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Les implications morales du darwinisme : une lecture de l'oeuvre de James Rachels
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L'éthique de J. Rachels, qu'il en viendra à présenter comme un utilitarisme « à stratégies multiples », concilie la maximisation du bien-être global sur Terre avec une attention pour la variété des éléments qui le composent. De plus, le jugement moral relève des caractéristiques pertinentes des individus impliqués, eu égard au traitement envisagé, et non des espèces auxquelles ils appartiennent. Un tel Individualisme Moral fait donc dépendre le bénéfice de considérations morales, non plus seulement de facultés mentales développées, mais d'une variété de capacités, telle la sensibilité, dont sont dotés de nombreux animaux. À travers cela, l'auteur s'oppose, plus fondamentalement, à la tendance en éthique à vouloir poser des limites a priori à l'ensemble des êtres susceptibles de bénéficier de considérations morales pour eux-mêmes (les patients moraux). Ces limites sont généralement rapprochées de capacités telles que la rationalité ou la sensibilité – tout ce qui existe au-delà de cette « frontière » présentant une valeur moindre ou étant réduit à l'état de chose. Pour Rachels, en revanche, le statut moral ne dépend pas d'une caractéristique unique à portée générale : nous devrions plutôt convenir qu'il existe une variété de critères pertinents pour une variété de circonstances. C'est dans le cadre de cette réflexion autour de la considérabilité morale des objets de la nature, outre ses travaux sur l'euthanasie, que l'auteur publie Created from Animals: the Moral Implications of Darwinism (1990). « Darwinisme » s'entend ici comme une pensée tant proche de celle de C. Darwin en son temps qu'informée des derniers progrès dans notre compréhension de l'évolution des espèces, où la sélection naturelle joue un rôle clef : une pensée du changeant, du progressif et de la contingence qui succède à un monde ordonné et finalisé, où l'homme a une valeur spéciale, et à la conception essentialiste des espèces. Il ne s'agit rien plus que de s'assurer, sur le modèle d'une cohérence globale de la connaissance (naturalisme inspiré de W.O. Quine), de la compatibilité de la réflexion philosophique avec notre compréhension la plus complète des origines du vivant. Or, avec Darwin, plutôt que des ruptures brutales entre espèces, se découvre un motif complexe de similitudes et de différences qui reflète une ascendance commune. Un tel continuisme biologique, s'il n'en établit la fausseté, vient saper les bases de la « logique de frontières » sur le plan éthique, c'est-à-dire de cette stratégie consistant à justifier des régimes de traitement entièrement différents pour des individus d'espèces distinctes en arguant d'une radicale différence de nature. Cet argument essentiel consolide donc la pensée animaliste, notamment l'argument des « cas marginaux ». Mais on voit à travers lui que l'éthique animale elle-même est susceptible d'entretenir un biais anthropocentriste : étendu aux êtres sensibles, le statut moral demeure attaché à une caractéristique unique, que l'homme valorise d'autant plus volontiers qu'il en fait l'expérience intime. Cette démarche extensionniste ne ferait donc jamais que recréer de nouveaux critères d'exclusion, dont on peut désormais soupçonner le caractère arbitraire. Pour P. Taylor ou H. Rolston, en effet, une attitude de respect envers la vie en général n'a rien d'absurde. On devrait pouvoir envisager ainsi, dans le prolongement de la pensée de Rachels, de ne pas resserrer la communauté morale autour de la seule faculté sensible ; de mettre un terme au mouvement d'expansion de la communauté morale constaté à travers les siècles, non pas par une nouvelle frontière, mais en envisageant la dissolution de toute frontière. Ne rien considérer de ce qui appartient à la biosphère seulement comme une ressource, et se disposer à entretenir envers tout existant un rapport respectueux en adéquation avec ses propriétés réelles, en tenant compte de l'ensemble des circonstances : ce serait là le principe d'une « éthique de toutes choses ».
