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La Fenêtre encyclopédique : produire des savoirs de référence sur le sommeil à travers les encyclopédies européennes des Lumières (1700-1780)

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Le siècle des Lumières a été celui des encyclopédies, dont une édition a paru tous les deux ans environ. Publiés sous le nom de dictionnaire universel ou d’encyclopédie, se substituant à d’autres livres dont ils abrègent les connaissances au format de l’article, ces recueils promettent au lecteur d’accéder à un savoir universel. La Fenêtre encyclopédique étudie cette promesse en abordant ces livres comme des lieux de transformation du savoir. Elle compare les pratiques de rédaction dans une quinzaine d’encyclopédies européennes en quatre langues publiées au cours de la période 1700-1780, rééditions comprises, et analyse les rapports de l’imprimé au savoir et à l’innovation intellectuelle autour du cas des définitions du sommeil. Celles-ci ont cristallisé de nombreux enjeux savants à la fois médicaux et philosophiques, justifiant l’étude du sommeil comme objet à définir. Une théorie médicale abrégée au format de l’article devenait-elle accessible à un nouveau public, au-delà des spécialistes ? Le savoir proposé comme référence au lecteur était-il actuel au regard des connaissances disponibles ? L’étude de ce savoir en modification prend l’article consacré au sommeil et les textes liminaires des encyclopédies comme laboratoires d’analyse de la production du savoir. Celle-ci est aussi éclairée à partir d’autres textes, dictionnaires de langue, recueils de proverbes, dictionnaires et traités médicaux, périodiques et correspondances. La première partie situe l’encyclopédie dans l’univers des livres de référence qui, comme elle, sont fondés sur la compilation et autorisent une lecture discontinue par consultation d’articles. Elle montre que l’encyclopédie sélectionne certaines formes de savoir et n’offre pas un état des connaissances médicales sur le sommeil, mais seulement des bribes d’une ou de deux théories de préférence à d’autres qui sont tues. La deuxième partie interroge les modalités du travail de rédaction et met en évidence qu’au cours de la période l’emprunt par couper-coller se généralise, accélérant la rédaction. La publication de ces recueils met donc en tension la double nature de la compilation, à la fois technique savante de travail sur les textes et production d’une marchandise imprimée. Il en résulte l’élaboration européenne d’une législation pénalisant l’emprunt par extrait au cours du premier tiers du XVIIIe siècle, qui est étudiée. Vouant la compilation à l’illégalité, elle rend le livre encyclopédique paradoxal : partout sauf en Angleterre, l’encyclopédie devient une contrefaçon autorisée à la vente. Face au privilège de librairie ou, en Angleterre, à la crainte de litiges, les encyclopédistes élaborent alors un contre-discours justifiant l’extrait comme une pratique d’auteur bien que dans leurs articles, des ciseaux de plus en plus grands remplacent la plume. La troisième partie examine l’impact de la compilation sur le savoir publié. L’étude fait apparaître que l’écriture encyclopédique ne traduit pas les connaissances dans une langue ordinaire mais les appauvrit. Contre l’idée selon laquelle le savoir encyclopédique aurait été dépassé en raison des progrès des connaissances intervenus entre les moments de la rédaction et de la publication, elle fait valoir qu’il était presque toujours désuet dès l’enregistrement des sources, faute de livres actuels. Publier l’innovation scientifique au XVIIIe siècle a d’abord été une question de ressources matérielles. L’encyclopédie ne donne pas accès aux savoirs d’une période, mais aux livres dont disposaient les compilateurs. À la croisée des histoires du livre, des sciences et des savoirs et de la médecine, La Fenêtre encyclopédique met en valeur la matérialité de la production du savoir imprimé. Dépassant le binôme historiographique Cyclopædia-Encyclopédie de Paris vers une comparaison pan-européenne, elle rend visible que l’encyclopédisme des Lumières a été un processus d’inter-lectures et d’inter-écritures multiples à l’échelle de l’Europe.
