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Du pont au seuil : Un autre espace de la traduction
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Le discours sur la traduction regorge de métaphores censées décrire la nature de ce processus linguistique et culturel, mais qui risquent souvent d’enfermer ses finalités dans des limites figées, qui ne nous permettent pas d’en saisir jusqu’au fond les possibilités multiples. Parmi ces métaphores, l’image de la traduction comme pont nous permet de passer d’une langue à l’autre et d’une culture à l’autre. L’image des deux rives a sûrement été fructueuse dans la traductologie, mais voir la traduction comme un pont risque de nous donner une fausse image du rôle joué par cette pratique linguistique et culturelle. Cette image présuppose des rives distinctes et distantes, et un voyage d’aller simple qui ne prévoit pas de vrai échange entre les deux espaces, alors qu’il faudrait imaginer la traduction comme un espace fluide, dans lequel ce qui compte n’est plus l’opposition entre les deux rives, que le pont permet, au lieu de l’effacer, mais plutôt l’échange, le contact direct et non médié, l’espace de fluidité construit par l’« entre-deux », ce qui nous renvoie aux concepts de ‘in-between’, de ‘troisième espace’ si chers aux études sur la traduction, surtout dans les contextes postcoloniaux. Utiliser l’image du pont en tant que représentation du rôle de la traduction n’est donc pas seulement erroné, mais potentiellement dangereux, parce que cette image va contre le refus des dichotomies binaires et des identités uniformes qui est à la base d’une vision de la traduction en tant que pratique essentiellement interlinguistique et interculturelle, plurilingue et qui se construit à travers le partage. Plutôt qu’un pont, la traduction est un seuil, un espace liminaire, un contre-point qui offre la possibilité de découvrir le texte depuis des perspectives différentes, et de plonger dans le flux en mouvement éternel des mots, dans une tentative de traduire l’indicible, cette partie non-exprimée, non-traduite de tout texte et de toute langue qui peut se lire seulement à travers ce jeu de travestissements, de fluidité et de rencontres de soi et de l’autre qu’est la traduction.
Title: Du pont au seuil : Un autre espace de la traduction
Description:
Le discours sur la traduction regorge de métaphores censées décrire la nature de ce processus linguistique et culturel, mais qui risquent souvent d’enfermer ses finalités dans des limites figées, qui ne nous permettent pas d’en saisir jusqu’au fond les possibilités multiples.
Parmi ces métaphores, l’image de la traduction comme pont nous permet de passer d’une langue à l’autre et d’une culture à l’autre.
L’image des deux rives a sûrement été fructueuse dans la traductologie, mais voir la traduction comme un pont risque de nous donner une fausse image du rôle joué par cette pratique linguistique et culturelle.
Cette image présuppose des rives distinctes et distantes, et un voyage d’aller simple qui ne prévoit pas de vrai échange entre les deux espaces, alors qu’il faudrait imaginer la traduction comme un espace fluide, dans lequel ce qui compte n’est plus l’opposition entre les deux rives, que le pont permet, au lieu de l’effacer, mais plutôt l’échange, le contact direct et non médié, l’espace de fluidité construit par l’« entre-deux », ce qui nous renvoie aux concepts de ‘in-between’, de ‘troisième espace’ si chers aux études sur la traduction, surtout dans les contextes postcoloniaux.
Utiliser l’image du pont en tant que représentation du rôle de la traduction n’est donc pas seulement erroné, mais potentiellement dangereux, parce que cette image va contre le refus des dichotomies binaires et des identités uniformes qui est à la base d’une vision de la traduction en tant que pratique essentiellement interlinguistique et interculturelle, plurilingue et qui se construit à travers le partage.
Plutôt qu’un pont, la traduction est un seuil, un espace liminaire, un contre-point qui offre la possibilité de découvrir le texte depuis des perspectives différentes, et de plonger dans le flux en mouvement éternel des mots, dans une tentative de traduire l’indicible, cette partie non-exprimée, non-traduite de tout texte et de toute langue qui peut se lire seulement à travers ce jeu de travestissements, de fluidité et de rencontres de soi et de l’autre qu’est la traduction.
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