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"Parle mon Cueur qui dans vous se remue" Charles de Sainte-Marthe (1512-1555?) : l’œuvre évangélique
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Le parcours de Charles de Sainte-Marthe, ponctué de condamnations et d’autant de bannissements, est emblématique des conditions difficiles connues par ceux rassemblés traditionnellement sous le nom d’Évangéliques. Alors que depuis la fameuse Affaire des placards, le temps n’est plus à la concorde – encore possible du temps d’un Briçonnet –, Sainte-Marthe est de ceux qui, admirateurs de l’œuvre de Calvin, s’engagent à défendre activement et à promouvoir obstinément un retour à la « vraye foy ». Auprès de ses condisciples, la figure de Sainte-Marthe bénéficie d’une aura particulière : il est un théologien, professeur royal à l’Université de Poitiers, et cette qualité lui donne un rôle prépondérant dans le mouvement évangélique. En effet, ses écrits, et notamment les œuvres composées en prison, témoignent d’une réflexion originale sur les trois piliers de la religion chrétienne que sont la foi, l’espérance et la charité. Héritier de la pensée fabriste, Sainte-Marthe ne considère pas ces trois entités comme des habitus et, en défendant leur inséparabilité, il rend inopérante la logique mercenaire du Salut par les œuvres. Cependant, sans adopter le point de vue inverse et extrême de la sola fides des réformés, l’évangélique replace l’œuvre de foi au centre de sa pensée : elle est la preuve de l’esprit vivant de Dieu agissant en l’Homme. Par conséquent, la valeur intrinsèque de l’œuvre littéraire, oratoire ou politique du chrétien s’en trouve modifiée : elle est la manifestation de la « foy vive » qui s’impose et se définit essentiellement comme une coopération de l’esprit de Dieu et de l’Homme. Le caractère performatif de l’œuvre évangélique devient dès lors un élément fondamental qu’il s’agit d’étudier. En s’appuyant sur l’étude des œuvres poétiques et oratoires de Sainte-Marthe, ce travail s’applique à définir les différents enjeux spirituels, littéraires, linguistiques et politiques de l’œuvre évangélique. La Poesie françoise (1540), au carrefour des différentes influences esthétiques du temps, qu’elles soient d’inspiration pétrarquiste ou platonicienne, est également le recueil d’un banni qui n’hésite pas à exprimer sa pensée anti-scolastique et ses opinions religieuses. Si les nombreuses épigrammes, au ton plaisant ou grave, deviennent parfois les flèches acérées du proscrit, d’autres poèmes, et notamment les élégies, montrent combien le recueil peut se lire comme un véritable pèlerinage spirituel conduisant le poète et son lecteur à la Vertu. Cet idéal s’exprime également, et aussi plus concrètement, par la sphère amicale dessinée à la fin du recueil, le Livre de ses amys, où sont rassemblés plusieurs poèmes écrits par les « amys » du poète. L’amitié s’impose ici comme un thème fondamental de l’Évangélisme, puisqu’il s’agit de recréer une communauté réunie autour de valeurs morales et spirituelles ainsi qu’autour d’une même langue : la langue française, dont Sainte-Marthe se fait dès 1540 le véritable défenseur. On retrouve, dix ans plus tard, les mêmes enjeux dans la célèbre Oraison funèbre de Marguerite de Navarre que Sainte-Marthe, alors juriste, compose au lendemain de la mort de sa protectrice. L’œuvre, traduite par son auteur en langue française, se présente comme l’accomplissement de sa pensée évangélique : Marguerite, louée selon la tradition, est sublimée en modèle de vertu et la forme que prend le discours funèbre, devenant « miroir des princesses », révèle l’intérêt didactique, mais aussi fortement politique, de cette œuvre dont l’enjeu est de souder la communauté évangélique, nécessairement placée à contre-courant de la pensée mondaine. Enfin, l’étude stylistique des œuvres de Sainte-Marthe met en lumière le soin que prend l’évangélique d’utiliser une écriture simple, accessible, et de langue française. De fait, ses écrits s’imposent comme un jalon essentiel de la réflexion qui accompagne, depuis 1539, la consécration de la langue française comme langue administrative, judiciaire et nationale.
