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De l’intolérable : l’expérience du mal après Dostoïevski (Elsa Morante, Toni Morrison, Arundhati Roy)
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Cette thèse de littérature comparée, préparée à l’Université Paris Nanterre sous la direction de Frédérique Leichter-Flack, s’intitule « De l’intolérable : l’expérience du mal après Dostoïevski (Elsa Morante, Toni Morrison, Arundhati Roy) ». Elle propose de relire trois romans du second vingtième siècle, La Storia d’Elsa Morante (Italie, 1974), Beloved de Toni Morrison (États-Unis, 1987) et Le Dieu des petits riens [The God of Small Things] d’Arundhati Roy (Inde, 1997) dans le sillage de l’œuvre de Dostoïevski, afin de faire émerger un questionnement commun sur l’expérience du mal et la notion d’intolérable. À l’horizon de cette recherche, qui s’inscrit dans le champ « éthique et littérature » qui s’est développé depuis une trentaine d’années des deux côtés de l’Atlantique, se dessine une interrogation sur les effets moraux de la fiction romanesque, sur leur valeur et sur leurs risques.Pour cela, la première partie s’intéresse à la façon dont la fiction romanesque pense le mal, c’est-à-dire au type de savoir moral qu’elle élabore à son sujet. Les textes à l’étude ont pour point commun de refuser le modèle herméneutique fourni par les théodicées classiques, théistes ou non théistes, qui s’efforcent d’en fixer l’essence et surtout de résoudre le problème qu’il pose : refus qui se traduit littérairement par un travail sur les points de vue de l’enfant et de la mère endeuillée, incarnations d’un échec de la consolation. Si la fiction romanesque élabore un savoir, il s’agit donc d’un savoir de l’expérience du mal et non du mal lui-même, au sens où l’on parle dans les sciences sociales d’une phénoménologie des émotions morales. Les œuvres renoncent à résoudre le problème métaphysique du sens mais élaborent, par leur double faculté à produire l’émotion et à la mettre à distance, une théorie de l’« intolérable » et une analyse du sentiment de choc moral que produit la transgression d’un seuil à la fois éthique et affectif.La seconde partie s’interroge sur les usages politiques et éthiques de l’intolérable ce qui, au-delà du problème du sens, pose celui du rapport à l’action. Le sentiment de choc provoqué chez le lecteur ou la lectrice a des effets pragmatiques : il permet l’élaboration d’une série d’expériences de pensée qui posent la question de la juste réponse à apporter à l’expérience du mal et, au-delà, celle de la capacité de la littérature à proposer des modèles potentiellement inducteurs d’action. À la différence de Dostoïevski, les trois œuvres du corpus partagent de ce point de vue un commun refus de l’exemplarité (d’une certaine exemplarité), au profit de la représentation de cas limites problématiques ou de situations d’échec, dont la mise en débat au sein même de la fiction garantit la fécondité éthique et politique.Si ce refus du modèle exemplaire protège les œuvres du moralisme et de la tentation de la réparation, c’est-à-dire de la prétention de retisser entièrement les liens rompus par le mal, il n’est pas sans impliquer un certain nombre de risques. La troisième partie entreprend de les mettre au jour et de les analyser, en faisant dialoguer l’étude des polémiques et des vifs débats suscités par la publication des œuvres, et dont l’histoire de la réception garde la trace, une analyse de leurs lectures empiriques dans un contexte d’enseignement universitaire, et une interprétation du questionnement réflexif que les textes eux-mêmes construisent sur les limites du partage affectif et moral qu’ils visent à réaliser. Elle montre que le risque est d’abord celui du malentendu moral, lié à la complexité du parcours de lecture et maximisé par la circulation globale des œuvres ; mais que c’est aussi celui du caractère intolérable des questionnements partagés avec les lecteurs et les lectrices, dans certains contextes et pour certains sujets, et qu’il expose l’œuvre à une possible illisibilité morale.
