste aux politiques et actions de lutte informelles et Etatiques (MDM, 2014 ; RAIDH, 2015 ; DPSD, 2016) et dont les acteurs sont fortement imprégnés de cette technique d’expression. L’objectif de cet article est de montrer l’incidence du nouchi sur la lutte contre le trafic de drogues à Abidjan. Au plan méthodologique, l’étude s’est déroulée à Abidjan dans le quartier d’Adjamé, centre commercial qui regorge des fumoirs et des marchés de drogues et à Yopougon wassakara. Elle a porté sur 60 enquêtés composés de trafiquants de drogues (33), de sujets parlant le nouchi (05), des agents des forces de l’ordre (15), des commerçants de médicaments prohibés, des usagers (07), choisis à partir d’un échantillonnage en boule de neige. Il s’est agi d’identifier les expressions utilisées par les acteurs du trafic de drogues, d’en saisir les sens et d’appréhender leurs rôles dans le développement des trafics. A travers ses codes, expressions et symboles, à la fois variés, diversifiés et polysémiques, le nouchi sert de tactiques criminelle aux délinquants. Il contribue d’une part à dissimuler les activités de vente, tromper la vigilance des acteurs sociaux et réduire les risques d’interpellation et de saisies des drogues. D’autre part, à travers des appellations qui vantent les effets des produits, il favorise l’usage des drogues et l’état de toxicomanie.
Title: Les parlers urbains africains au prisme du plurilinguisme : description sociolinguistique
Description:
Le nouchi, ou mélange de langue, traité d’ “argot abidjanais” au début des années 80 (Kouadio, 1992 :178) s’est imposé progressivement comme style d’expression populaire en Côte d’Ivoire.
Dans sa pratique, cette variété est diversement interprétée par les chercheurs.
Pour les uns, c’est le signe de l’appropriation réussie du français par les locuteurs ivoiriens (Aboa, 2011 : 53).
Pour d’autres, le nouchi est la volonté de reconnaissance, d’identification de certains jeunes (Lafage 2002 ; 35 ; Kouadio, 2008) qui le revendiquent comme moyen d’affirmation de leur esprit créateur et de leur volonté de liberté et d’autonomie (Cissé, 2015).
En marge de ces différentes prises de positions théoriques qui rendent compte de sa mutation, le nouchi reste encore attaché à son statut marginal, servant de codes et de tactiques criminelles aux rebuts sociaux et autres déviants pour couvrir leurs activités criminelles, alimentant ainsi l’insécurité urbaine.
C’est le cas pour le trafic de drogues.
Une criminalité en pleine expansion à Abidjan qui résiste aux politiques et actions de lutte informelles et Etatiques (MDM, 2014 ; RAIDH, 2015 ; DPSD, 2016) et dont les acteurs sont fortement imprégnés de cette technique d’expression.
L’objectif de cet article est de montrer l’incidence du nouchi sur la lutte contre le trafic de drogues à Abidjan.
Au plan méthodologique, l’étude s’est déroulée à Abidjan dans le quartier d’Adjamé, centre commercial qui regorge des fumoirs et des marchés de drogues et à Yopougon wassakara.
Elle a porté sur 60 enquêtés composés de trafiquants de drogues (33), de sujets parlant le nouchi (05), des agents des forces de l’ordre (15), des commerçants de médicaments prohibés, des usagers (07), choisis à partir d’un échantillonnage en boule de neige.
Il s’est agi d’identifier les expressions utilisées par les acteurs du trafic de drogues, d’en saisir les sens et d’appréhender leurs rôles dans le développement des trafics.
A travers ses codes, expressions et symboles, à la fois variés, diversifiés et polysémiques, le nouchi sert de tactiques criminelle aux délinquants.
Il contribue d’une part à dissimuler les activités de vente, tromper la vigilance des acteurs sociaux et réduire les risques d’interpellation et de saisies des drogues.
D’autre part, à travers des appellations qui vantent les effets des produits, il favorise l’usage des drogues et l’état de toxicomanie.

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