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Le flâneur mégapolitain : géographie littéraire de Paris dans l’œuvre de Jacques Réda
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Jacques Réda a fait de la grande ville un des personnages principaux de l'œuvre poétique qu'il bâtit depuis les années 1970. Il s’agit alors pour nous d'approcher la ville à travers le texte dans une double perspective littéraire et géographique ou, pour le dire autrement, de nous intéresser au Paris de Réda comme à un objet constitué à la fois littérairement et géographiquement. En effet, le poète reconduit en la métamorphosant la tradition littéraire de la flânerie parisienne qui, de Louis-Sébastien Mercier à Jean Rolin, accompagne et interroge les évolutions de la grande ville. C’est ainsi l’image et l’expérience de la « ville énorme », « capitale de la modernité » devenue mégapole « surmoderne », que Réda se donne pour tâche de mettre en mots, à travers la répétition de ses déambulations. Dès lors, la géographie innerve sa poésie et sa prose en tant que référence culturelle (à travers l’usage des cartes, le recours à la mesure, l’étude de terrain…), en tant que paradigme phénoménologique qui subsume son approche du paysage, et en tant que discours. Le caractère flâneur qui se dégage de la représentation du poète-marcheur manifeste un modèle atypique de la mobilité urbaine : multimodal, indéfinissable, le déplacement de Réda rend compte d’un espace dynamique, différencié, à la fois centripète et centrifuge. Le flâneur se présente comme un piéton contrarié et contrariant, jouant avec les modalités de la déambulation comme avec autant de manières d’affiner l’approche de la ville, et de remettre en cause certaines transformations qui en défigurent le paysage. La poésie des ruines qui se dégage de l’œuvre exprime en effet l’ère crépusculaire que traverse la grande ville moderne. La mise en scène d’une « fin » de ce modèle urbain se traduit alors par une série de ruptures qui fait de l’expérience de la ville une épreuve des sens et du sens : le flâneur, en immersion sensorielle dans le paysage urbain, ne pense pas moins cette dernière et la conçoit comme un espace décentré et dé-mesuré, qui en vient à négliger la dimension humaine, et à constituer une énigme définitive. Pour le provincial que reste malgré tout Jacques Réda, il s’agit alors de déceler des points de fuite pour ménager, au cœur même de la grande comédie urbaine, un envers du décor. À défaut de marquer la « fin » de l’ère du « piéton de Paris », l’œuvre de Réda peut ainsi être considérée comme un creuset dans lequel s’élaborent les nouveaux régimes de la flânerie contemporaine et de nouvelles formes de citadinité.
Title: Le flâneur mégapolitain : géographie littéraire de Paris dans l’œuvre de Jacques Réda
Description:
Jacques Réda a fait de la grande ville un des personnages principaux de l'œuvre poétique qu'il bâtit depuis les années 1970.
Il s’agit alors pour nous d'approcher la ville à travers le texte dans une double perspective littéraire et géographique ou, pour le dire autrement, de nous intéresser au Paris de Réda comme à un objet constitué à la fois littérairement et géographiquement.
En effet, le poète reconduit en la métamorphosant la tradition littéraire de la flânerie parisienne qui, de Louis-Sébastien Mercier à Jean Rolin, accompagne et interroge les évolutions de la grande ville.
C’est ainsi l’image et l’expérience de la « ville énorme », « capitale de la modernité » devenue mégapole « surmoderne », que Réda se donne pour tâche de mettre en mots, à travers la répétition de ses déambulations.
Dès lors, la géographie innerve sa poésie et sa prose en tant que référence culturelle (à travers l’usage des cartes, le recours à la mesure, l’étude de terrain…), en tant que paradigme phénoménologique qui subsume son approche du paysage, et en tant que discours.
Le caractère flâneur qui se dégage de la représentation du poète-marcheur manifeste un modèle atypique de la mobilité urbaine : multimodal, indéfinissable, le déplacement de Réda rend compte d’un espace dynamique, différencié, à la fois centripète et centrifuge.
Le flâneur se présente comme un piéton contrarié et contrariant, jouant avec les modalités de la déambulation comme avec autant de manières d’affiner l’approche de la ville, et de remettre en cause certaines transformations qui en défigurent le paysage.
La poésie des ruines qui se dégage de l’œuvre exprime en effet l’ère crépusculaire que traverse la grande ville moderne.
La mise en scène d’une « fin » de ce modèle urbain se traduit alors par une série de ruptures qui fait de l’expérience de la ville une épreuve des sens et du sens : le flâneur, en immersion sensorielle dans le paysage urbain, ne pense pas moins cette dernière et la conçoit comme un espace décentré et dé-mesuré, qui en vient à négliger la dimension humaine, et à constituer une énigme définitive.
Pour le provincial que reste malgré tout Jacques Réda, il s’agit alors de déceler des points de fuite pour ménager, au cœur même de la grande comédie urbaine, un envers du décor.
À défaut de marquer la « fin » de l’ère du « piéton de Paris », l’œuvre de Réda peut ainsi être considérée comme un creuset dans lequel s’élaborent les nouveaux régimes de la flânerie contemporaine et de nouvelles formes de citadinité.
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