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Une histoire japonaise de la névrose. La phobie interpersonnelle (taijinkyōfu) 1930-1970. Émergence, développement et circulation d’un diagnostic psychiatrique

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La « phobie interpersonnelle » (taijinkyōfu ou taijin kyōfushō) est définie par la psychiatrie japonaise comme une angoisse qui se manifeste en présence d’autres personnes et peut prendre des formes variées telles que la conviction de rougir excessivement, d’avoir un regard anormal, un aspect physique inesthétique, d’émettre une odeur nauséabonde, etc. ; elle provoque une inquiétude quant au fait de susciter le mépris, le rejet ou d’être source de désagrément, et conduit à l’évitement des relations interpersonnelles. Cette entité nosographique, formulée au Japon dans les années 1930, y a depuis lors fait l’objet d’une riche pratique clinique et d’abondantes recherches. L’idée que cette pathologie mentale y serait particulièrement fréquente et reflèterait des caractères spécifiques de la société et de la culture japonaises a longtemps été entretenue par les psychiatres japonais, et c’est ce motif qui a attiré l'attention des psychiatres, mais également des anthropologues étrangers sur ce concept. Dans les années 1990, la phobie interpersonnelle apparaît comme un «syndrome lié à la culture» dans les taxinomies psychiatriques internationales, en même temps que l’idée de la spécificité culturelle du taijinkyōfu s’affaiblit progressivement au Japon. C’est l’histoire particulière de ce concept que ce travail vise à retracer. Au croisement de l’histoire de la psychiatrie et de l’histoire des idées, nous cherchons à comprendre les facteurs théoriques, cliniques et idéologiques qui ont contribué à l’émergence et à la prospérité du concept de phobie interpersonnelle dans la psychiatrie japonaise. En repartant des origines euro-américaines au XIXe siècle du concept d’éreuthophobie, archétype de ce qui deviendra la phobie interpersonnelle, nous décrivons l’émergence du concept de taijinkyōfu, formulé par le psychiatre Morita Shōma (ou Masatake) dans les années 1930, puis analysons ses développements théoriques dans les années 1960-1970.
Agence Bibliographique de l'Enseignement Supérieur
Title: Une histoire japonaise de la névrose. La phobie interpersonnelle (taijinkyōfu) 1930-1970. Émergence, développement et circulation d’un diagnostic psychiatrique
Description:
La « phobie interpersonnelle » (taijinkyōfu ou taijin kyōfushō) est définie par la psychiatrie japonaise comme une angoisse qui se manifeste en présence d’autres personnes et peut prendre des formes variées telles que la conviction de rougir excessivement, d’avoir un regard anormal, un aspect physique inesthétique, d’émettre une odeur nauséabonde, etc.
; elle provoque une inquiétude quant au fait de susciter le mépris, le rejet ou d’être source de désagrément, et conduit à l’évitement des relations interpersonnelles.
Cette entité nosographique, formulée au Japon dans les années 1930, y a depuis lors fait l’objet d’une riche pratique clinique et d’abondantes recherches.
L’idée que cette pathologie mentale y serait particulièrement fréquente et reflèterait des caractères spécifiques de la société et de la culture japonaises a longtemps été entretenue par les psychiatres japonais, et c’est ce motif qui a attiré l'attention des psychiatres, mais également des anthropologues étrangers sur ce concept.
Dans les années 1990, la phobie interpersonnelle apparaît comme un «syndrome lié à la culture» dans les taxinomies psychiatriques internationales, en même temps que l’idée de la spécificité culturelle du taijinkyōfu s’affaiblit progressivement au Japon.
C’est l’histoire particulière de ce concept que ce travail vise à retracer.
Au croisement de l’histoire de la psychiatrie et de l’histoire des idées, nous cherchons à comprendre les facteurs théoriques, cliniques et idéologiques qui ont contribué à l’émergence et à la prospérité du concept de phobie interpersonnelle dans la psychiatrie japonaise.
En repartant des origines euro-américaines au XIXe siècle du concept d’éreuthophobie, archétype de ce qui deviendra la phobie interpersonnelle, nous décrivons l’émergence du concept de taijinkyōfu, formulé par le psychiatre Morita Shōma (ou Masatake) dans les années 1930, puis analysons ses développements théoriques dans les années 1960-1970.

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