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Title: La Fenêtre encyclopédique : produire des savoirs de référence sur le sommeil à travers les encyclopédies européennes des Lumières (1700-1780)
Description:
Le siècle des Lumières a été celui des encyclopédies, dont une édition a paru tous les deux ans environ.
Publiés sous le nom de dictionnaire universel ou d’encyclopédie, se substituant à d’autres livres dont ils abrègent les connaissances au format de l’article, ces recueils promettent au lecteur d’accéder à un savoir universel.
La Fenêtre encyclopédique étudie cette promesse en abordant ces livres comme des lieux de transformation du savoir.
Elle compare les pratiques de rédaction dans une quinzaine d’encyclopédies européennes en quatre langues publiées au cours de la période 1700-1780, rééditions comprises, et analyse les rapports de l’imprimé au savoir et à l’innovation intellectuelle autour du cas des définitions du sommeil.
Celles-ci ont cristallisé de nombreux enjeux savants à la fois médicaux et philosophiques, justifiant l’étude du sommeil comme objet à définir.
Une théorie médicale abrégée au format de l’article devenait-elle accessible à un nouveau public, au-delà des spécialistes ? Le savoir proposé comme référence au lecteur était-il actuel au regard des connaissances disponibles ? L’étude de ce savoir en modification prend l’article consacré au sommeil et les textes liminaires des encyclopédies comme laboratoires d’analyse de la production du savoir.
Celle-ci est aussi éclairée à partir d’autres textes, dictionnaires de langue, recueils de proverbes, dictionnaires et traités médicaux, périodiques et correspondances.
La première partie situe l’encyclopédie dans l’univers des livres de référence qui, comme elle, sont fondés sur la compilation et autorisent une lecture discontinue par consultation d’articles.
Elle montre que l’encyclopédie sélectionne certaines formes de savoir et n’offre pas un état des connaissances médicales sur le sommeil, mais seulement des bribes d’une ou de deux théories de préférence à d’autres qui sont tues.
La deuxième partie interroge les modalités du travail de rédaction et met en évidence qu’au cours de la période l’emprunt par couper-coller se généralise, accélérant la rédaction.
La publication de ces recueils met donc en tension la double nature de la compilation, à la fois technique savante de travail sur les textes et production d’une marchandise imprimée.
Il en résulte l’élaboration européenne d’une législation pénalisant l’emprunt par extrait au cours du premier tiers du XVIIIe siècle, qui est étudiée.
Vouant la compilation à l’illégalité, elle rend le livre encyclopédique paradoxal : partout sauf en Angleterre, l’encyclopédie devient une contrefaçon autorisée à la vente.
Face au privilège de librairie ou, en Angleterre, à la crainte de litiges, les encyclopédistes élaborent alors un contre-discours justifiant l’extrait comme une pratique d’auteur bien que dans leurs articles, des ciseaux de plus en plus grands remplacent la plume.
La troisième partie examine l’impact de la compilation sur le savoir publié.
L’étude fait apparaître que l’écriture encyclopédique ne traduit pas les connaissances dans une langue ordinaire mais les appauvrit.
Contre l’idée selon laquelle le savoir encyclopédique aurait été dépassé en raison des progrès des connaissances intervenus entre les moments de la rédaction et de la publication, elle fait valoir qu’il était presque toujours désuet dès l’enregistrement des sources, faute de livres actuels.
Publier l’innovation scientifique au XVIIIe siècle a d’abord été une question de ressources matérielles.
L’encyclopédie ne donne pas accès aux savoirs d’une période, mais aux livres dont disposaient les compilateurs.
À la croisée des histoires du livre, des sciences et des savoirs et de la médecine, La Fenêtre encyclopédique met en valeur la matérialité de la production du savoir imprimé.
Dépassant le binôme historiographique Cyclopædia-Encyclopédie de Paris vers une comparaison pan-européenne, elle rend visible que l’encyclopédisme des Lumières a été un processus d’inter-lectures et d’inter-écritures multiples à l’échelle de l’Europe.

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