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L'image du corps féminin dans l'oeuvre de Assia Djebar.

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Parler du corps féminin dans l'œuvre de Assia Djebar, tout en dépassant le clivage chair/âme ou corps/personnalité, signifie l'inscrire dans une vision unitaire, dans une durée et un espace élargis et totalisants. Ce corps est constamment en relation avec le milieu qui l'influence, ce qui conduit à un éclatement de son unité. Nous avons voulu insister sur sa continuité, sa résistance et même la survie de l'identité, malgré les facteurs ou les contextes qui l'ont mis à mal. Avant de conférer l'unité perdue au corps féminin, nous avons essayé de définir les termes clé de corps et de personnalité grâce aux sciences humaines, tout en tenant compte de leur spécificité liée à l'identité arabo-musulmane, aux particularités berbères et à l'influence française. Ce point de départ multiple nous a permis de ne pas tomber dans les catégorisations classiques, strictement sociales, de la femme algérienne. En voulant mettre en lumière l'unité fondamentale de cet être féminin, nous nous sommes intéressée tout d'abord à son aspect physique, le premier qui s'offre à notre vue et qui nous permet une description. Mais celui-ci dépasse les apparences car, prise en charge par le langage et l'imaginaire, il conduit à la manifestation de la dimension réflexive. Le personnage féminin djebarien passe du stade «avoir un corps» à celui d'«être un corps» doté de plusieurs dimensions, physique, psychique, intellectuelle, langagière et imaginaire (I). Mais cette image corporelle unie et heureuse est confrontée à des époques moins favorables qui sont apparues à cause de l'éloignement de la doctrine islamique initiale, telle qu'elle est présentée dans Loin de Médine, de la valorisation de certains concepts comme l'honneur, la pudeur, la honte. Confronté à l'autorité masculine qui s'exerce sur la femme algérienne dans tous les moments de la vie, et qui se traduit par l'enfermement, l'humiliation, l'assignation à certains rôles très bien définis (comme celui de mère et d'épouse), les ordres, les coups, les insultes, etc., ce corps féminin développe une «micropsychologie» (M. Maffesoli) qui se transmet de génération en génération et qui offre des réponses toutes faites à des situations diverses. Tous les gestes en sont imprégnés, mais cela n'empêche pas le réveil et le surgissement des traces cachées de la personnalité féminine dans des contextes très particuliers. Ces traces mettront en lumière la ruse, le défi et même la haine de la femme lancés à l'homme, désigné déjà dans l'imaginaire féminin algérien par le terme de «e'dou» (ennemi). Ces sentiments révèlent donc la résistance du corps féminin, faite à la fois d'une révolte muette, de cris ravalés, de murmures, d'une écoute attentive, d'un besoin de partager et de se soutenir (II). Nous avons donc devant nos yeux un corps morcelé, qui a oublié ses qualités à cause de l'intériorisation des prisons symboliques. Mais grâce à la solidarité féminine, à la valorisation de la maison vue comme espace cocon et des relations entre femmes, au retour à la langue première, les traces de liberté et de plénitude du passé éloigné sont réactualisées par les gestes et les paroles de certaines femmes libres. Celles-ci ouvrent la voie de la libération du corps féminin algérien qui réapprendra à regarder, à marcher dehors, à raconter ses souvenirs, à parler de lui et à apprécier la présence de l'homme aimé (III). L'analyse des parties corporelles visibles, de la posture féminine, des gestes dans lesquels la tradition s'est inscrite, des réactions qui dévoilent à la fois la dimension corporelle et psychique, des termes utilisés par Djebar pour parler de ses personnages féminins, nous a permis de dévoiler un corps féminin doté d'un cœur, de souvenirs, de sentiments, une personnalité et des rôles qui sortent du cadre imposé par la société. Ce corps féminin, capable de faire des gestes qui l'inscrivent dans la durée et dans l'espace reconquis, acquiert une parole performative qui le recrée et lui donne la possibilité de s'accomplir.
