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L'imprimerie nationale au travail (1793-1830)
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Héritière de l’imprimerie royale, l’imprimerie nationale voit le jour dans le moment révolutionnaire. La nécessité de maîtriser et de contrôler la communication officielle s’impose de manière inédite en 1793 dans une France révolutionnaire en guerre, intérieure et extérieure, contre toute l’Europe coalisée. L’imprimerie devient, dès lors, un outil de gouvernement indispensable pour le nouveau pouvoir en place, une instance de légitimation de l’authenticité du texte législatif et politique. Devenue « imprimerie de la République » en 1795, puis « imprimerie impériale » en 1804, cette « grande manufacture nationale » est d’abord une imprimerie administrative, chargée de l’impression de la Loi et de toutes les impressions des ministères et administrations publiques. Si les premières années de la Révolution réduisent son rôle à l’impression de ces textes normatifs et législatifs, dès l’avènement du Directoire, l’imprimerie de la République renoue avec l’héritage de l’ancienne imprimerie royale, progressivement chargée de l’impression de belles éditions, d’ouvrages dits « de sciences et d’art », l’imprimerie nationale s’inscrit alors cœur des circulations matérielles et techniques européennes. Le modèle de l’imprimerie nationale s’exporte et voyage, du Caire à Corfou. L’enjeu de cette étude est autant de réinscrire l’imprimerie nationale dans les processus politiques de son temps, au cœur des projets portés par les gouvernements qui se succèdent entre 1793 et 1830, que d’envisager cet établissement national comme un espace professionnel qui témoigne des grandes transformations de l’organisation du travail au tournant du XIXe siècle. La spécificité de cet établissement réside dans son administration en régie par l’État. Si l’imprimerie nationale est un rouage indispensable de la diffusion de l’information officielle et l’instrument d’une propagande à la gloire de la Nation et de ses gouvernements, elle est aussi un atelier, espace clos, où travaillent quotidiennement plusieurs centaines d’ouvriers. L’État employeur y est responsable de la mise en œuvre d’une organisation du travail guidée par des impératifs de célérité, d’efficacité et de sûreté de la diffusion de l’information exécutive ; il doit également composer avec ses fragilités financières qui ne cessent de mettre en péril le bon fonctionnement de l’établissement tout au long de la période. Travailler pour l’État transforme également les représentations, revendications et constructions de l’identité professionnelle des travailleurs. Dans un monde du livre bousculé par la Révolution et l’évolution des structures de régulation du métier, les ouvriers de l’imprimerie nationale ont immédiatement conscience de l’importance de leur rôle stratégique pour l’État. Entre la persistance et l’attachement à un mode de production artisanal propre à « l’Ancien Régime typographique » et l’appropriation d’un discours politique révolutionnaire, les travailleurs de l’imprimerie nationale s’affirment progressivement – dans le cadre de luttes salariales, de négociation ou d’affrontement avec l’État– comme des acteurs de premier plan du Paris ouvrier dans les premières décennies XIXe siècle.
Title: L'imprimerie nationale au travail (1793-1830)
Description:
Héritière de l’imprimerie royale, l’imprimerie nationale voit le jour dans le moment révolutionnaire.
La nécessité de maîtriser et de contrôler la communication officielle s’impose de manière inédite en 1793 dans une France révolutionnaire en guerre, intérieure et extérieure, contre toute l’Europe coalisée.
L’imprimerie devient, dès lors, un outil de gouvernement indispensable pour le nouveau pouvoir en place, une instance de légitimation de l’authenticité du texte législatif et politique.
Devenue « imprimerie de la République » en 1795, puis « imprimerie impériale » en 1804, cette « grande manufacture nationale » est d’abord une imprimerie administrative, chargée de l’impression de la Loi et de toutes les impressions des ministères et administrations publiques.
Si les premières années de la Révolution réduisent son rôle à l’impression de ces textes normatifs et législatifs, dès l’avènement du Directoire, l’imprimerie de la République renoue avec l’héritage de l’ancienne imprimerie royale, progressivement chargée de l’impression de belles éditions, d’ouvrages dits « de sciences et d’art », l’imprimerie nationale s’inscrit alors cœur des circulations matérielles et techniques européennes.
Le modèle de l’imprimerie nationale s’exporte et voyage, du Caire à Corfou.
L’enjeu de cette étude est autant de réinscrire l’imprimerie nationale dans les processus politiques de son temps, au cœur des projets portés par les gouvernements qui se succèdent entre 1793 et 1830, que d’envisager cet établissement national comme un espace professionnel qui témoigne des grandes transformations de l’organisation du travail au tournant du XIXe siècle.
La spécificité de cet établissement réside dans son administration en régie par l’État.
Si l’imprimerie nationale est un rouage indispensable de la diffusion de l’information officielle et l’instrument d’une propagande à la gloire de la Nation et de ses gouvernements, elle est aussi un atelier, espace clos, où travaillent quotidiennement plusieurs centaines d’ouvriers.
L’État employeur y est responsable de la mise en œuvre d’une organisation du travail guidée par des impératifs de célérité, d’efficacité et de sûreté de la diffusion de l’information exécutive ; il doit également composer avec ses fragilités financières qui ne cessent de mettre en péril le bon fonctionnement de l’établissement tout au long de la période.
Travailler pour l’État transforme également les représentations, revendications et constructions de l’identité professionnelle des travailleurs.
Dans un monde du livre bousculé par la Révolution et l’évolution des structures de régulation du métier, les ouvriers de l’imprimerie nationale ont immédiatement conscience de l’importance de leur rôle stratégique pour l’État.
Entre la persistance et l’attachement à un mode de production artisanal propre à « l’Ancien Régime typographique » et l’appropriation d’un discours politique révolutionnaire, les travailleurs de l’imprimerie nationale s’affirment progressivement – dans le cadre de luttes salariales, de négociation ou d’affrontement avec l’État– comme des acteurs de premier plan du Paris ouvrier dans les premières décennies XIXe siècle.
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