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Finitude et transcendance dans l'oeuvre d'Edith Stein : une réponse à Heidegger
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En 1936, Edith Stein, alors carmélite, joint à son grand ouvrage de maturité, Être fini et être éternel, une annexe critique intitulée « La philosophie de l’existence de Martin Heidegger ». Qu’Être fini et être éternel doive être lu comme une réplique à Être et Temps avait déjà été souligné par Jan Nota, qui avait eu l’occasion d’en discuter avec l’auteur. C’est même l’ensemble de l’œuvre d’Edith Stein qui peut se lire en rapport à Heidegger, dans la mesure où l’un des enjeux majeurs de sa philosophie tient à la juste conception de la finitude humaine. Il s’agit ici d’analyser la manière dont Stein reprend à son compte le thème de la finitude existentiale élaboré par Heidegger, pour y retrouver la référence à une transcendance que le penseur de l’ontologie fondamentale prétend prohiber en philosophie : quelle légitimité philosophique l’être fini référé à un être éternel pouvait-il avoir après Heidegger ? Si le terme de finitude (Endlichkeit) n’apparaît qu’en 1936 dans les textes steiniens, notre auteur aura développé, dans ses œuvres de jeunesse, des thématiques similaires à celles des écrits de la fin des années vingt de Heidegger : le rapport affectif au monde, à autrui et à soi-même, la limite radicale de l’entendement. Surtout, elle développe la conception d’une limitation d’essence du moi humain, de sorte que dans Être fini et être éternel, elle définisse deux sens de la finitude : outre l’acception heideggerienne d’une finitude temporelle, qu’elle reprend à son compte, elle ajoute celle d’une finitude concrète, d’essence. Mais cette limitation d’essence, qui devient finitude de l’être, ne peut se comprendre qu’à l’aune de l’être éternel, dont elle justifie phénoménologiquement la légitimité. Stein développe alors deux sens de l’être : une modalité finie et une modalité infinie ; la modalité infinie de l’être – l’être éternel et infini – devient le principe de l’autre mode de l’être – l’être fini. Dans cette lumière, les concepts clés caractéristiques de la finitude, telle que la conçoit Stein, forment une véritable réplique à plusieurs concepts heideggeriens : au sentiment d’angoisse, Stein répond par la mise en lumière d’un sentiment de sécurité ; au néant, par la plénitude de l’être ; au souci (Sorge), par le concept d’ordination de l’existant fini à Dieu (Zuordnung), au concept heideggerien de la « tournure » (Bewandtnis), par le concept d’une connexion (Zusammenhang) ; à l’appel de la conscience, par la conversion ; à la différence ontologique enfin, par l’analogie de la personne. Tout notre propos est de montrer combien la préséance ontologique de l’être infini n’implique aucun affranchissement de la finitude humaine. La preuve en est que dans ses écrits spirituels, Stein développe sa conception d’une finitude existentielle dont la caractéristique est la souffrance. Elle réplique alors à la solitude du Dasein, par sa conception d’une substitution à autrui.
Title: Finitude et transcendance dans l'oeuvre d'Edith Stein : une réponse à Heidegger
Description:
En 1936, Edith Stein, alors carmélite, joint à son grand ouvrage de maturité, Être fini et être éternel, une annexe critique intitulée « La philosophie de l’existence de Martin Heidegger ».
Qu’Être fini et être éternel doive être lu comme une réplique à Être et Temps avait déjà été souligné par Jan Nota, qui avait eu l’occasion d’en discuter avec l’auteur.
C’est même l’ensemble de l’œuvre d’Edith Stein qui peut se lire en rapport à Heidegger, dans la mesure où l’un des enjeux majeurs de sa philosophie tient à la juste conception de la finitude humaine.
Il s’agit ici d’analyser la manière dont Stein reprend à son compte le thème de la finitude existentiale élaboré par Heidegger, pour y retrouver la référence à une transcendance que le penseur de l’ontologie fondamentale prétend prohiber en philosophie : quelle légitimité philosophique l’être fini référé à un être éternel pouvait-il avoir après Heidegger ? Si le terme de finitude (Endlichkeit) n’apparaît qu’en 1936 dans les textes steiniens, notre auteur aura développé, dans ses œuvres de jeunesse, des thématiques similaires à celles des écrits de la fin des années vingt de Heidegger : le rapport affectif au monde, à autrui et à soi-même, la limite radicale de l’entendement.
Surtout, elle développe la conception d’une limitation d’essence du moi humain, de sorte que dans Être fini et être éternel, elle définisse deux sens de la finitude : outre l’acception heideggerienne d’une finitude temporelle, qu’elle reprend à son compte, elle ajoute celle d’une finitude concrète, d’essence.
Mais cette limitation d’essence, qui devient finitude de l’être, ne peut se comprendre qu’à l’aune de l’être éternel, dont elle justifie phénoménologiquement la légitimité.
Stein développe alors deux sens de l’être : une modalité finie et une modalité infinie ; la modalité infinie de l’être – l’être éternel et infini – devient le principe de l’autre mode de l’être – l’être fini.
Dans cette lumière, les concepts clés caractéristiques de la finitude, telle que la conçoit Stein, forment une véritable réplique à plusieurs concepts heideggeriens : au sentiment d’angoisse, Stein répond par la mise en lumière d’un sentiment de sécurité ; au néant, par la plénitude de l’être ; au souci (Sorge), par le concept d’ordination de l’existant fini à Dieu (Zuordnung), au concept heideggerien de la « tournure » (Bewandtnis), par le concept d’une connexion (Zusammenhang) ; à l’appel de la conscience, par la conversion ; à la différence ontologique enfin, par l’analogie de la personne.
Tout notre propos est de montrer combien la préséance ontologique de l’être infini n’implique aucun affranchissement de la finitude humaine.
La preuve en est que dans ses écrits spirituels, Stein développe sa conception d’une finitude existentielle dont la caractéristique est la souffrance.
Elle réplique alors à la solitude du Dasein, par sa conception d’une substitution à autrui.
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