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Devenir-personnages : les enfants et ce qu’ils créent dans le dispositif " Le cinéma, cent ans de jeunesse "

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Cette recherche prend pour terrain les ateliers de pratique cinématographique du dispositif « Le cinéma, cent ans de jeunesse », créé en 1995 par Alain Bergala et Nathalie Bourgeois, auxquels participent chaque année les élèves d’une quarantaine de classes, en France et à l’étranger, du CE2 à la terminale. En quoi les personnages des films issus de ces ateliers rendent-ils compte des phénomènes de socialisation qui s’y déroulent, et ainsi d’une fonction de la pratique artistique pour les enfants et les adolescents dont on se préoccupe ? Le chapitre 1 rend compte de la tension relative aux images qui perdure tout au long du XXe siècle et que l’on retrouve dans les phénomènes de scolarisation du cinéma. Benjamin, le premier, a mis au jour l’idée d’un spectateur évoluant entre deux pôles : d’un côté une valeur épistémique des images enregistrées, vouées à rendre compte du monde et à le faire connaître au peuple, de l’autre la menace d’un assujettissement des masses par la mise au service d’idéologies totalitaires. L’assujettissement passe par un contrôle des images (Benjamin, Lyotard, Barthes) ou par celui des espaces de sémiotisation dans lesquels le spectateur formule son rapport aux images (Mondzain). D’autres penseurs proposent un réexamen de ce que signifie « être spectateur », relançant la valeur épistémique du cinéma (Bazin, Cavell, Deleuze) et laissant entrevoir une émancipation des spectateurs (Rancière). Ces deux manières d’envisager les images donnent lieu à des stratégies éducatives divergentes. Le chapitre 2 analyse la stratégie choisie par le dispositif « Le cinéma, cent ans de jeunesse », qui prend pied dans une confiance très forte dans la puissance du cinéma. Elle s’organise autour de trois tenseurs : l’impureté ontologique du cinéma, art de l’enregistrement du réel ; la conviction que le cinéma ne peut s’approcher véritablement sans se tourner vers les cinéastes et leurs gestes de création ; le cinéma comme art de l’altérité et de la rencontre. Une hypothèse est formulée : cette approche fabrique un objet pédagogique au centre de ces trois tenseurs, qui prend corps par l’intermédiaire d’un travail sur les personnages. Le chapitre 3 construit une méthodologie d’étude des films et de leurs personnages, à la croisée de la socio-anthropologie de l’enfance (Delalande, Sirota), de l’anthropologie et de la philosophie (Descola, Lévi-Strauss). Elle prend en compte les enfants en tant que sujets surgissants et engagés dans le monde par le biais de leurs actions (Merleau-Ponty) et a pour objectif de faire apparaître le sens des films et de leurs personnages pour les enfants qui les font advenir. Les films d’atelier s’envisagent comme des œuvres d’art prises dans un réseau, sous l’angle du sens qu’ils ont pour les agents de ce réseau (Gell). Le chapitre 4 est un récit d’atelier, fruit d’une enquête menée auprès d’un groupe d’adolescents. L’un des participants y devient un personnage qui résulte de l’incarnation des aspirations, du vécu et de l’éthique du groupe dans le corps du comédien, de ce qu’il vit dans les lieux choisis par le groupe, et enfin de son inscription dans le film. C’est ce processus que nous appelons devenir-personnage, qui peut alors être pris pour objet de cette recherche. Au chapitre 5, l’étude de trois cohortes de films met en évidence la manière dont les thèmes proposés par le dispositif génèrent des motifs de cinéma (la cabane, les jeux, les lieux) auxquels les enfants réagissent en faisant advenir des personnages. Les films et leurs personnages ont une agence (Gell, Descola) qui leur est spécifique, qui se manifeste lors de leur confrontation à leur public – les autres enfants du dispositif et les adultes encadrants. Ces films « parlent » aux autres enfants de leurs auteurs, tout autant qu’ils peuvent être « interrogés » par les spectateurs. La mise en évidence de ces devenir-personnages ouvre une réflexion sur une requalification de la valeur éducative du cinéma, autour d’une dimension éthique.
