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Isaac Newton et le désenchantement du cosmos : de l’iconoclasme en philosophie naturelle au XVIIe siècle

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Isaac Newton remarqua dans la conclusion de ses fameux Principes mathématiques de la philosophie naturelle (1687) : « Les idolâtres s’imaginaient que le soleil, la lune, les astres, les âmes des hommes et toutes les autres parties du monde étaient des parties du Dieu suprême et que, par conséquent, on devait leur rendre un culte, mais c’était une erreur. » Le mathématicien observait de façon similaire en concluant son Traité d’optique : « A la vérité, si les païens n’eussent pas été aveuglés par le culte des faux dieux, ils auraient poussé leur philosophie morale bien au-delà de ce qu’ils nommaient les quatre vertus cardinales ; et au lieu d’enseigner la transmigration des âmes, le culte du soleil et de la lune, et des héros décédés, ils auraient enseigné la raison suprême pour laquelle notre souverain Bienfaiteur et véritable Auteur doit être adoré. » Une question se pose au lecteur contemporain : comment rendre compte de l’insertion de ces considérations théologiques en conclusion de deux traités de nature essentiellement mathématique ?Des éléments de réponse se trouvent dans un manuscrit inachevé de Newton intitulé « Les origines philosophiques de la théologie païenne » (Theologiæ gentilis origines philosophicæ), un traité d’histoire des religions comportant plus de 130.000 mots répartis sur quelque 200 folios. Newton y soutient notamment que la cosmologie des Anciens était de nature théologique du fait qu’elle procédait en partie de la projection sur les éléments du cosmos des âmes des ancêtres de l’humanité déifiés. C’est ainsi que Newton voit dans la catastérisation des premiers hommes l’origine de l’animisme astral, de l’astrolâtrie et de l’astrologie. A ses yeux, la chute originelle de l’homme dans l’idolâtrie aurait corrompu aussi bien la vraie religion que la connaissance de la philosophie naturelle, l’animisme propre aux cosmologies des anciens peuples orientaux formant le pendant philosophique de l’astrolâtrie païenne. Il importait dès lors de désacraliser les éléments du cosmos afin de rétablir aussi bien le culte pur que la science véritable.Après avoir identifié les sources et décrit les principes exégétiques qui sous-tendent le traité des Origines, nous examinerons l’historiographie newtonienne des origines et de la diffusion de la physico-théologie païenne, depuis la naissance du culte des astres en Egypte ancienne jusqu’aux doctrines émanationnistes enseignées par les scolastiques. Nous montrerons ensuite en quoi le système du monde proposé par Newton se présentait comme une alternative désacralisée aux conceptions cosmologiques animistes des Anciens. Nous nous interrogerons finalement sur la provenance de l’animus iconoclaste qui caractérise les écrits théologiques et philosophiques de Newton. Il s’agira de discerner les sources d’influence qui marquèrent sa formation intellectuelle et religieuse au travers de l’examen des polémiques qui divisèrent le milieu réformé au sein duquel il grandit. Il en ressortira que l’auteur des Principes entendait bien désenchanter le cosmos afin de satisfaire les exigences d’un monothéisme austère et intransigeant.
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Title: Isaac Newton et le désenchantement du cosmos : de l’iconoclasme en philosophie naturelle au XVIIe siècle
Description:
Isaac Newton remarqua dans la conclusion de ses fameux Principes mathématiques de la philosophie naturelle (1687) : « Les idolâtres s’imaginaient que le soleil, la lune, les astres, les âmes des hommes et toutes les autres parties du monde étaient des parties du Dieu suprême et que, par conséquent, on devait leur rendre un culte, mais c’était une erreur.
» Le mathématicien observait de façon similaire en concluant son Traité d’optique : « A la vérité, si les païens n’eussent pas été aveuglés par le culte des faux dieux, ils auraient poussé leur philosophie morale bien au-delà de ce qu’ils nommaient les quatre vertus cardinales ; et au lieu d’enseigner la transmigration des âmes, le culte du soleil et de la lune, et des héros décédés, ils auraient enseigné la raison suprême pour laquelle notre souverain Bienfaiteur et véritable Auteur doit être adoré.
» Une question se pose au lecteur contemporain : comment rendre compte de l’insertion de ces considérations théologiques en conclusion de deux traités de nature essentiellement mathématique ?Des éléments de réponse se trouvent dans un manuscrit inachevé de Newton intitulé « Les origines philosophiques de la théologie païenne » (Theologiæ gentilis origines philosophicæ), un traité d’histoire des religions comportant plus de 130.
000 mots répartis sur quelque 200 folios.
Newton y soutient notamment que la cosmologie des Anciens était de nature théologique du fait qu’elle procédait en partie de la projection sur les éléments du cosmos des âmes des ancêtres de l’humanité déifiés.
C’est ainsi que Newton voit dans la catastérisation des premiers hommes l’origine de l’animisme astral, de l’astrolâtrie et de l’astrologie.
A ses yeux, la chute originelle de l’homme dans l’idolâtrie aurait corrompu aussi bien la vraie religion que la connaissance de la philosophie naturelle, l’animisme propre aux cosmologies des anciens peuples orientaux formant le pendant philosophique de l’astrolâtrie païenne.
Il importait dès lors de désacraliser les éléments du cosmos afin de rétablir aussi bien le culte pur que la science véritable.
Après avoir identifié les sources et décrit les principes exégétiques qui sous-tendent le traité des Origines, nous examinerons l’historiographie newtonienne des origines et de la diffusion de la physico-théologie païenne, depuis la naissance du culte des astres en Egypte ancienne jusqu’aux doctrines émanationnistes enseignées par les scolastiques.
Nous montrerons ensuite en quoi le système du monde proposé par Newton se présentait comme une alternative désacralisée aux conceptions cosmologiques animistes des Anciens.
Nous nous interrogerons finalement sur la provenance de l’animus iconoclaste qui caractérise les écrits théologiques et philosophiques de Newton.
Il s’agira de discerner les sources d’influence qui marquèrent sa formation intellectuelle et religieuse au travers de l’examen des polémiques qui divisèrent le milieu réformé au sein duquel il grandit.
Il en ressortira que l’auteur des Principes entendait bien désenchanter le cosmos afin de satisfaire les exigences d’un monothéisme austère et intransigeant.

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