Title: "Parle mon Cueur qui dans vous se remue" Charles de Sainte-Marthe (1512-1555?) : l’œuvre évangélique
Description:
Le parcours de Charles de Sainte-Marthe, ponctué de condamnations et d’autant de bannissements, est emblématique des conditions difficiles connues par ceux rassemblés traditionnellement sous le nom d’Évangéliques.
Alors que depuis la fameuse Affaire des placards, le temps n’est plus à la concorde – encore possible du temps d’un Briçonnet –, Sainte-Marthe est de ceux qui, admirateurs de l’œuvre de Calvin, s’engagent à défendre activement et à promouvoir obstinément un retour à la « vraye foy ».
Auprès de ses condisciples, la figure de Sainte-Marthe bénéficie d’une aura particulière : il est un théologien, professeur royal à l’Université de Poitiers, et cette qualité lui donne un rôle prépondérant dans le mouvement évangélique.
En effet, ses écrits, et notamment les œuvres composées en prison, témoignent d’une réflexion originale sur les trois piliers de la religion chrétienne que sont la foi, l’espérance et la charité.
Héritier de la pensée fabriste, Sainte-Marthe ne considère pas ces trois entités comme des habitus et, en défendant leur inséparabilité, il rend inopérante la logique mercenaire du Salut par les œuvres.
Cependant, sans adopter le point de vue inverse et extrême de la sola fides des réformés, l’évangélique replace l’œuvre de foi au centre de sa pensée : elle est la preuve de l’esprit vivant de Dieu agissant en l’Homme.
Par conséquent, la valeur intrinsèque de l’œuvre littéraire, oratoire ou politique du chrétien s’en trouve modifiée : elle est la manifestation de la « foy vive » qui s’impose et se définit essentiellement comme une coopération de l’esprit de Dieu et de l’Homme.
Le caractère performatif de l’œuvre évangélique devient dès lors un élément fondamental qu’il s’agit d’étudier.
En s’appuyant sur l’étude des œuvres poétiques et oratoires de Sainte-Marthe, ce travail s’applique à définir les différents enjeux spirituels, littéraires, linguistiques et politiques de l’œuvre évangélique.
La Poesie françoise (1540), au carrefour des différentes influences esthétiques du temps, qu’elles soient d’inspiration pétrarquiste ou platonicienne, est également le recueil d’un banni qui n’hésite pas à exprimer sa pensée anti-scolastique et ses opinions religieuses.
Si les nombreuses épigrammes, au ton plaisant ou grave, deviennent parfois les flèches acérées du proscrit, d’autres poèmes, et notamment les élégies, montrent combien le recueil peut se lire comme un véritable pèlerinage spirituel conduisant le poète et son lecteur à la Vertu.
Cet idéal s’exprime également, et aussi plus concrètement, par la sphère amicale dessinée à la fin du recueil, le Livre de ses amys, où sont rassemblés plusieurs poèmes écrits par les « amys » du poète.
L’amitié s’impose ici comme un thème fondamental de l’Évangélisme, puisqu’il s’agit de recréer une communauté réunie autour de valeurs morales et spirituelles ainsi qu’autour d’une même langue : la langue française, dont Sainte-Marthe se fait dès 1540 le véritable défenseur.
On retrouve, dix ans plus tard, les mêmes enjeux dans la célèbre Oraison funèbre de Marguerite de Navarre que Sainte-Marthe, alors juriste, compose au lendemain de la mort de sa protectrice.
L’œuvre, traduite par son auteur en langue française, se présente comme l’accomplissement de sa pensée évangélique : Marguerite, louée selon la tradition, est sublimée en modèle de vertu et la forme que prend le discours funèbre, devenant « miroir des princesses », révèle l’intérêt didactique, mais aussi fortement politique, de cette œuvre dont l’enjeu est de souder la communauté évangélique, nécessairement placée à contre-courant de la pensée mondaine.
Enfin, l’étude stylistique des œuvres de Sainte-Marthe met en lumière le soin que prend l’évangélique d’utiliser une écriture simple, accessible, et de langue française.
De fait, ses écrits s’imposent comme un jalon essentiel de la réflexion qui accompagne, depuis 1539, la consécration de la langue française comme langue administrative, judiciaire et nationale.
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