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Versions de Guenièvre : de la concurrence au consensus.Ou comment et pourquoi la femme d'Arthur devint l'amante de Lancelot
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Guenièvre est constamment présente au sein de la matière de Bretagne, au point qu’elle constitue un repère incontournable du monde arthurien. Pourtant, tout en demeurant un solide marqueur de son univers de fiction, la femme du roi Arthur se décline en de multiples versions concurrentes dans les textes médiévaux - avant de se fixer sous les traits de l’amante de Lancelot. À travers une enquête de nature littéraire qui embrasse l’ensemble de la période médiévale, cette thèse analyse les mécanismes de concurrence, de sélection et de fixation qui aboutissent à la construction d'un consensus autour d'une définition devenue "canonique" de Guenièvre.Du point de vue méthodologique, la recherche s’insère dans une réflexion sur le personnage, la fiction, les genres littéraires médiévaux, les théories de la réception et de la lecture ainsi que la question du canon. Cet apport théorique soutient l’analyse d’un réseau de dynamiques textuelles. De manière complémentaire, l’histoire sociale et politique des quatre derniers siècles du Moyen Âge, l’histoire des représentations et les études de genre (gender studies) permettent d'interroger quelques enjeux de la sélection d'une version particulière de Guenièvre. En effet, si la reine de fiction n’est pas le reflet des "vraies" femmes médiévales, les tensions qui aboutissent au choix d'une certaine définition du personnage révèlent quelques contours du système de valeurs autour duquel se rassemble une communauté de lecteurs.La première partie de la thèse oppose les versions concurrentes de Guenièvre dans une approche synchronique : plusieurs classements sont envisagés, qui considèrent la relation que chaque version du personnage entretient avec des critères comme le genre littéraire ou la forme des textes. A première vue, les chroniques et les romans proposent des définitions concurrentes de la femme d'Arthur. Il semble également possible d'isoler des caractéristiques du personnage typiques des récits brefs. Dans les romans, l'opposition entre vers et prose permet plutôt de dégager, pour chacune de ces formes, des potentialités narratives différentes pour la reine de Logres. La distinction la plus fonctionnelle demeure celle qui oppose la version canonique de Guenièvre (soit la version de Guenièvre qui aime Lancelot) aux versions non canoniques du personnage.La deuxième partie, plus diachronique, retrace les étapes de formation et de diffusion du canon. Cette partie interroge aussi le contexte discursif, social et politique au sein duquel émerge un tel consensus. L’étude se concentre d'abord sur le Cycle Vulgate, un ensemble romanesque en prose écrit au XIIIe siècle, qui constitue vraisemblablement le point de départ du processus qui conduit à la fixation d'une définition consensuelle de Guenièvre. Le cycle rassemble en son sein toutes les versions du personnage décrites dans la littérature antérieure : il met en récit leur concurrence, sélectionne une version légitime et invalide celle qu’il appelle la "fausse Guenièvre". Largement acceptée par les lecteurs, la définition de la reine choisie par le Cycle Vulgate se diffuse abondamment dans la littérature et se fixe comme la norme.Pour interroger les enjeux sociaux et politiques de cette norme, il faut partir de ce à quoi elle s'oppose : visiblement, les données les plus instables de Guenièvre sont liées au genre féminin du personnage. En confrontant les discours contradictoires dont l'épouse d'Arthur fait l'objet tout au long de la période et en examinant le contexte historique dans lequel s'impose la version canonique de la reine, l'étude tente finalement de dégager ce que représente Guenièvre pour ses lecteurs et, sans doute dans une bien moindre mesure, pour ses lectrices du Moyen Âge.
Title: Versions de Guenièvre : de la concurrence au consensus.Ou comment et pourquoi la femme d'Arthur devint l'amante de Lancelot
Description:
Guenièvre est constamment présente au sein de la matière de Bretagne, au point qu’elle constitue un repère incontournable du monde arthurien.
Pourtant, tout en demeurant un solide marqueur de son univers de fiction, la femme du roi Arthur se décline en de multiples versions concurrentes dans les textes médiévaux - avant de se fixer sous les traits de l’amante de Lancelot.
À travers une enquête de nature littéraire qui embrasse l’ensemble de la période médiévale, cette thèse analyse les mécanismes de concurrence, de sélection et de fixation qui aboutissent à la construction d'un consensus autour d'une définition devenue "canonique" de Guenièvre.
Du point de vue méthodologique, la recherche s’insère dans une réflexion sur le personnage, la fiction, les genres littéraires médiévaux, les théories de la réception et de la lecture ainsi que la question du canon.
Cet apport théorique soutient l’analyse d’un réseau de dynamiques textuelles.
De manière complémentaire, l’histoire sociale et politique des quatre derniers siècles du Moyen Âge, l’histoire des représentations et les études de genre (gender studies) permettent d'interroger quelques enjeux de la sélection d'une version particulière de Guenièvre.
En effet, si la reine de fiction n’est pas le reflet des "vraies" femmes médiévales, les tensions qui aboutissent au choix d'une certaine définition du personnage révèlent quelques contours du système de valeurs autour duquel se rassemble une communauté de lecteurs.
La première partie de la thèse oppose les versions concurrentes de Guenièvre dans une approche synchronique : plusieurs classements sont envisagés, qui considèrent la relation que chaque version du personnage entretient avec des critères comme le genre littéraire ou la forme des textes.
A première vue, les chroniques et les romans proposent des définitions concurrentes de la femme d'Arthur.
Il semble également possible d'isoler des caractéristiques du personnage typiques des récits brefs.
Dans les romans, l'opposition entre vers et prose permet plutôt de dégager, pour chacune de ces formes, des potentialités narratives différentes pour la reine de Logres.
La distinction la plus fonctionnelle demeure celle qui oppose la version canonique de Guenièvre (soit la version de Guenièvre qui aime Lancelot) aux versions non canoniques du personnage.
La deuxième partie, plus diachronique, retrace les étapes de formation et de diffusion du canon.
Cette partie interroge aussi le contexte discursif, social et politique au sein duquel émerge un tel consensus.
L’étude se concentre d'abord sur le Cycle Vulgate, un ensemble romanesque en prose écrit au XIIIe siècle, qui constitue vraisemblablement le point de départ du processus qui conduit à la fixation d'une définition consensuelle de Guenièvre.
Le cycle rassemble en son sein toutes les versions du personnage décrites dans la littérature antérieure : il met en récit leur concurrence, sélectionne une version légitime et invalide celle qu’il appelle la "fausse Guenièvre".
Largement acceptée par les lecteurs, la définition de la reine choisie par le Cycle Vulgate se diffuse abondamment dans la littérature et se fixe comme la norme.
Pour interroger les enjeux sociaux et politiques de cette norme, il faut partir de ce à quoi elle s'oppose : visiblement, les données les plus instables de Guenièvre sont liées au genre féminin du personnage.
En confrontant les discours contradictoires dont l'épouse d'Arthur fait l'objet tout au long de la période et en examinant le contexte historique dans lequel s'impose la version canonique de la reine, l'étude tente finalement de dégager ce que représente Guenièvre pour ses lecteurs et, sans doute dans une bien moindre mesure, pour ses lectrices du Moyen Âge.
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