Search engine for discovering works of Art, research articles, and books related to Art and Culture
ShareThis
Javascript must be enabled to continue!

«Erreurs» de traduction, « intraduisibiles », décentrement de l'écriture et littérature-monde : Ahmadou Kourouma, Chinua Achebe, Wole Soyinka.

View through CrossRef
De nombreuses études soulignent les « erreurs » présentes dans les traductions des œuvres de la littérature africaine, « erreurs » souvent attribuées à une connaissance insuffisante des contextes linguistiques, géo-historiques et culturels. Elles se manifestent notamment par des modifications sémantiques injustifiées, des traductions approximatives et des contresens. Toutefois, ces problèmes ne sont pas spécifiques à la littérature africaine. En réalité, toute œuvre littéraire, quelle que soit son origine, requiert une traduction attentive, capable d’en restituer toutes les nuances et dimensions. La plupart de ces études partent du principe que la littérature africaine est traduisible au sens traditionnel du terme. Nous adopterons, en revanche, la perspective selon laquelle toute œuvre est, par définition, « intraduisible », comme le soutient notamment Barbara Cassin. L’original n’est jamais entièrement traduisible en raison du passage inévitable d’une langue à une autre, qui fait partie intégrante du processus de traduction. Cela ne signifie pas pour autant que la traduction soit nécessairement inférieure à l’original. Au contraire, comme le démontre Borges dans Les traductions homériques et comme le soulignent des analyses récentes de Gérard Genette, l’œuvre doit être envisagée non seulement dans sa version originale, mais également à travers ses diverses traductions, qui représentent autant de réinterprétations possibles de celle-ci.Dès lors, la question ne se limite plus à la recherche de la traduction parfaite. Même si l’on suppose, notamment dans le cas de l’auto-traduction, qu’aucune « erreur » au sens traditionnel n’est commise, il n’en demeure pas moins que la meilleure des traductions sera toujours différente de l’original. C’est précisément ce qui donne toute sa valeur à la traduction : elle met en lumière des aspects de l’œuvre qui ne peuvent s’exprimer que grâce à elle, alors que l’original ne peut les contenir que de manière latente. La notion d’« erreur » au sens traditionnel perd de sa pertinence lorsque ces traductions s’inscrivent dans la Weltliteratur de Goethe ou dans la Littérature-monde, telle que définie par Alain Mabanckou, qui englobe des littératures marginalisées marquées par une hybridité linguistique. C’est à la lumière de ces considérations que nous réexaminerons la question des « erreurs » de traduction, en adoptant une approche problématisante plutôt qu’en cherchant à en établir une définition stricte.Notre analyse se fondera sur les traductions en langue anglaise de deux œuvres francophones de l’auteur ivoirien Ahmadou Kourouma, ainsi que sur les traductions françaises des œuvres anglophones de Chinua Achebe et de Wole Soyinka. Notre réflexion ne porte pas tant sur l’orientation « sourcière » ou « cibliste » d’une œuvre traduite que sur sa capacité à restituer l’« intraduisibilité » inhérente au décentrement de l’écriture (Meschonnic). Nous analyserons comment ces traductions mettent en lumière les particularités et les complexités de ces textes, tout en offrant à leurs lecteurs une perspective enrichie sur divers aspects langagiers et culturels. Nous veillerons enfin à démontrer comment la notion de « littérature-monde » contribue à valoriser ces littératures, leur conférant une visibilité essentielle dans un contexte où elles ont historiquement été marginalisées.Traductologie, Traduction, Décentrement, Intraduisibles, Littérature-monde, Littéraire, Théories, Post-colonialisme, Erreurs, Cultures.
Agence Bibliographique de l'Enseignement Supérieur
Title: «Erreurs» de traduction, « intraduisibiles », décentrement de l'écriture et littérature-monde : Ahmadou Kourouma, Chinua Achebe, Wole Soyinka.
Description:
De nombreuses études soulignent les « erreurs » présentes dans les traductions des œuvres de la littérature africaine, « erreurs » souvent attribuées à une connaissance insuffisante des contextes linguistiques, géo-historiques et culturels.
Elles se manifestent notamment par des modifications sémantiques injustifiées, des traductions approximatives et des contresens.
Toutefois, ces problèmes ne sont pas spécifiques à la littérature africaine.
En réalité, toute œuvre littéraire, quelle que soit son origine, requiert une traduction attentive, capable d’en restituer toutes les nuances et dimensions.
La plupart de ces études partent du principe que la littérature africaine est traduisible au sens traditionnel du terme.
Nous adopterons, en revanche, la perspective selon laquelle toute œuvre est, par définition, « intraduisible », comme le soutient notamment Barbara Cassin.
L’original n’est jamais entièrement traduisible en raison du passage inévitable d’une langue à une autre, qui fait partie intégrante du processus de traduction.
Cela ne signifie pas pour autant que la traduction soit nécessairement inférieure à l’original.
Au contraire, comme le démontre Borges dans Les traductions homériques et comme le soulignent des analyses récentes de Gérard Genette, l’œuvre doit être envisagée non seulement dans sa version originale, mais également à travers ses diverses traductions, qui représentent autant de réinterprétations possibles de celle-ci.
Dès lors, la question ne se limite plus à la recherche de la traduction parfaite.
Même si l’on suppose, notamment dans le cas de l’auto-traduction, qu’aucune « erreur » au sens traditionnel n’est commise, il n’en demeure pas moins que la meilleure des traductions sera toujours différente de l’original.
C’est précisément ce qui donne toute sa valeur à la traduction : elle met en lumière des aspects de l’œuvre qui ne peuvent s’exprimer que grâce à elle, alors que l’original ne peut les contenir que de manière latente.
La notion d’« erreur » au sens traditionnel perd de sa pertinence lorsque ces traductions s’inscrivent dans la Weltliteratur de Goethe ou dans la Littérature-monde, telle que définie par Alain Mabanckou, qui englobe des littératures marginalisées marquées par une hybridité linguistique.
C’est à la lumière de ces considérations que nous réexaminerons la question des « erreurs » de traduction, en adoptant une approche problématisante plutôt qu’en cherchant à en établir une définition stricte.
Notre analyse se fondera sur les traductions en langue anglaise de deux œuvres francophones de l’auteur ivoirien Ahmadou Kourouma, ainsi que sur les traductions françaises des œuvres anglophones de Chinua Achebe et de Wole Soyinka.
Notre réflexion ne porte pas tant sur l’orientation « sourcière » ou « cibliste » d’une œuvre traduite que sur sa capacité à restituer l’« intraduisibilité » inhérente au décentrement de l’écriture (Meschonnic).
Nous analyserons comment ces traductions mettent en lumière les particularités et les complexités de ces textes, tout en offrant à leurs lecteurs une perspective enrichie sur divers aspects langagiers et culturels.
Nous veillerons enfin à démontrer comment la notion de « littérature-monde » contribue à valoriser ces littératures, leur conférant une visibilité essentielle dans un contexte où elles ont historiquement été marginalisées.
Traductologie, Traduction, Décentrement, Intraduisibles, Littérature-monde, Littéraire, Théories, Post-colonialisme, Erreurs, Cultures.