Agence Bibliographique de l'Enseignement Supérieur
Title: L'image du corps féminin dans l'oeuvre de Assia Djebar.
Description:
Parler du corps féminin dans l'œuvre de Assia Djebar, tout en dépassant le clivage chair/âme ou corps/personnalité, signifie l'inscrire dans une vision unitaire, dans une durée et un espace élargis et totalisants.
Ce corps est constamment en relation avec le milieu qui l'influence, ce qui conduit à un éclatement de son unité.
Nous avons voulu insister sur sa continuité, sa résistance et même la survie de l'identité, malgré les facteurs ou les contextes qui l'ont mis à mal.
Avant de conférer l'unité perdue au corps féminin, nous avons essayé de définir les termes clé de corps et de personnalité grâce aux sciences humaines, tout en tenant compte de leur spécificité liée à l'identité arabo-musulmane, aux particularités berbères et à l'influence française.
Ce point de départ multiple nous a permis de ne pas tomber dans les catégorisations classiques, strictement sociales, de la femme algérienne.
En voulant mettre en lumière l'unité fondamentale de cet être féminin, nous nous sommes intéressée tout d'abord à son aspect physique, le premier qui s'offre à notre vue et qui nous permet une description.
Mais celui-ci dépasse les apparences car, prise en charge par le langage et l'imaginaire, il conduit à la manifestation de la dimension réflexive.
Le personnage féminin djebarien passe du stade «avoir un corps» à celui d'«être un corps» doté de plusieurs dimensions, physique, psychique, intellectuelle, langagière et imaginaire (I).
Mais cette image corporelle unie et heureuse est confrontée à des époques moins favorables qui sont apparues à cause de l'éloignement de la doctrine islamique initiale, telle qu'elle est présentée dans Loin de Médine, de la valorisation de certains concepts comme l'honneur, la pudeur, la honte.
Confronté à l'autorité masculine qui s'exerce sur la femme algérienne dans tous les moments de la vie, et qui se traduit par l'enfermement, l'humiliation, l'assignation à certains rôles très bien définis (comme celui de mère et d'épouse), les ordres, les coups, les insultes, etc.
, ce corps féminin développe une «micropsychologie» (M.
Maffesoli) qui se transmet de génération en génération et qui offre des réponses toutes faites à des situations diverses.
Tous les gestes en sont imprégnés, mais cela n'empêche pas le réveil et le surgissement des traces cachées de la personnalité féminine dans des contextes très particuliers.
Ces traces mettront en lumière la ruse, le défi et même la haine de la femme lancés à l'homme, désigné déjà dans l'imaginaire féminin algérien par le terme de «e'dou» (ennemi).
Ces sentiments révèlent donc la résistance du corps féminin, faite à la fois d'une révolte muette, de cris ravalés, de murmures, d'une écoute attentive, d'un besoin de partager et de se soutenir (II).
Nous avons donc devant nos yeux un corps morcelé, qui a oublié ses qualités à cause de l'intériorisation des prisons symboliques.
Mais grâce à la solidarité féminine, à la valorisation de la maison vue comme espace cocon et des relations entre femmes, au retour à la langue première, les traces de liberté et de plénitude du passé éloigné sont réactualisées par les gestes et les paroles de certaines femmes libres.
Celles-ci ouvrent la voie de la libération du corps féminin algérien qui réapprendra à regarder, à marcher dehors, à raconter ses souvenirs, à parler de lui et à apprécier la présence de l'homme aimé (III).
L'analyse des parties corporelles visibles, de la posture féminine, des gestes dans lesquels la tradition s'est inscrite, des réactions qui dévoilent à la fois la dimension corporelle et psychique, des termes utilisés par Djebar pour parler de ses personnages féminins, nous a permis de dévoiler un corps féminin doté d'un cœur, de souvenirs, de sentiments, une personnalité et des rôles qui sortent du cadre imposé par la société.
Ce corps féminin, capable de faire des gestes qui l'inscrivent dans la durée et dans l'espace reconquis, acquiert une parole performative qui le recrée et lui donne la possibilité de s'accomplir.

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