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Antonin Artaud et l’antériorité de l’altérité : mise en scène de subsong
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Notre thèse aborde le problème de savoir si l’œuvre d’Antonin Artaud, souvent interprétée comme une illustration de la « folie » au sein des discours philosophiques proposés par Michel Foucault, Jacques Derrida ou Gilles Deleuze, peut être lue en dehors de ces cadres philosophiques.Dans la première partie, nous proposerons notre propre lecture de l’œuvre d’Artaud, en exposant ce que nous désignerons comme son « problème », défini par le poète lui-même comme une interrogation constante sur la « recevabilité absolue » de l’œuvre, selon les termes qu’il emploie dans sa Correspondance avec Jacques Rivière. Cette notion de « problème » sera utilisée comme fil conducteur pour aborder l’ensemble de ses textes. Plus précisément, nous montrerons comment Artaud s’empare de cette notion de « recevabilité » pour interroger l’acte d’écriture, aussi bien par rapport à son engagement avec le surréalisme qu’à travers l’idéologie marxiste dominante dans les années 1930. Au fil de ces lectures, nous mettrons en lumière sa critique de la logique hypothétique et rationaliste, et son geste artistique qui consiste à affirmer la « mise en scène » de la relation qu’Artaud entretient avec la langue.Dans la deuxième partie, nous examinerons comment le problème de la « recevabilité absolue » inhérent à l’œuvre d’Artaud est progressivement devenu l’objet des discours philosophiques. Nous commencerons par retracer la généalogie du concept philosophique de « folie », en nous concentrant sur le différend entre Michel Foucault et Jacques Derrida, afin de montrer le rôle décisif joué par l’écriture d’Artaud dans ces débats. De ce différend émerge une redéfinition de la folie, non pas comme une catégorie pathologique appliquée aux individus, mais comme une problématique du langage. À cet égard, dans Histoire de la folie, Foucault ne pose pas suffisamment le problème de la relation entre la folie en tant que catégorie pathologique individuelle et la folie cartésienne en tant que forme radicale de doute. Cela semble confirmer, à première vue, la justesse de la critique derridienne. Cependant, nous mettrons aussi en avant le fait que Derrida, lui aussi, aborde Artaud à travers la thématique de la folie, en réduisant ainsi la dimension « résistante » de cette œuvre à un dispositif philosophique visant à démontrer l’impossibilité de la découverte analytique du « moi » en tant que fondement de toute pensée.Face à cette instrumentalisation philosophique d’Artaud, la lecture proposée par Gilles Deleuze, inaugurée dans Différence et répétition, semble tenir d’une approche plus immanente des textes d’Artaud telle que nous la concevons. Deleuze reconnaît pleinement la dualité de la pensée d’Artaud, qui se déploie simultanément dans une « critique » radicale et une « mise en scène » de cette critique. Plus fondamentalement, l’importance accordée par Deleuze à la rencontre sensible avec l’œuvre, qui précède tout droit à la pensée, constitue un point nodal de sa philosophie. Cependant, ce que nous soulignons ici, c’est que comprendre la philosophie deleuzienne ne revient pas à révéler le « vrai Artaud », mais qu’au contraire, la rencontre sensible avec ce que nous appelons le subsong de l’être, est le geste même par lequel l’œuvre d’Artaud s’affirme avant que la pensée deleuzienne utilise le nom d’Artaud en tant que vecteur de ses concepts philosophiques. Ainsi, notre thèse, tout en acceptant la primauté de cette « rencontre », s’organise comme une aventure de pensée qui commence par cette rencontre, pour explorer ce qui, dans cette œuvre, se soustrait à toute systématisation discursive.
Title: Antonin Artaud et l’antériorité de l’altérité : mise en scène de subsong
Description:
Notre thèse aborde le problème de savoir si l’œuvre d’Antonin Artaud, souvent interprétée comme une illustration de la « folie » au sein des discours philosophiques proposés par Michel Foucault, Jacques Derrida ou Gilles Deleuze, peut être lue en dehors de ces cadres philosophiques.
Dans la première partie, nous proposerons notre propre lecture de l’œuvre d’Artaud, en exposant ce que nous désignerons comme son « problème », défini par le poète lui-même comme une interrogation constante sur la « recevabilité absolue » de l’œuvre, selon les termes qu’il emploie dans sa Correspondance avec Jacques Rivière.
Cette notion de « problème » sera utilisée comme fil conducteur pour aborder l’ensemble de ses textes.
Plus précisément, nous montrerons comment Artaud s’empare de cette notion de « recevabilité » pour interroger l’acte d’écriture, aussi bien par rapport à son engagement avec le surréalisme qu’à travers l’idéologie marxiste dominante dans les années 1930.
Au fil de ces lectures, nous mettrons en lumière sa critique de la logique hypothétique et rationaliste, et son geste artistique qui consiste à affirmer la « mise en scène » de la relation qu’Artaud entretient avec la langue.
Dans la deuxième partie, nous examinerons comment le problème de la « recevabilité absolue » inhérent à l’œuvre d’Artaud est progressivement devenu l’objet des discours philosophiques.
Nous commencerons par retracer la généalogie du concept philosophique de « folie », en nous concentrant sur le différend entre Michel Foucault et Jacques Derrida, afin de montrer le rôle décisif joué par l’écriture d’Artaud dans ces débats.
De ce différend émerge une redéfinition de la folie, non pas comme une catégorie pathologique appliquée aux individus, mais comme une problématique du langage.
À cet égard, dans Histoire de la folie, Foucault ne pose pas suffisamment le problème de la relation entre la folie en tant que catégorie pathologique individuelle et la folie cartésienne en tant que forme radicale de doute.
Cela semble confirmer, à première vue, la justesse de la critique derridienne.
Cependant, nous mettrons aussi en avant le fait que Derrida, lui aussi, aborde Artaud à travers la thématique de la folie, en réduisant ainsi la dimension « résistante » de cette œuvre à un dispositif philosophique visant à démontrer l’impossibilité de la découverte analytique du « moi » en tant que fondement de toute pensée.
Face à cette instrumentalisation philosophique d’Artaud, la lecture proposée par Gilles Deleuze, inaugurée dans Différence et répétition, semble tenir d’une approche plus immanente des textes d’Artaud telle que nous la concevons.
Deleuze reconnaît pleinement la dualité de la pensée d’Artaud, qui se déploie simultanément dans une « critique » radicale et une « mise en scène » de cette critique.
Plus fondamentalement, l’importance accordée par Deleuze à la rencontre sensible avec l’œuvre, qui précède tout droit à la pensée, constitue un point nodal de sa philosophie.
Cependant, ce que nous soulignons ici, c’est que comprendre la philosophie deleuzienne ne revient pas à révéler le « vrai Artaud », mais qu’au contraire, la rencontre sensible avec ce que nous appelons le subsong de l’être, est le geste même par lequel l’œuvre d’Artaud s’affirme avant que la pensée deleuzienne utilise le nom d’Artaud en tant que vecteur de ses concepts philosophiques.
Ainsi, notre thèse, tout en acceptant la primauté de cette « rencontre », s’organise comme une aventure de pensée qui commence par cette rencontre, pour explorer ce qui, dans cette œuvre, se soustrait à toute systématisation discursive.
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