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Plans et croissance en Yougoslavie

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Le premier plan quinquennal yougoslave a introduit en 1947 le modèle soviétique de planification centralisée. Le plan englobait toutes les activités économiques ; il était détaillé et impératif. Depuis 1950, la réorientation de l'économie vers le marché et l'autogestion ouvrière ont progressivement privé le plan de ses traits essentiels. Actuellement il ne constitue qu'un élément d'information ; les entreprises sont libres de le suivre ou non. Les taux de croissance de l'économie yougoslave ont été élevés de 1947 à 1967 (6,85 % par an), plus élevés qu'en Yougoslavie d'avant-guerre (3,12 %). Ces taux ont cependant été réalisés grâce à un taux d'investissement et d'industrialisation très élevé, qui constituait le trait fondamental de la stratégie yougoslave de développement. Ainsi, le critère essentiel de succès des plans résidait dans leur capacité à assurer une croissance équilibrée et à maximiser le bien-être. Premièrement, si l'on compare les objectifs de croissance et leur exécution, il apparaît que les plans étaient assez peu réalistes ; en utilisant le théorème Cobb-Webb (toile d'araignée) pour le mouvement des plans et des résultats, les taux de croissance apparaissent comme une grandeur déterminée plutôt que déterminante. Deuxièmement, la croissance économique yougoslave était très instable et les cycles constituaient un élément majeur de cette instabilité. De même que dans les autres pays socialistes, des cycles d'investissement puissants sont apparus, comme conséquence de plans trop ambitieux. Ces cycles ont coïncidé en partie avec des cycles courts, de grande amplitude, dus aux fluctuations de la propension à consommer. Troisièmement, la planification a déséquilibré la structure de la production (a). Alors que la production industrielle s'est accrue de 588 % entre 1947 et 1965, la production agricole a augmenté seulement de 163 %, sans augmenter du tout au cours de la première sous-période (b). Les préférences pour l'industrie lourde à forte intensité de capital et exigeant de longues périodes de construction et de mise en marche, ont fortement contribué à une croissance inférieure à l'optimum (c). Le désinvestissement dans plusieurs secteurs (industries anciennes, habitat, services) freinait les améliorations de la qualité et de l'assortiment ; dans les secteurs non productifs, dont l'usure et les difficultés n'apparaissent pas dans les évaluations du produit national brut, les pertes en capital contribuent à des taux de croissance artificiellement élevés. Etant donné que le bien-être dépend d'une croissance stable et équilibrée, il est évident que les taux de croissance ont tendance à exagérer celle du bien-être. La raison principale du retard de la croissance du bien-être réside cependant dans le retard de celle du produit national brut (G.N.P.). La production des industries mécaniques était d'une faible qualité. L'efficacité des investissements était réduite également par des déficiences dans l'approvisionnement en matériaux, leur qualité médiocre, des changements fréquents des projets d'investissement, l'interruption des flux financiers et l'équipement insuffisant et primitif des entreprises du bâtiment. La politique économique yougoslave se caractérise, cependant, par sa capacité à tenir compte des expériences réalisées. « Le conflit de croissance », dû aux retards du bien-être, a provoqué l'institutionalisation de l'autogestion ouvrière, la réintroduction du marché en 1950, le renversement des priorités en faveur des industries de biens de consommation et l'abandon, en 1956, de la collectivisation forcée. Au cours de la deuxième sous-période, deux réformes économiques ont été lancées en 1961 et 1965. Les efforts en vue de la stabilisation ont été accompagnés d'une décentralisation et les entreprises sont devenues de véritables centres de décision. Dans une économie fondée sur l'autogestion ouvrière, le plan perd nécessairement certaines de ses prérogatives. Que faut-il planifier et comment? Si une économie décentralisée doit fonctionner correctement et croître à des taux élevés et stables, certaines interventions des autorités centrales sont nécessaires. La formation du capital et la qualité de la gestion ne sont pas en cause. L'accroissement du revenu par habitant a facilité un certain consentement pour les taux élevés de croissance et vingt années d'autonomie des entreprises ont permis une accumulation considérable de connaissances en matière de gestion. Dans ce cadre, des interventions centrales sont nécessaires pour prévenir les disproportions et les éliminer dès qu'elles apparaissent. L'utilisation des méthodes de politique fiscale et monétaire semble appropriée à la nature et au niveau de développement de l'économie. Mais tant qu'on aura pas mis en œuvre un système cohérent d'instruments fiscaux et monétaires, il sera impossible de déterminer la nature et l'intensité des interventions centrales (de la planification) qui restent nécessaires.
