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Une histoire de l’exploitation laitière : approches génétique, archéozoologique et biomoléculaire
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Le lait a une place importante dans le régime alimentaire d’un certain nombre de nos sociétés
modernes, en particulier sur le continent européen. Pourtant, le lait n’est entré dans notre régime alimentaire
que tardivement. En effet, ce n’est qu’avec la domestication des bovins, brebis et chèvres il y a plus
de 10 000 ans, que l’homme a commencé à consommer du lait. Le lait frais est riche en lactose, le « sucre
du lait », et sa consommation par des individus qui y sont intolérants peut provoquer des troubles digestifs.
Pourtant, de nos jours, un adulte sur trois dans le monde peut digérer le lactose grâce à la production de
l’enzyme lactase permettant l’hydrolyse du lactose en glucose et galactose. En Europe, la production de
lactase à l’âge adulte est due à une seule mutation (-13910*T) dans le génome humain. Cette adaptation
à la consommation de lait frais depuis la Préhistoire suggère une pression de sélection forte dans la population
européenne. Tandis que l’analyse d’ADN ancien d’individus du début du Néolithique n’a pas permis de
détecter cet allèle, il apparaît chez une proportion plus importante d’individus plusieurs millénaires après la
domestication des bovins et caprinés. Outre les analyses génétiques permettant de détecter si les premiers
agriculteurs avaient la capacité de digérer le lactose, la problématique de l’exploitation du lait pendant la
préhistoire peut être abordée à partir des restes des animaux domestiques. L’étude des ossements animaux
découverts sur les sites archéologiques permet d’avoir accès aux stratégies d’abattage des bovins et caprinés,
et donc à la gestion démographique des troupeaux. Les courbes d’abattage ont permis de montrer que les
caprinés étaient exploités pour leur lait dès le Néolithique précéramique. D’autres méthodes complémentaires
des courbes d’abattage, les analyses isotopiques des restes dentaires animaux (bovins et caprinés),
permettent d’établir la saisonnalité des naissances et l’âge au sevrage. Bien que relativement récentes, ces
études ont déjà montré un sevrage précoce des veaux dans certains sites néolithiques, probablement en lien
avec une durée de lactation plus courte chez les vaches néolithiques. L’étude de tessons de poterie est aussi
un champ d’investigation précieux pour examiner les débuts de l’exploitation laitière. L’identification de
lipides issus de lait dans des poteries du VIIe millénaire a permis de montrer que le lait était bien une
denrée alimentaire au Proche-Orient. De même, la présence de résidus laitiers dans des récipients perforés
découverts dans des sites archéologiques du début du Ve millénaire a permis d’identifier la production
de fromages. Les approches génétique, archéozoologique et biomoléculaire restent complémentaires pour
élucider les débuts de l’histoire de l’exploitation laitière.
Editions des archives contemporaines
Title: Une histoire de l’exploitation laitière : approches génétique, archéozoologique et biomoléculaire
Description:
Le lait a une place importante dans le régime alimentaire d’un certain nombre de nos sociétés
modernes, en particulier sur le continent européen.
Pourtant, le lait n’est entré dans notre régime alimentaire
que tardivement.
En effet, ce n’est qu’avec la domestication des bovins, brebis et chèvres il y a plus
de 10 000 ans, que l’homme a commencé à consommer du lait.
Le lait frais est riche en lactose, le « sucre
du lait », et sa consommation par des individus qui y sont intolérants peut provoquer des troubles digestifs.
Pourtant, de nos jours, un adulte sur trois dans le monde peut digérer le lactose grâce à la production de
l’enzyme lactase permettant l’hydrolyse du lactose en glucose et galactose.
En Europe, la production de
lactase à l’âge adulte est due à une seule mutation (-13910*T) dans le génome humain.
Cette adaptation
à la consommation de lait frais depuis la Préhistoire suggère une pression de sélection forte dans la population
européenne.
Tandis que l’analyse d’ADN ancien d’individus du début du Néolithique n’a pas permis de
détecter cet allèle, il apparaît chez une proportion plus importante d’individus plusieurs millénaires après la
domestication des bovins et caprinés.
Outre les analyses génétiques permettant de détecter si les premiers
agriculteurs avaient la capacité de digérer le lactose, la problématique de l’exploitation du lait pendant la
préhistoire peut être abordée à partir des restes des animaux domestiques.
L’étude des ossements animaux
découverts sur les sites archéologiques permet d’avoir accès aux stratégies d’abattage des bovins et caprinés,
et donc à la gestion démographique des troupeaux.
Les courbes d’abattage ont permis de montrer que les
caprinés étaient exploités pour leur lait dès le Néolithique précéramique.
D’autres méthodes complémentaires
des courbes d’abattage, les analyses isotopiques des restes dentaires animaux (bovins et caprinés),
permettent d’établir la saisonnalité des naissances et l’âge au sevrage.
Bien que relativement récentes, ces
études ont déjà montré un sevrage précoce des veaux dans certains sites néolithiques, probablement en lien
avec une durée de lactation plus courte chez les vaches néolithiques.
L’étude de tessons de poterie est aussi
un champ d’investigation précieux pour examiner les débuts de l’exploitation laitière.
L’identification de
lipides issus de lait dans des poteries du VIIe millénaire a permis de montrer que le lait était bien une
denrée alimentaire au Proche-Orient.
De même, la présence de résidus laitiers dans des récipients perforés
découverts dans des sites archéologiques du début du Ve millénaire a permis d’identifier la production
de fromages.
Les approches génétique, archéozoologique et biomoléculaire restent complémentaires pour
élucider les débuts de l’histoire de l’exploitation laitière.
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