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Thomas d'Aquin et le Manichéisme
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St Thomas d'Aquin pouvait avoir de nombreuses raisons de s'intéresser au manichéisme. Le XIIIè est le temps des Cathares, considérés en un sens comme des “néo-manichéens” ; Thomas mentionne parfois aussi des « hérétiques contemporains » de type dualiste qu'il rapproche et distingue des anciens manichéens, et parle même d'un auteur cathare. Le manichéisme est très important dans la tradition patristique, surtout augustinienne, reprise par l'Aquinate. Enfin, les enjeux liés au manichéisme sont parmi les plus importants de la philosophie : le premier principe, le mal, la liberté, le corps, etc. Pourtant ce thème n'a jamais été étudié pour lui-même, même si les allusions soulignant le rapport de Thomas aux manichéens et aux cathares sont régulières sous la plume des spécialistes. Cette thèse étudie le manichéisme dans l'œuvre de Thomas d'Aquin à travers ses 250 occurrences explicites et de nombreuses autres mentions indirectes, en le comparant avec ses prédécesseurs depuis l'aube du XIIIè. Comment, d'une part, Thomas identifie et réfute-t-il les grandes thèses manichéennes ? D'autre part, pourquoi s'intéresse-t-il au manichéisme ? S'agit-il d'un courant encore actif qu'il combat directement ? D'un héritage patristique convoqué pour la réflexion théologique ? D'un enjeu conceptuel servant à structurer sa pensée ?L'étude montre que le manichéisme est vu comme un ensemble cohérent par St Thomas mais qu'il faut reconstruire cette cohérence à partir de questions traitées séparément dans son œuvre. Les enjeux sont variés, le manichéisme étant avant tout une « figure de pensée », reprise aux pères de l'Église qu'il utilise à des fins spéculatives. Thomas connaît avec précision les Cathares contemporains mais ne semble pas s'y intéresser beaucoup. Pour contrer le manichéisme, Thomas d'Aquin reprend généralement St Augustin et les Pères mais substitue à la philosophie employée par Augustin une philosophie qui doit beaucoup à Aristote, notamment sur le premier principe, la nature et la cause du mal, la place du corps et des passions dans l'homme, l'analyse du choix, des inclinations naturelles et des habitus par rapport à la bonté de l'homme et de son agir. Mais surtout, les concepts et thèses travaillés pour répondre au manichéisme sont développés d'abord pour répondre à des problèmes différents du manichéisme et qui l'intéressent davantage : répondre à des interprétations faussées d'Aristote, contrer ceux qui attaquent la légitimité des mendiants, ou tout simplement trouver une réponse plus équilibrée à des problèmes philosophiques et/ou théologiques importants, à propos du corps ou de l'agir humain par exemple. Cette étude permet aussi de voir comment, sur de nombreux points, Thomas fait évoluer sa pensée grâce à une lecture approfondie d'Aristote et d'Augustin : il intègre de nouvelles thèses et analyses de ces derniers pour transformer sa propre théologie. C'est sans doute dans la place qu'il accorde à la chair et à la consistance de l'ordre naturel qu'il se distingue le plus d'Augustin et qu'il répond le plus directement à un contexte théologique, spirituel et culturel qui a engendré une résurgence de mouvements gnostiques. L'enjeu n'est pas de fuir le monde, mais de le restaurer dans toutes ses dimensions et de le rendre à lui-même. Augustin a parlé du péché et de la rédemption, deux clés fondamentales pour expliquer comment le mal est entré dans le monde et comment il en sort ; les êtres ne sont pas mauvais par leur nature mais en tant qu'ils se corrompent. Cependant c'est Aristote qui permet à Thomas de rendre raison de façon concrète de la bonté de la nature et de ses dynamismes qui n'ont pas été détruits par le péché, en honorant davantage ce qui relève du corps.
Title: Thomas d'Aquin et le Manichéisme
Description:
St Thomas d'Aquin pouvait avoir de nombreuses raisons de s'intéresser au manichéisme.
Le XIIIè est le temps des Cathares, considérés en un sens comme des “néo-manichéens” ; Thomas mentionne parfois aussi des « hérétiques contemporains » de type dualiste qu'il rapproche et distingue des anciens manichéens, et parle même d'un auteur cathare.
Le manichéisme est très important dans la tradition patristique, surtout augustinienne, reprise par l'Aquinate.
Enfin, les enjeux liés au manichéisme sont parmi les plus importants de la philosophie : le premier principe, le mal, la liberté, le corps, etc.
Pourtant ce thème n'a jamais été étudié pour lui-même, même si les allusions soulignant le rapport de Thomas aux manichéens et aux cathares sont régulières sous la plume des spécialistes.
Cette thèse étudie le manichéisme dans l'œuvre de Thomas d'Aquin à travers ses 250 occurrences explicites et de nombreuses autres mentions indirectes, en le comparant avec ses prédécesseurs depuis l'aube du XIIIè.
Comment, d'une part, Thomas identifie et réfute-t-il les grandes thèses manichéennes ? D'autre part, pourquoi s'intéresse-t-il au manichéisme ? S'agit-il d'un courant encore actif qu'il combat directement ? D'un héritage patristique convoqué pour la réflexion théologique ? D'un enjeu conceptuel servant à structurer sa pensée ?L'étude montre que le manichéisme est vu comme un ensemble cohérent par St Thomas mais qu'il faut reconstruire cette cohérence à partir de questions traitées séparément dans son œuvre.
Les enjeux sont variés, le manichéisme étant avant tout une « figure de pensée », reprise aux pères de l'Église qu'il utilise à des fins spéculatives.
Thomas connaît avec précision les Cathares contemporains mais ne semble pas s'y intéresser beaucoup.
Pour contrer le manichéisme, Thomas d'Aquin reprend généralement St Augustin et les Pères mais substitue à la philosophie employée par Augustin une philosophie qui doit beaucoup à Aristote, notamment sur le premier principe, la nature et la cause du mal, la place du corps et des passions dans l'homme, l'analyse du choix, des inclinations naturelles et des habitus par rapport à la bonté de l'homme et de son agir.
Mais surtout, les concepts et thèses travaillés pour répondre au manichéisme sont développés d'abord pour répondre à des problèmes différents du manichéisme et qui l'intéressent davantage : répondre à des interprétations faussées d'Aristote, contrer ceux qui attaquent la légitimité des mendiants, ou tout simplement trouver une réponse plus équilibrée à des problèmes philosophiques et/ou théologiques importants, à propos du corps ou de l'agir humain par exemple.
Cette étude permet aussi de voir comment, sur de nombreux points, Thomas fait évoluer sa pensée grâce à une lecture approfondie d'Aristote et d'Augustin : il intègre de nouvelles thèses et analyses de ces derniers pour transformer sa propre théologie.
C'est sans doute dans la place qu'il accorde à la chair et à la consistance de l'ordre naturel qu'il se distingue le plus d'Augustin et qu'il répond le plus directement à un contexte théologique, spirituel et culturel qui a engendré une résurgence de mouvements gnostiques.
L'enjeu n'est pas de fuir le monde, mais de le restaurer dans toutes ses dimensions et de le rendre à lui-même.
Augustin a parlé du péché et de la rédemption, deux clés fondamentales pour expliquer comment le mal est entré dans le monde et comment il en sort ; les êtres ne sont pas mauvais par leur nature mais en tant qu'ils se corrompent.
Cependant c'est Aristote qui permet à Thomas de rendre raison de façon concrète de la bonté de la nature et de ses dynamismes qui n'ont pas été détruits par le péché, en honorant davantage ce qui relève du corps.
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