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La métallurgie dans la Porte de Bourgogne au 17e siècle
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Déjà marqué de longue date par l’exploitation des mines polymétalliques du Rosemont, la Porte de Bourgogne voit, de la fin du 16e siècle aux années 1680, l’implantation d’un nombre important de grosses forges, avec dans l’ordre chronologique celles de Chagey, d’Audincourt, de Blussans, de Belfort, de Grandvillars et de Lucelle, qui essaiment dans la vallée de l’Ognon avec celles de Bonnal, de Montagney et de Larians. La production de ces forges dépasse de très loin les besoins d’une population décimée par la Guerre de Trente Ans.Le modèle économique prédominant, et profondément novateur, est celui d’une production de masse, exploitant pleinement les capacités des établissements, écoulée à travers des réseaux marchands complexes, qui vont de Genève à Schaffhouse, et de Strasbourg à Berne. Les grosses forges appartiennent ainsi à un modèle économique intermédiaire, entre les deux dimensions établies par Fernand Braudel de l’économie de marché locale et du monde capitaliste des grands marchands internationaux. Elles supposent des apports en capitaux importants, tant pour constituer les approvisionnements que pour assurer le crédit aux revendeurs, que seuls les grands marchands peuvent fournir.L’histoire de ces forges représente ainsi un combat pour la répartition de la valeur ajoutée entre les seigneurs propriétaires, qui tiennent les minières, les forêts et la ressource hydraulique, leurs fermiers maîtres de forges, et les grands marchands, entre la propriété foncière, le savoir technique et les réseaux commerciaux et financiers. Pris entre deux feux, les maîtres de forge, et en particulier la famille Barbaud, mènent des stratégies visant à assurer leur suprématie, qui vont de l’achat de seigneuries suivi de la création de nouvelles usines à des tentatives d’établissement d’un monopole de la production sur un périmètre allant du Val-de-Saône à la Forêt-Noire, stratégies qui se heurtent aux réactions seigneuriales, à celles des marchands, et au manque de capitaux suffisants, en dépit des ressources procurées par le trafic du sel, la mainmise sur les fermes du roi et l’exploitation des mines d’argent, de l’appui successif des clans Colbert et de Louvois, et des alliances matrimoniales nouées tant à Bâle qu’à Genève. Leur appartenance résolue au protestantisme et les incidences des guerres de Louis XIV sur le commerce en direction de la Suisse et de l’Allemagne compliquent encore la donne.D’autres acteurs participent, à leur échelle, à ce jeu complexe, et en particulier les communautés villageoises, qui découvrent que les forêts usagères, jusque-là sous-exploitées, prennent avec la présence des forges une valeur qu’elles entendent bien marchander. Les retombées économiques des usines, à travers les ouvriers internes détenteurs des savoir-faire empiriques, et les ouvriers externes qui assurent l’approvisionnement en mine et en charbon de bois, se conjuguent avec des modifications fortes des modes de vie traditionnels et des mélanges de populations qui s’interpénètrent difficilement.
Title: La métallurgie dans la Porte de Bourgogne au 17e siècle
Description:
Déjà marqué de longue date par l’exploitation des mines polymétalliques du Rosemont, la Porte de Bourgogne voit, de la fin du 16e siècle aux années 1680, l’implantation d’un nombre important de grosses forges, avec dans l’ordre chronologique celles de Chagey, d’Audincourt, de Blussans, de Belfort, de Grandvillars et de Lucelle, qui essaiment dans la vallée de l’Ognon avec celles de Bonnal, de Montagney et de Larians.
La production de ces forges dépasse de très loin les besoins d’une population décimée par la Guerre de Trente Ans.
Le modèle économique prédominant, et profondément novateur, est celui d’une production de masse, exploitant pleinement les capacités des établissements, écoulée à travers des réseaux marchands complexes, qui vont de Genève à Schaffhouse, et de Strasbourg à Berne.
Les grosses forges appartiennent ainsi à un modèle économique intermédiaire, entre les deux dimensions établies par Fernand Braudel de l’économie de marché locale et du monde capitaliste des grands marchands internationaux.
Elles supposent des apports en capitaux importants, tant pour constituer les approvisionnements que pour assurer le crédit aux revendeurs, que seuls les grands marchands peuvent fournir.
L’histoire de ces forges représente ainsi un combat pour la répartition de la valeur ajoutée entre les seigneurs propriétaires, qui tiennent les minières, les forêts et la ressource hydraulique, leurs fermiers maîtres de forges, et les grands marchands, entre la propriété foncière, le savoir technique et les réseaux commerciaux et financiers.
Pris entre deux feux, les maîtres de forge, et en particulier la famille Barbaud, mènent des stratégies visant à assurer leur suprématie, qui vont de l’achat de seigneuries suivi de la création de nouvelles usines à des tentatives d’établissement d’un monopole de la production sur un périmètre allant du Val-de-Saône à la Forêt-Noire, stratégies qui se heurtent aux réactions seigneuriales, à celles des marchands, et au manque de capitaux suffisants, en dépit des ressources procurées par le trafic du sel, la mainmise sur les fermes du roi et l’exploitation des mines d’argent, de l’appui successif des clans Colbert et de Louvois, et des alliances matrimoniales nouées tant à Bâle qu’à Genève.
Leur appartenance résolue au protestantisme et les incidences des guerres de Louis XIV sur le commerce en direction de la Suisse et de l’Allemagne compliquent encore la donne.
D’autres acteurs participent, à leur échelle, à ce jeu complexe, et en particulier les communautés villageoises, qui découvrent que les forêts usagères, jusque-là sous-exploitées, prennent avec la présence des forges une valeur qu’elles entendent bien marchander.
Les retombées économiques des usines, à travers les ouvriers internes détenteurs des savoir-faire empiriques, et les ouvriers externes qui assurent l’approvisionnement en mine et en charbon de bois, se conjuguent avec des modifications fortes des modes de vie traditionnels et des mélanges de populations qui s’interpénètrent difficilement.
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