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Barbey et la parabole
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Pierre Glaudes
«Barbey et la parabole»
Délibérément intempestifs, les récits aurevilliens s’inscrivent dans la tradition évangélique des scandales nécessaires. Après le retour du romancier aux pratiques religieuses, ils tentent de tracer une voie d’accès au divin, en révélant la présence au cœur du réel d’une obscure transcendance passant les limites de l’humain. Si immoraux qu’ils puissent paraître, si inquiétante que soit, en outre, leur sacralisation infernale de l’éros transgressif qu’ils mettent à la place de Dieu, ces récits cherchent avant tout à faire naître l’inquiétude du surnaturel et à provoquer une conversion. Cette étude situe donc l’œuvre de Barbey dans un processus historique qui affecte depuis le début du XIXe siècle les relations entre littérature et religion. L’écrivain qui affiche son catholicisme avec provocation relève de cette apologétique laïque qui se développe, aux lendemains de la Révolution, dans le champ littéraire et qui a ceci de caractéristique qu’elle s’affranchit de tout contrôle dogmatique exercé par le clergé, avec tous les risques que cela comporte, pour parler de Dieu aux hommes d’un temps où s’affirment la raison critique et la libre-pensée. S’ils recourent volontiers, pour cela, à des genres comme l’essai ou l’entretien, les apologistes laïcs du XIXe siècle exploitent aussi toutes les ressources du récit exemplaire qui ne se contente pas de raconter une histoire, mais assume plus ou moins explicitement dans la fiction une double visée argumentative et pragmatique. Barbey est l’héritier de cette conception du récit qui affirme nettement sa vocation au sens et prétend donner à penser en mariant la fiction à l’idée. Si sa dette est incontestable à l’égard d’écrivains tels que Chateaubriand, de Vigny et de Balzac qui ont œuvré à la refonte des genres littéraires dans la première moitié du XIXe siècle, ses récits, en particulier Les Diaboliques, ramènent également à un genre néo-testamentaire : la parabole, courte histoire recourant à des situations de la vie profane pour transmettre un enseignement spirituel sous une forme imagée. Maintes parentés existent en effet entre les nouvelles aurevilliennes et les textes paraboliques. Ces parentés concernent tout à la fois leur économie narrative, les dispositifs herméneutiques qu’ils mettent en place et l’effet pragmatique qu’ils recherchent, en suggérant par des jeux de mise en abyme les modifications qu’ils tentent de produire sur les lecteurs.
Title: Barbey et la parabole
Description:
Pierre Glaudes
«Barbey et la parabole»
Délibérément intempestifs, les récits aurevilliens s’inscrivent dans la tradition évangélique des scandales nécessaires.
Après le retour du romancier aux pratiques religieuses, ils tentent de tracer une voie d’accès au divin, en révélant la présence au cœur du réel d’une obscure transcendance passant les limites de l’humain.
Si immoraux qu’ils puissent paraître, si inquiétante que soit, en outre, leur sacralisation infernale de l’éros transgressif qu’ils mettent à la place de Dieu, ces récits cherchent avant tout à faire naître l’inquiétude du surnaturel et à provoquer une conversion.
Cette étude situe donc l’œuvre de Barbey dans un processus historique qui affecte depuis le début du XIXe siècle les relations entre littérature et religion.
L’écrivain qui affiche son catholicisme avec provocation relève de cette apologétique laïque qui se développe, aux lendemains de la Révolution, dans le champ littéraire et qui a ceci de caractéristique qu’elle s’affranchit de tout contrôle dogmatique exercé par le clergé, avec tous les risques que cela comporte, pour parler de Dieu aux hommes d’un temps où s’affirment la raison critique et la libre-pensée.
S’ils recourent volontiers, pour cela, à des genres comme l’essai ou l’entretien, les apologistes laïcs du XIXe siècle exploitent aussi toutes les ressources du récit exemplaire qui ne se contente pas de raconter une histoire, mais assume plus ou moins explicitement dans la fiction une double visée argumentative et pragmatique.
Barbey est l’héritier de cette conception du récit qui affirme nettement sa vocation au sens et prétend donner à penser en mariant la fiction à l’idée.
Si sa dette est incontestable à l’égard d’écrivains tels que Chateaubriand, de Vigny et de Balzac qui ont œuvré à la refonte des genres littéraires dans la première moitié du XIXe siècle, ses récits, en particulier Les Diaboliques, ramènent également à un genre néo-testamentaire : la parabole, courte histoire recourant à des situations de la vie profane pour transmettre un enseignement spirituel sous une forme imagée.
Maintes parentés existent en effet entre les nouvelles aurevilliennes et les textes paraboliques.
Ces parentés concernent tout à la fois leur économie narrative, les dispositifs herméneutiques qu’ils mettent en place et l’effet pragmatique qu’ils recherchent, en suggérant par des jeux de mise en abyme les modifications qu’ils tentent de produire sur les lecteurs.
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