Related Results

Yoruba Mythology in Wole Soyinka’s A Dance of the Forests and The Road
Yoruba Mythology in Wole Soyinka’s A Dance of the Forests and The Road
Cette étude porte sur les catégories et les fonctions de la mythologie Yoruba dans deux des pièces de théâtre de Wole Soyinka à savoir A Dance of the Forests et The Road. Les types...
Wole Soyinka
Wole Soyinka
Wole Soyinka (1934–) is primarily a playwright but also a memorialist and a poet. He is also an activist and an accomplished playwright. The development of his work cannot be under...
Wole Soyinka
Wole Soyinka
Biodun Jeyifo examines the connections between the innovative and influential writings of Wole Soyinka and his radical political activism. Jeyifo carries out detailed analyses of S...
Chinua Achebe and the Igbo-African World
Chinua Achebe and the Igbo-African World
Chinua Achebe and the Igbo-African World: Between Fiction, Fact, and Historical Representation explores Chinua Achebe’s literary works and how they communicated the Igbo-African wo...
A linguistic stylistic study of Wole Soyinka’s Night and Death in the Dawn
A linguistic stylistic study of Wole Soyinka’s Night and Death in the Dawn
Linguistic stylistics explores the linguistic features of a text; it is primarily concerned with the use of language and its effect in a text. This study is aimed at analyzing the ...
Chinua Achebe, Homi Bhabha and the Language of Ambivalence in Things Fall Apart
Chinua Achebe, Homi Bhabha and the Language of Ambivalence in Things Fall Apart
Chinua Achebe, the contemporary Nigerian novelist is one of the most outstanding figures in modern African Literature. What bestows him such a credit might be taken to be his attem...
Étude comparée de la représentation littéraire de la révolte chez Albert Camus et Ahmadou Kourouma
Étude comparée de la représentation littéraire de la révolte chez Albert Camus et Ahmadou Kourouma
Manifestée dans nos familles, communautés, couches sociales et à travers des générations, la révolte demeure l'expression du refus de l'injustice, l'affirmation de soi et la revend...
Ahmadou Kourouma : mémoire vivante de la géopolitique en Afrique
Ahmadou Kourouma : mémoire vivante de la géopolitique en Afrique
Ce livre, consacré à l’œuvre d’Ahmadou Kourouma, prend pour thème majeur la géopolitique, sorte de téléologie cristallisant la carrière de l’écrivain, dont l’« essentiel », pour lu...

Back to Top