Title: De l’intolérable : l’expérience du mal après Dostoïevski (Elsa Morante, Toni Morrison, Arundhati Roy)
Description:
Cette thèse de littérature comparée, préparée à l’Université Paris Nanterre sous la direction de Frédérique Leichter-Flack, s’intitule « De l’intolérable : l’expérience du mal après Dostoïevski (Elsa Morante, Toni Morrison, Arundhati Roy) ».
Elle propose de relire trois romans du second vingtième siècle, La Storia d’Elsa Morante (Italie, 1974), Beloved de Toni Morrison (États-Unis, 1987) et Le Dieu des petits riens [The God of Small Things] d’Arundhati Roy (Inde, 1997) dans le sillage de l’œuvre de Dostoïevski, afin de faire émerger un questionnement commun sur l’expérience du mal et la notion d’intolérable.
À l’horizon de cette recherche, qui s’inscrit dans le champ « éthique et littérature » qui s’est développé depuis une trentaine d’années des deux côtés de l’Atlantique, se dessine une interrogation sur les effets moraux de la fiction romanesque, sur leur valeur et sur leurs risques.
Pour cela, la première partie s’intéresse à la façon dont la fiction romanesque pense le mal, c’est-à-dire au type de savoir moral qu’elle élabore à son sujet.
Les textes à l’étude ont pour point commun de refuser le modèle herméneutique fourni par les théodicées classiques, théistes ou non théistes, qui s’efforcent d’en fixer l’essence et surtout de résoudre le problème qu’il pose : refus qui se traduit littérairement par un travail sur les points de vue de l’enfant et de la mère endeuillée, incarnations d’un échec de la consolation.
Si la fiction romanesque élabore un savoir, il s’agit donc d’un savoir de l’expérience du mal et non du mal lui-même, au sens où l’on parle dans les sciences sociales d’une phénoménologie des émotions morales.
Les œuvres renoncent à résoudre le problème métaphysique du sens mais élaborent, par leur double faculté à produire l’émotion et à la mettre à distance, une théorie de l’« intolérable » et une analyse du sentiment de choc moral que produit la transgression d’un seuil à la fois éthique et affectif.
La seconde partie s’interroge sur les usages politiques et éthiques de l’intolérable ce qui, au-delà du problème du sens, pose celui du rapport à l’action.
Le sentiment de choc provoqué chez le lecteur ou la lectrice a des effets pragmatiques : il permet l’élaboration d’une série d’expériences de pensée qui posent la question de la juste réponse à apporter à l’expérience du mal et, au-delà, celle de la capacité de la littérature à proposer des modèles potentiellement inducteurs d’action.
À la différence de Dostoïevski, les trois œuvres du corpus partagent de ce point de vue un commun refus de l’exemplarité (d’une certaine exemplarité), au profit de la représentation de cas limites problématiques ou de situations d’échec, dont la mise en débat au sein même de la fiction garantit la fécondité éthique et politique.
Si ce refus du modèle exemplaire protège les œuvres du moralisme et de la tentation de la réparation, c’est-à-dire de la prétention de retisser entièrement les liens rompus par le mal, il n’est pas sans impliquer un certain nombre de risques.
La troisième partie entreprend de les mettre au jour et de les analyser, en faisant dialoguer l’étude des polémiques et des vifs débats suscités par la publication des œuvres, et dont l’histoire de la réception garde la trace, une analyse de leurs lectures empiriques dans un contexte d’enseignement universitaire, et une interprétation du questionnement réflexif que les textes eux-mêmes construisent sur les limites du partage affectif et moral qu’ils visent à réaliser.
Elle montre que le risque est d’abord celui du malentendu moral, lié à la complexité du parcours de lecture et maximisé par la circulation globale des œuvres ; mais que c’est aussi celui du caractère intolérable des questionnements partagés avec les lecteurs et les lectrices, dans certains contextes et pour certains sujets, et qu’il expose l’œuvre à une possible illisibilité morale.
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Abstract
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