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Maurice Blanchot et son écriture
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C’est l’inspiration qui nous incite essentiellement à la parole. Mais l’homme, avant l’acte d’écrire/parler et au moment de l’acte ou après l’acte, est-il identique ? Si le sujet de l’acte pourrait y répondre positivement, nous le contestons. A quel moment arrive donc à l’homme une fissure d’identité ? Nous montrons qu’elle lui arrive au moment de l’inspiration. A l’aube de la philosophie, Platon suppose l’identité entre ce que l’inspiration demande à l’homme de mettre en mots et les mots qu’il lui confère. Le dualisme platonicien du monde sensible et de celui suprasensible est connu, mais cette structure qui envisage l’idée en tant que but final est, comme le détecte correctement Nietzsche, elle-même motivée par l’idée. Cette dernière, en tant qu’inspiration, déclenche et guide le mouvement platonicien vers elle. Située au commencement aussi bien qu’à la fin, elle est identique, et Hegel et Heidegger sont dans la même lignée. C’est contre et dans cette identité qui constitue un cercle, que nous introduisons une différence ou une altérité, et cela notamment par l’idée d’immédiat. L’inspiration, lorsqu’elle nous arrive, n’y reste pas ; aussitôt apparue, elle disparaît immédiatement et en même temps. Elle ne reste pas pour nous guider vers elle mais ne fait que passer, ce qui revient à signifier qu’elle ne nous montre pas sa présence directrice, mais son absence. D’où que, si l’homme croit donner ses mots à ce que l’inspiration lui murmure sans langage, il les donne en réalité à la trace de l’inspiration ou à l’absence de l’inspiration. Par les mots, il n’incarne pas l’inspiration mais il en forme une image, et l’une des plus grandes problématiques est que Platon, Hegel et Heidegger prennent l’image comme inspiration, ils prennent l’absence de quelque chose comme sa présence, sans différence ni altérité. Cette homogénéisation de l’une et de l’autre qui sont en réalité différentes l’une de l’autre, ainsi que l’identité à laquelle elle aboutit, sont dues à la puissance magique de l’image dont il n’est pas facile de se rendre compte.Mais, par l’idée de différence et d’altérité, ne pourrait-on pas dire que commence alors quelque chose d’autre que l’inspiration, c’est-à-dire quelque chose de nouveau ? C’est le cas de la pensée de Levinas. Et pourtant, le juif, dont nous découvrons que la pensée consiste à étendre la spécificité de l’inspiration d’un instant à tous les instants, prépare une radicalisation blanchotienne de l’absence. C’est par le langage que se réalise cette radicalisation. Le langage n’est pas une série de mots munis de sens cohérents, mais il est avant tout une série de phonèmes et de lettres. D’ailleurs, cette série n’est pas une continuité : lorsque chaque phonème, par son immédiateté, disparaît en même temps qu’il apparaît, il est totalement indifférent de ce qui le précède et de ce qui le suit. Il rompt tout rapport avec les autres au niveau spatio-temporel, ce qui fait de la série de phonèmes une continuité du discontinu. Ainsi, ce que l’homme obtient par le langage, est-ce non une totalité langagière constituant une signification, mais un ensemble d’inspirations disparues à chaque moment, à savoir un ensemble d’images qui n’ont aucun rapport les unes avec les autres. Notre recherche nous mènera alors à répondre à la question de savoir si l’homme, avant l’acte d’écrire/parler et au moment de l’acte ou après l’acte, est identique. Nous y répondons négativement, non que le langage confère une nouvelle identité à un homme, mais qu’il lui échappe à chaque instant, c’est-à-dire qu’il ne s’est jamais agi d’une identité quelconque, sauf d’une identité basée sur une image fallacieusement continuelle.
Title: Maurice Blanchot et son écriture
Description:
C’est l’inspiration qui nous incite essentiellement à la parole.
Mais l’homme, avant l’acte d’écrire/parler et au moment de l’acte ou après l’acte, est-il identique ? Si le sujet de l’acte pourrait y répondre positivement, nous le contestons.
A quel moment arrive donc à l’homme une fissure d’identité ? Nous montrons qu’elle lui arrive au moment de l’inspiration.
A l’aube de la philosophie, Platon suppose l’identité entre ce que l’inspiration demande à l’homme de mettre en mots et les mots qu’il lui confère.
Le dualisme platonicien du monde sensible et de celui suprasensible est connu, mais cette structure qui envisage l’idée en tant que but final est, comme le détecte correctement Nietzsche, elle-même motivée par l’idée.
Cette dernière, en tant qu’inspiration, déclenche et guide le mouvement platonicien vers elle.
Située au commencement aussi bien qu’à la fin, elle est identique, et Hegel et Heidegger sont dans la même lignée.
C’est contre et dans cette identité qui constitue un cercle, que nous introduisons une différence ou une altérité, et cela notamment par l’idée d’immédiat.
L’inspiration, lorsqu’elle nous arrive, n’y reste pas ; aussitôt apparue, elle disparaît immédiatement et en même temps.
Elle ne reste pas pour nous guider vers elle mais ne fait que passer, ce qui revient à signifier qu’elle ne nous montre pas sa présence directrice, mais son absence.
D’où que, si l’homme croit donner ses mots à ce que l’inspiration lui murmure sans langage, il les donne en réalité à la trace de l’inspiration ou à l’absence de l’inspiration.
Par les mots, il n’incarne pas l’inspiration mais il en forme une image, et l’une des plus grandes problématiques est que Platon, Hegel et Heidegger prennent l’image comme inspiration, ils prennent l’absence de quelque chose comme sa présence, sans différence ni altérité.
Cette homogénéisation de l’une et de l’autre qui sont en réalité différentes l’une de l’autre, ainsi que l’identité à laquelle elle aboutit, sont dues à la puissance magique de l’image dont il n’est pas facile de se rendre compte.
Mais, par l’idée de différence et d’altérité, ne pourrait-on pas dire que commence alors quelque chose d’autre que l’inspiration, c’est-à-dire quelque chose de nouveau ? C’est le cas de la pensée de Levinas.
Et pourtant, le juif, dont nous découvrons que la pensée consiste à étendre la spécificité de l’inspiration d’un instant à tous les instants, prépare une radicalisation blanchotienne de l’absence.
C’est par le langage que se réalise cette radicalisation.
Le langage n’est pas une série de mots munis de sens cohérents, mais il est avant tout une série de phonèmes et de lettres.
D’ailleurs, cette série n’est pas une continuité : lorsque chaque phonème, par son immédiateté, disparaît en même temps qu’il apparaît, il est totalement indifférent de ce qui le précède et de ce qui le suit.
Il rompt tout rapport avec les autres au niveau spatio-temporel, ce qui fait de la série de phonèmes une continuité du discontinu.
Ainsi, ce que l’homme obtient par le langage, est-ce non une totalité langagière constituant une signification, mais un ensemble d’inspirations disparues à chaque moment, à savoir un ensemble d’images qui n’ont aucun rapport les unes avec les autres.
Notre recherche nous mènera alors à répondre à la question de savoir si l’homme, avant l’acte d’écrire/parler et au moment de l’acte ou après l’acte, est identique.
Nous y répondons négativement, non que le langage confère une nouvelle identité à un homme, mais qu’il lui échappe à chaque instant, c’est-à-dire qu’il ne s’est jamais agi d’une identité quelconque, sauf d’une identité basée sur une image fallacieusement continuelle.
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