Agence Bibliographique de l'Enseignement Supérieur
Title: Devenir-personnages : les enfants et ce qu’ils créent dans le dispositif " Le cinéma, cent ans de jeunesse "
Description:
Cette recherche prend pour terrain les ateliers de pratique cinématographique du dispositif « Le cinéma, cent ans de jeunesse », créé en 1995 par Alain Bergala et Nathalie Bourgeois, auxquels participent chaque année les élèves d’une quarantaine de classes, en France et à l’étranger, du CE2 à la terminale.
En quoi les personnages des films issus de ces ateliers rendent-ils compte des phénomènes de socialisation qui s’y déroulent, et ainsi d’une fonction de la pratique artistique pour les enfants et les adolescents dont on se préoccupe ? Le chapitre 1 rend compte de la tension relative aux images qui perdure tout au long du XXe siècle et que l’on retrouve dans les phénomènes de scolarisation du cinéma.
Benjamin, le premier, a mis au jour l’idée d’un spectateur évoluant entre deux pôles : d’un côté une valeur épistémique des images enregistrées, vouées à rendre compte du monde et à le faire connaître au peuple, de l’autre la menace d’un assujettissement des masses par la mise au service d’idéologies totalitaires.
L’assujettissement passe par un contrôle des images (Benjamin, Lyotard, Barthes) ou par celui des espaces de sémiotisation dans lesquels le spectateur formule son rapport aux images (Mondzain).
D’autres penseurs proposent un réexamen de ce que signifie « être spectateur », relançant la valeur épistémique du cinéma (Bazin, Cavell, Deleuze) et laissant entrevoir une émancipation des spectateurs (Rancière).
Ces deux manières d’envisager les images donnent lieu à des stratégies éducatives divergentes.
Le chapitre 2 analyse la stratégie choisie par le dispositif « Le cinéma, cent ans de jeunesse », qui prend pied dans une confiance très forte dans la puissance du cinéma.
Elle s’organise autour de trois tenseurs : l’impureté ontologique du cinéma, art de l’enregistrement du réel ; la conviction que le cinéma ne peut s’approcher véritablement sans se tourner vers les cinéastes et leurs gestes de création ; le cinéma comme art de l’altérité et de la rencontre.
Une hypothèse est formulée : cette approche fabrique un objet pédagogique au centre de ces trois tenseurs, qui prend corps par l’intermédiaire d’un travail sur les personnages.
Le chapitre 3 construit une méthodologie d’étude des films et de leurs personnages, à la croisée de la socio-anthropologie de l’enfance (Delalande, Sirota), de l’anthropologie et de la philosophie (Descola, Lévi-Strauss).
Elle prend en compte les enfants en tant que sujets surgissants et engagés dans le monde par le biais de leurs actions (Merleau-Ponty) et a pour objectif de faire apparaître le sens des films et de leurs personnages pour les enfants qui les font advenir.
Les films d’atelier s’envisagent comme des œuvres d’art prises dans un réseau, sous l’angle du sens qu’ils ont pour les agents de ce réseau (Gell).
Le chapitre 4 est un récit d’atelier, fruit d’une enquête menée auprès d’un groupe d’adolescents.
L’un des participants y devient un personnage qui résulte de l’incarnation des aspirations, du vécu et de l’éthique du groupe dans le corps du comédien, de ce qu’il vit dans les lieux choisis par le groupe, et enfin de son inscription dans le film.
C’est ce processus que nous appelons devenir-personnage, qui peut alors être pris pour objet de cette recherche.
Au chapitre 5, l’étude de trois cohortes de films met en évidence la manière dont les thèmes proposés par le dispositif génèrent des motifs de cinéma (la cabane, les jeux, les lieux) auxquels les enfants réagissent en faisant advenir des personnages.
Les films et leurs personnages ont une agence (Gell, Descola) qui leur est spécifique, qui se manifeste lors de leur confrontation à leur public – les autres enfants du dispositif et les adultes encadrants.
Ces films « parlent » aux autres enfants de leurs auteurs, tout autant qu’ils peuvent être « interrogés » par les spectateurs.
La mise en évidence de ces devenir-personnages ouvre une réflexion sur une requalification de la valeur éducative du cinéma, autour d’une dimension éthique.

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