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Les économistes non-conformistes en France au XIXe siècle
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Le XIXe siècle a été riche en nouveautés littéraires, artistiques, musicales et même économiques. Dans ce dernier domaine, on cite souvent les « utopistes » (Charles Fourier, Saint-Simon, etc.) ou les libéraux, partisans du laisser-faire - laisser passer (Jean-Baptiste Say, Frédéric Bastiat, etc.). Or, dans une société qui était alors en pleine révolution industrielle, il existait aussi un troisième ensemble d'économistes qui sont souvent passés sous silence. Nous les désignons, dans cette thèse, de « non-conformistes » car, en dénonçant les conditions de vie et de travail très dégradées de plusieurs millions d'ouvriers de manufactures (au Creusot, 10 000 ouvriers en 1870) et en cherchant comment les améliorer, ils se distinguaient aussi bien des économistes utopistes que des économistes libéraux. Ils visaient à combiner l'économique et le social. L'économique, en raison des nombreuses crises, générales ou sectorielles, plus ou moins durables, qui engendraient chômage et licenciements, le tout sans aucune indemnisation. Le social, puisque, hors chômage, les 300 journées de 14 heures de travail dans l'année étaient la norme. Or, le salaire d'une notable fraction d'ouvriers ne leur permettait pas de subvenir à leurs besoins familiaux de base (nourriture, vêtement et logement), sauf si tous les membres du ménage, enfants inclus dès 5 ou 7 ans, travaillaient dans la manufacture.Compte tenu de ces conditions de travail, les non-conformistes, qui analysaient de manière critique cette situation, auraient dû au moins être entendus, à défaut d'être écoutés. Ce ne fut pas le cas : parmi la dizaine de ceux qui ont écrit des livres et des articles entre 1820 et 1860 pour améliorer ces conditions de travail et réduire les inégalités de revenus, deux seulement ont pu atteindre une certaine notoriété : Jean-Charles Sismondi pour l'économie (la cause des crises et le moyen de les réduire) et Louis Blanc pour le social (la première réduction du temps de travail journalier). Les autres restèrent dans l'ombre, aussi bien dans la société de l'époque que dans les ouvrages d'histoire de la pensée économique. Comment expliquer cela ?La thèse fournit quelques facteurs explicatifs à cette situation, qui relèvent à la fois des conditions institutionnelles de l'époque et de l'histoire des idées : (i) les non conformistes furent, de fait, exclus des chaires d'enseignement supérieur ou de l'Académie des sciences morales et politiques, dont le traitement de l'économie était pris en charge par les économistes libéraux. Ces derniers accusaient les premiers d'« ignorance » ou de « mensonge » ; (ii) des divergences idéologiques chez les non conformistes les empêchèrent de constituer une solide école de pensée.Pourtant, l'essentiel de leurs propositions a été mis en œuvre depuis la fin du XIXe siècle, mais bien après les autres pays industrialisés où la preuve était faite que l'on pouvait réduire fortement la pauvreté ouvrière par des institutions de protection sociale : par exemple, en France, les institutions de protection sociale furent instaurées tardivement, bien après celles des autres pays industrialisés (Allemagne, Belgique, Pays-Bas et même Royaume-Uni).Au nom du laisser-faire, les ʺclasses supérieuresʺ (patrons et cadres des manufactures, économistes libéraux, dirigeants de l'État) bénéficiaires de l'enrichissement de la France, à quelques rares exceptions près, se sont fortement opposées à ces institutions de protection sociale, tandis que la voix des non-conformistes était étouffée.
Title: Les économistes non-conformistes en France au XIXe siècle
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Le XIXe siècle a été riche en nouveautés littéraires, artistiques, musicales et même économiques.
Dans ce dernier domaine, on cite souvent les « utopistes » (Charles Fourier, Saint-Simon, etc.
) ou les libéraux, partisans du laisser-faire - laisser passer (Jean-Baptiste Say, Frédéric Bastiat, etc.
).
Or, dans une société qui était alors en pleine révolution industrielle, il existait aussi un troisième ensemble d'économistes qui sont souvent passés sous silence.
Nous les désignons, dans cette thèse, de « non-conformistes » car, en dénonçant les conditions de vie et de travail très dégradées de plusieurs millions d'ouvriers de manufactures (au Creusot, 10 000 ouvriers en 1870) et en cherchant comment les améliorer, ils se distinguaient aussi bien des économistes utopistes que des économistes libéraux.
Ils visaient à combiner l'économique et le social.
L'économique, en raison des nombreuses crises, générales ou sectorielles, plus ou moins durables, qui engendraient chômage et licenciements, le tout sans aucune indemnisation.
Le social, puisque, hors chômage, les 300 journées de 14 heures de travail dans l'année étaient la norme.
Or, le salaire d'une notable fraction d'ouvriers ne leur permettait pas de subvenir à leurs besoins familiaux de base (nourriture, vêtement et logement), sauf si tous les membres du ménage, enfants inclus dès 5 ou 7 ans, travaillaient dans la manufacture.
Compte tenu de ces conditions de travail, les non-conformistes, qui analysaient de manière critique cette situation, auraient dû au moins être entendus, à défaut d'être écoutés.
Ce ne fut pas le cas : parmi la dizaine de ceux qui ont écrit des livres et des articles entre 1820 et 1860 pour améliorer ces conditions de travail et réduire les inégalités de revenus, deux seulement ont pu atteindre une certaine notoriété : Jean-Charles Sismondi pour l'économie (la cause des crises et le moyen de les réduire) et Louis Blanc pour le social (la première réduction du temps de travail journalier).
Les autres restèrent dans l'ombre, aussi bien dans la société de l'époque que dans les ouvrages d'histoire de la pensée économique.
Comment expliquer cela ?La thèse fournit quelques facteurs explicatifs à cette situation, qui relèvent à la fois des conditions institutionnelles de l'époque et de l'histoire des idées : (i) les non conformistes furent, de fait, exclus des chaires d'enseignement supérieur ou de l'Académie des sciences morales et politiques, dont le traitement de l'économie était pris en charge par les économistes libéraux.
Ces derniers accusaient les premiers d'« ignorance » ou de « mensonge » ; (ii) des divergences idéologiques chez les non conformistes les empêchèrent de constituer une solide école de pensée.
Pourtant, l'essentiel de leurs propositions a été mis en œuvre depuis la fin du XIXe siècle, mais bien après les autres pays industrialisés où la preuve était faite que l'on pouvait réduire fortement la pauvreté ouvrière par des institutions de protection sociale : par exemple, en France, les institutions de protection sociale furent instaurées tardivement, bien après celles des autres pays industrialisés (Allemagne, Belgique, Pays-Bas et même Royaume-Uni).
Au nom du laisser-faire, les ʺclasses supérieuresʺ (patrons et cadres des manufactures, économistes libéraux, dirigeants de l'État) bénéficiaires de l'enrichissement de la France, à quelques rares exceptions près, se sont fortement opposées à ces institutions de protection sociale, tandis que la voix des non-conformistes était étouffée.
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