Title: Les implications morales du darwinisme : une lecture de l'oeuvre de James Rachels
Description:
L'éthique de J.
Rachels, qu'il en viendra à présenter comme un utilitarisme « à stratégies multiples », concilie la maximisation du bien-être global sur Terre avec une attention pour la variété des éléments qui le composent.
De plus, le jugement moral relève des caractéristiques pertinentes des individus impliqués, eu égard au traitement envisagé, et non des espèces auxquelles ils appartiennent.
Un tel Individualisme Moral fait donc dépendre le bénéfice de considérations morales, non plus seulement de facultés mentales développées, mais d'une variété de capacités, telle la sensibilité, dont sont dotés de nombreux animaux.
À travers cela, l'auteur s'oppose, plus fondamentalement, à la tendance en éthique à vouloir poser des limites a priori à l'ensemble des êtres susceptibles de bénéficier de considérations morales pour eux-mêmes (les patients moraux).
Ces limites sont généralement rapprochées de capacités telles que la rationalité ou la sensibilité – tout ce qui existe au-delà de cette « frontière » présentant une valeur moindre ou étant réduit à l'état de chose.
Pour Rachels, en revanche, le statut moral ne dépend pas d'une caractéristique unique à portée générale : nous devrions plutôt convenir qu'il existe une variété de critères pertinents pour une variété de circonstances.
C'est dans le cadre de cette réflexion autour de la considérabilité morale des objets de la nature, outre ses travaux sur l'euthanasie, que l'auteur publie Created from Animals: the Moral Implications of Darwinism (1990).
« Darwinisme » s'entend ici comme une pensée tant proche de celle de C.
Darwin en son temps qu'informée des derniers progrès dans notre compréhension de l'évolution des espèces, où la sélection naturelle joue un rôle clef : une pensée du changeant, du progressif et de la contingence qui succède à un monde ordonné et finalisé, où l'homme a une valeur spéciale, et à la conception essentialiste des espèces.
Il ne s'agit rien plus que de s'assurer, sur le modèle d'une cohérence globale de la connaissance (naturalisme inspiré de W.
O.
Quine), de la compatibilité de la réflexion philosophique avec notre compréhension la plus complète des origines du vivant.
Or, avec Darwin, plutôt que des ruptures brutales entre espèces, se découvre un motif complexe de similitudes et de différences qui reflète une ascendance commune.
Un tel continuisme biologique, s'il n'en établit la fausseté, vient saper les bases de la « logique de frontières » sur le plan éthique, c'est-à-dire de cette stratégie consistant à justifier des régimes de traitement entièrement différents pour des individus d'espèces distinctes en arguant d'une radicale différence de nature.
Cet argument essentiel consolide donc la pensée animaliste, notamment l'argument des « cas marginaux ».
Mais on voit à travers lui que l'éthique animale elle-même est susceptible d'entretenir un biais anthropocentriste : étendu aux êtres sensibles, le statut moral demeure attaché à une caractéristique unique, que l'homme valorise d'autant plus volontiers qu'il en fait l'expérience intime.
Cette démarche extensionniste ne ferait donc jamais que recréer de nouveaux critères d'exclusion, dont on peut désormais soupçonner le caractère arbitraire.
Pour P.
Taylor ou H.
Rolston, en effet, une attitude de respect envers la vie en général n'a rien d'absurde.
On devrait pouvoir envisager ainsi, dans le prolongement de la pensée de Rachels, de ne pas resserrer la communauté morale autour de la seule faculté sensible ; de mettre un terme au mouvement d'expansion de la communauté morale constaté à travers les siècles, non pas par une nouvelle frontière, mais en envisageant la dissolution de toute frontière.
Ne rien considérer de ce qui appartient à la biosphère seulement comme une ressource, et se disposer à entretenir envers tout existant un rapport respectueux en adéquation avec ses propriétés réelles, en tenant compte de l'ensemble des circonstances : ce serait là le principe d'une « éthique de toutes choses ».
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