Title: Plans et croissance en Yougoslavie
Description:
Le premier plan quinquennal yougoslave a introduit en 1947 le modèle soviétique de planification centralisée.
Le plan englobait toutes les activités économiques ; il était détaillé et impératif.
Depuis 1950, la réorientation de l'économie vers le marché et l'autogestion ouvrière ont progressivement privé le plan de ses traits essentiels.
Actuellement il ne constitue qu'un élément d'information ; les entreprises sont libres de le suivre ou non.
Les taux de croissance de l'économie yougoslave ont été élevés de 1947 à 1967 (6,85 % par an), plus élevés qu'en Yougoslavie d'avant-guerre (3,12 %).
Ces taux ont cependant été réalisés grâce à un taux d'investissement et d'industrialisation très élevé, qui constituait le trait fondamental de la stratégie yougoslave de développement.
Ainsi, le critère essentiel de succès des plans résidait dans leur capacité à assurer une croissance équilibrée et à maximiser le bien-être.
Premièrement, si l'on compare les objectifs de croissance et leur exécution, il apparaît que les plans étaient assez peu réalistes ; en utilisant le théorème Cobb-Webb (toile d'araignée) pour le mouvement des plans et des résultats, les taux de croissance apparaissent comme une grandeur déterminée plutôt que déterminante.
Deuxièmement, la croissance économique yougoslave était très instable et les cycles constituaient un élément majeur de cette instabilité.
De même que dans les autres pays socialistes, des cycles d'investissement puissants sont apparus, comme conséquence de plans trop ambitieux.
Ces cycles ont coïncidé en partie avec des cycles courts, de grande amplitude, dus aux fluctuations de la propension à consommer.
Troisièmement, la planification a déséquilibré la structure de la production (a).
Alors que la production industrielle s'est accrue de 588 % entre 1947 et 1965, la production agricole a augmenté seulement de 163 %, sans augmenter du tout au cours de la première sous-période (b).
Les préférences pour l'industrie lourde à forte intensité de capital et exigeant de longues périodes de construction et de mise en marche, ont fortement contribué à une croissance inférieure à l'optimum (c).
Le désinvestissement dans plusieurs secteurs (industries anciennes, habitat, services) freinait les améliorations de la qualité et de l'assortiment ; dans les secteurs non productifs, dont l'usure et les difficultés n'apparaissent pas dans les évaluations du produit national brut, les pertes en capital contribuent à des taux de croissance artificiellement élevés.
Etant donné que le bien-être dépend d'une croissance stable et équilibrée, il est évident que les taux de croissance ont tendance à exagérer celle du bien-être.
La raison principale du retard de la croissance du bien-être réside cependant dans le retard de celle du produit national brut (G.
N.
P.
).
La production des industries mécaniques était d'une faible qualité.
L'efficacité des investissements était réduite également par des déficiences dans l'approvisionnement en matériaux, leur qualité médiocre, des changements fréquents des projets d'investissement, l'interruption des flux financiers et l'équipement insuffisant et primitif des entreprises du bâtiment.
La politique économique yougoslave se caractérise, cependant, par sa capacité à tenir compte des expériences réalisées.
« Le conflit de croissance », dû aux retards du bien-être, a provoqué l'institutionalisation de l'autogestion ouvrière, la réintroduction du marché en 1950, le renversement des priorités en faveur des industries de biens de consommation et l'abandon, en 1956, de la collectivisation forcée.
Au cours de la deuxième sous-période, deux réformes économiques ont été lancées en 1961 et 1965.
Les efforts en vue de la stabilisation ont été accompagnés d'une décentralisation et les entreprises sont devenues de véritables centres de décision.
Dans une économie fondée sur l'autogestion ouvrière, le plan perd nécessairement certaines de ses prérogatives.
Que faut-il planifier et comment? Si une économie décentralisée doit fonctionner correctement et croître à des taux élevés et stables, certaines interventions des autorités centrales sont nécessaires.
La formation du capital et la qualité de la gestion ne sont pas en cause.
L'accroissement du revenu par habitant a facilité un certain consentement pour les taux élevés de croissance et vingt années d'autonomie des entreprises ont permis une accumulation considérable de connaissances en matière de gestion.
Dans ce cadre, des interventions centrales sont nécessaires pour prévenir les disproportions et les éliminer dès qu'elles apparaissent.
L'utilisation des méthodes de politique fiscale et monétaire semble appropriée à la nature et au niveau de développement de l'économie.
Mais tant qu'on aura pas mis en œuvre un système cohérent d'instruments fiscaux et monétaires, il sera impossible de déterminer la nature et l'intensité des interventions centrales (de la planification) qui restent nécessaires.

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