Javascript must be enabled to continue!
Le Subutex® une drogue, mais qu'est-ce qu'une drogue ? Esquisse d'une anthropologie sémiotique des psychotropes
View through CrossRef
Les traitements de substitution aux opiacés (TSO) se sont mis en place en France au milieu des années 1990 dans un contexte polémique. Le laboratoire pharmaceutique trouva dans la situation sanitaire et politique française de l’époque une opportunité pour obtenir une autorisation de mise sur le marché de la BHD. La France changea de paradigme en matière de soin aux toxicomanes et les évaluations tirèrent de ce changement un bilan globalement positif. Toutefois, des études montrent que la BHD fait l’objet de diverses formes de mésusages et qu’elle est utilisée parfois comme une « drogue ». Mais, dès lors, qu’est-ce qu’une drogue ? Définir la drogue comme ce qu’une société considère comme tel ne nous permet pas de répondre à la question si la limite entre médicament et drogue est renvoyée aux discours normatifs. Or il s’agit de comprendre et d’expliquer pourquoi et comment un médicament devient une drogue par la reconfiguration de ses usages. La BHD est un cas contemporain exemplaire de ce processus de reconfiguration, mais où s’origine ce processus ? Au XIX e siècle naissant, l’opiomane anglais Thomas de Quincey témoigne dans ses « confessions » d’une pratique qui se répandait à son époque. Le livre connut un grand succès et son texte constitue le récit canonique d’un mythe qui institue un rapport inédit et irréversible d’Homo sapiens avec les psychotropes. Pour l’anthropologue, les mythes sont des narrations qui, en fixant des signes, instituent des formes de donation du sens. L’anthropologie sémiotique se propose d’étudier la culture envisagée comme mode de donation du sens. En nous appuyant sur son programme épistémologique, nous analyserons le cas de la BHD en France dans la perspective de celui de l’opium de T. de Quincey. Le retour à cette source originaire permet de reconsidérer différents discours en jeu actuellement sur « la drogue » et les psychotropes. Cet article vise à clarifier l’aspect instituant du geste littéraire de « l’opiophage anglais » et de vérifier ce qu’il devient 200 ans plus tard à l’introduction de la BHD. Une idée largement répandue considère que la drogue est un mythe, une construction sociale, bref que « ça n’existe pas ». Pourtant, comme forme symbolique, elle institue des conditions de possibilités d’usages de psychotropes. Cette forme symbolique sera travaillée pour elle-même, dans une diversification de formes, par des pratiques langagières, techniques et d’interactions sociales innombrables.
Title: Le Subutex® une drogue, mais qu'est-ce qu'une drogue ? Esquisse d'une anthropologie sémiotique des psychotropes
Description:
Les traitements de substitution aux opiacés (TSO) se sont mis en place en France au milieu des années 1990 dans un contexte polémique.
Le laboratoire pharmaceutique trouva dans la situation sanitaire et politique française de l’époque une opportunité pour obtenir une autorisation de mise sur le marché de la BHD.
La France changea de paradigme en matière de soin aux toxicomanes et les évaluations tirèrent de ce changement un bilan globalement positif.
Toutefois, des études montrent que la BHD fait l’objet de diverses formes de mésusages et qu’elle est utilisée parfois comme une « drogue ».
Mais, dès lors, qu’est-ce qu’une drogue ? Définir la drogue comme ce qu’une société considère comme tel ne nous permet pas de répondre à la question si la limite entre médicament et drogue est renvoyée aux discours normatifs.
Or il s’agit de comprendre et d’expliquer pourquoi et comment un médicament devient une drogue par la reconfiguration de ses usages.
La BHD est un cas contemporain exemplaire de ce processus de reconfiguration, mais où s’origine ce processus ? Au XIX e siècle naissant, l’opiomane anglais Thomas de Quincey témoigne dans ses « confessions » d’une pratique qui se répandait à son époque.
Le livre connut un grand succès et son texte constitue le récit canonique d’un mythe qui institue un rapport inédit et irréversible d’Homo sapiens avec les psychotropes.
Pour l’anthropologue, les mythes sont des narrations qui, en fixant des signes, instituent des formes de donation du sens.
L’anthropologie sémiotique se propose d’étudier la culture envisagée comme mode de donation du sens.
En nous appuyant sur son programme épistémologique, nous analyserons le cas de la BHD en France dans la perspective de celui de l’opium de T.
de Quincey.
Le retour à cette source originaire permet de reconsidérer différents discours en jeu actuellement sur « la drogue » et les psychotropes.
Cet article vise à clarifier l’aspect instituant du geste littéraire de « l’opiophage anglais » et de vérifier ce qu’il devient 200 ans plus tard à l’introduction de la BHD.
Une idée largement répandue considère que la drogue est un mythe, une construction sociale, bref que « ça n’existe pas ».
Pourtant, comme forme symbolique, elle institue des conditions de possibilités d’usages de psychotropes.
Cette forme symbolique sera travaillée pour elle-même, dans une diversification de formes, par des pratiques langagières, techniques et d’interactions sociales innombrables.
Related Results
Anthropologie et archéologie
Anthropologie et archéologie
Les parcours sinueux qu’ont suivis l’anthropologie et l’archéologie en Amérique du Nord depuis une cinquantaine d’années démontrent des intérêts convergents pour la connaissance et...
REGULAR ARTICLES
REGULAR ARTICLES
L. Cowen and
C. J.
Schwarz
657Les Radio‐tags, en raison de leur détectabilitéélevée, ...
Sociologie et anthropologie
Sociologie et anthropologie
L’anthropologie sociale et la sociologie sont des disciplines jumelles. Toutes deux s’intéressent à la diversité des formations sociales et à leurs transformations, plus particuliè...
Résumés des conférences JRANF 2021
Résumés des conférences JRANF 2021
able des matières
Résumés. 140
Agenda Formation en Radioprotection JRANF 2021 Ouagadougou. 140
RPF 1 Rappel des unités de doses. 140
RPF 2 Risques déterministes et stochastique...
Synthèse géologique et hydrogéologique du Shale d'Utica et des unités sus-jacentes (Lorraine, Queenston et dépôts meubles), Basses-Terres du Saint-Laurent, Québec
Synthèse géologique et hydrogéologique du Shale d'Utica et des unités sus-jacentes (Lorraine, Queenston et dépôts meubles), Basses-Terres du Saint-Laurent, Québec
Le présent travail a été initié dans le cadre d'un mandat donné à l'INRS-ETE par la Commission géologique du Canada (CGC) et le Ministère du Développement durable, de l'Environneme...
Avant-propos
Avant-propos
L’Agriculture Biologique (AB) se présente comme un mode de production agricole spécifique basé sur le respect d’un certain nombre de principes et de pratiques visant à réduire au m...
Socioanthropologie
Socioanthropologie
Le contexte actuel tel que le dessinent les tendances lourdes de ce troisième millénaire convie à interpeller les outils des science sociales forgés précédemment. La compréhension ...

