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"Le monde dans un grain de sable" : l'écriture miniaturiste de Steven Millhauser
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Dans un bref essai intitulé « The Ambition of the Short Story », Steven Millhauser proclame de manière volontairement provocatrice la supériorité artistique de la nouvelle sur le roman. Il s’appuie pour ce faire sur un vers du poète romantique William Blake, dont il réoriente radicalement le propos. Tandis que le poète invite à voir « un monde dans un grain de sable », Millhauser affirme qu’il est possible de voir le monde dans un grain de sable. Aux grandes fresques romanesques, Steven Millhauser préfère ainsi une écriture concise et économe, capable de transformer certains « grains de sable » (c’est-à-dire des détails infimes, en apparence ordinaires ou triviaux) en autant de points d’ancrage, permettant à la fiction de dire « le monde ». L’art fictionnel de Steven Millhauser n’est donc pas tant une écriture du minuscule qu’une écriture miniaturiste. Passant sans ambages de l’infime à l’immense et du relatif à l’absolu, la fiction millhausérienne est à la fois un art du détail et de la dé-taille. Dans son tout premier essai, « The Fascination of the Miniature », l’auteur écrit qu’il n’y a « aucune différence entre un grain de sable et une galaxie », soulignant ainsi le rôle fondateur du regard. Car tout dépend du regard et de ses échelles. Le présent travail cherche à expliquer par quels moyens Steven Millhauser met en place une écriture miniaturiste, non seulement dans ses récits brefs, mais également dans son œuvre romanesque. Pour ce faire, cette étude met en évidence la réflexion sur le détail et sur le regard que l’auteur développe à la fois dans ses écrits fictionnels et non fictionnels. Entre théorie et fiction, Millhauser explore les implications « poéthiques » du regard. Il invente un regard métamorphique, conjuguant l’attention et l’imagination, afin de déceler le tout dans le fragment et l’essentiel dans l’insignifiant. L’écriture miniaturiste de Millhauser a un territoire et une échelle privilégiés : la petite ville de Nouvelle-Angleterre, et les « vies minuscules » (l’expression est de l’écrivain Pierre Michon) de ses habitants. En effet, les récits consacrés au quotidien pavillonnaire et suburbain s’offrent le plus souvent comme des fables miniatures, interrogeant la condition humaine. Aux yeux de Millhauser, les grands maîtres réalistes ont « brillamment épuisé une méthode [et] une certaine façon de voir le monde ». Avec son écriture miniaturiste, Steven Millhauser propose justement une certaine méthode et un certain regard. Il invite son lecteur à voir le monde au prisme du « grain de sable » – à suspendre quelque peu son incrédulité, avec les mots de Coleridge, sans pour autant se laisser tromper. Steven Millhauser apporte ainsi sa pierre – ou son grain de sable – à la fiction américaine contemporaine, en proposant moins une écriture du soupçon qu’une écriture du souci, tentant d’inscrire dans le texte ce que l’auteur présente, par le détour d’une périphrase, comme « cette chose éblouissante qu’il faut bien appeler réalité ».
Title: "Le monde dans un grain de sable" : l'écriture miniaturiste de Steven Millhauser
Description:
Dans un bref essai intitulé « The Ambition of the Short Story », Steven Millhauser proclame de manière volontairement provocatrice la supériorité artistique de la nouvelle sur le roman.
Il s’appuie pour ce faire sur un vers du poète romantique William Blake, dont il réoriente radicalement le propos.
Tandis que le poète invite à voir « un monde dans un grain de sable », Millhauser affirme qu’il est possible de voir le monde dans un grain de sable.
Aux grandes fresques romanesques, Steven Millhauser préfère ainsi une écriture concise et économe, capable de transformer certains « grains de sable » (c’est-à-dire des détails infimes, en apparence ordinaires ou triviaux) en autant de points d’ancrage, permettant à la fiction de dire « le monde ».
L’art fictionnel de Steven Millhauser n’est donc pas tant une écriture du minuscule qu’une écriture miniaturiste.
Passant sans ambages de l’infime à l’immense et du relatif à l’absolu, la fiction millhausérienne est à la fois un art du détail et de la dé-taille.
Dans son tout premier essai, « The Fascination of the Miniature », l’auteur écrit qu’il n’y a « aucune différence entre un grain de sable et une galaxie », soulignant ainsi le rôle fondateur du regard.
Car tout dépend du regard et de ses échelles.
Le présent travail cherche à expliquer par quels moyens Steven Millhauser met en place une écriture miniaturiste, non seulement dans ses récits brefs, mais également dans son œuvre romanesque.
Pour ce faire, cette étude met en évidence la réflexion sur le détail et sur le regard que l’auteur développe à la fois dans ses écrits fictionnels et non fictionnels.
Entre théorie et fiction, Millhauser explore les implications « poéthiques » du regard.
Il invente un regard métamorphique, conjuguant l’attention et l’imagination, afin de déceler le tout dans le fragment et l’essentiel dans l’insignifiant.
L’écriture miniaturiste de Millhauser a un territoire et une échelle privilégiés : la petite ville de Nouvelle-Angleterre, et les « vies minuscules » (l’expression est de l’écrivain Pierre Michon) de ses habitants.
En effet, les récits consacrés au quotidien pavillonnaire et suburbain s’offrent le plus souvent comme des fables miniatures, interrogeant la condition humaine.
Aux yeux de Millhauser, les grands maîtres réalistes ont « brillamment épuisé une méthode [et] une certaine façon de voir le monde ».
Avec son écriture miniaturiste, Steven Millhauser propose justement une certaine méthode et un certain regard.
Il invite son lecteur à voir le monde au prisme du « grain de sable » – à suspendre quelque peu son incrédulité, avec les mots de Coleridge, sans pour autant se laisser tromper.
Steven Millhauser apporte ainsi sa pierre – ou son grain de sable – à la fiction américaine contemporaine, en proposant moins une écriture du soupçon qu’une écriture du souci, tentant d’inscrire dans le texte ce que l’auteur présente, par le détour d’une périphrase, comme « cette chose éblouissante qu’il faut bien appeler réalité ».
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