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Les "questions hébraïques" dans la Correspondance de Jérôme de Stridon
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Avant même de se fixer définitivement à Bethléem, Jérôme effectue la visite systématique de la Palestine, désirant connaître de façon approfondie et directe les lieux saints où vécut le Christ. De même, son souci de parvenir à un savoir authentique sur les Écritures lui fait entreprendre l'apprentissage ardu de l'hébreu. Les premières lettres conservées de sa Correspondance datent de 380‑381, années où l'auteur débute précisément, à Chalcis, son initiation à la langue de l'Ancien Testament. Les missives écrites ensuite reflètent les difficultés rencontrées par le père de la Vulgate tout au long de sa révision des traductions courantes de la Bible à partir des orignaux grecs et hébreux. Les questions posées par des correspondants cultivés et curieux d'en apprendre plus sur le contenu de ces orignaux sont également à l'origine de commentaires philologiques de la part de Jérôme. Les lettres constituent partant un excellent support de réflexion pour analyser les interactions entre culture-source et culture-cible en interrogeant les nombreuses difficultés de vocabulaire et d'interprétation auxquelles sont confrontés Jérôme et les exégètes cités par lui, lorsqu'il s'agit de passer du texte hébreu à ses versions grecques et latines. La présente étude s'intéresse aux questions d'hébreu contenues dans la Correspondance. La place faite à l'hébreu, dans les lettres, et jusque dans la forme épistolaire, amène à s'interroger sur la représentation singulière de la langue et de la culture hébraïques s'en dégageant, ainsi que sur l'image de l'interpres liée à cette représentation. Les enjeux inhérents à la résolution de cette problématique sont importants, car ils renvoient à la fois à la manière dont la Bible hébraïque est appréhendée et traduite par Jérôme, aux catégories intellectuelles mises à contribution par l'épistolier pour répondre aux difficultés rencontrées, à la consolidation dogmatique de l'Église du IVe siècle, mais aussi à la question paradoxale de l'autorité du traducteur. L'examen minutieux des textes hébreux par Jérôme soulève une contradiction majeure entre la conception traditionnelle des rapports entre langues barbares et langues policées, et l'idéalisation d'une quête de l'Hebraica ueritas, mise sur le même plan que le voyage en Terre Sainte. Il s'agit dès lors de comprendre pourquoi et pour quoi un Occidental cultivé comme Jérôme s'est lancé dans la difficile traduction de la Bible à partir de l'hébreu. L'adoption d'un tel angle de réflexion mobilise des éléments historiques, historico-théologiques et linguistiques, puisqu'il faut tenir compte des relations entre juifs et chrétiens au IVe siècle. Afin de mettre en lumière puis de préciser ces enjeux, la présente analyse aborde, en premier, la définition à nouveaux frais du profil intellectuel de Jérôme, en se plaçant, pour cela, dans une perspective de transmission des savoirs liés à la Bible hébraïque. Ce premier bilan conduit à envisager, en second lieu, la manière dont l'auteur de la Correspondance manie l'hébreu, et à mettre, de façon inédite, ce maniement en relation avec la structure des lettres et les stratégies rhétoriques et littéraires qui y sont déployées. Troisièmement, nous avons cherché à comprendre quelle représentation de l'objet d'étude hébraïque se dégage du corpus étudié et comment Jérôme procède pour transformer cette représentation en source d'autorité, pour le dogme chrétien comme pour lui-même - paradoxalement, en tant que traducteur. La démonstration fait intervenir un concept central pour analyser la méthodologie hiéronymienne, celui d'ἱστορία. En croisant différentes approches en lien avec les questions d'hébreu, la présente analyse s'efforce de démontrer que la richesse de la Correspondance hiéronymienne est loin d'avoir été totalement épuisée par la recherche et que certains aspects, notamment l'interdépendance entre les perspectives philologique et idéologique, ont été encore assez peu approfondis.
Title: Les "questions hébraïques" dans la Correspondance de Jérôme de Stridon
Description:
Avant même de se fixer définitivement à Bethléem, Jérôme effectue la visite systématique de la Palestine, désirant connaître de façon approfondie et directe les lieux saints où vécut le Christ.
De même, son souci de parvenir à un savoir authentique sur les Écritures lui fait entreprendre l'apprentissage ardu de l'hébreu.
Les premières lettres conservées de sa Correspondance datent de 380‑381, années où l'auteur débute précisément, à Chalcis, son initiation à la langue de l'Ancien Testament.
Les missives écrites ensuite reflètent les difficultés rencontrées par le père de la Vulgate tout au long de sa révision des traductions courantes de la Bible à partir des orignaux grecs et hébreux.
Les questions posées par des correspondants cultivés et curieux d'en apprendre plus sur le contenu de ces orignaux sont également à l'origine de commentaires philologiques de la part de Jérôme.
Les lettres constituent partant un excellent support de réflexion pour analyser les interactions entre culture-source et culture-cible en interrogeant les nombreuses difficultés de vocabulaire et d'interprétation auxquelles sont confrontés Jérôme et les exégètes cités par lui, lorsqu'il s'agit de passer du texte hébreu à ses versions grecques et latines.
La présente étude s'intéresse aux questions d'hébreu contenues dans la Correspondance.
La place faite à l'hébreu, dans les lettres, et jusque dans la forme épistolaire, amène à s'interroger sur la représentation singulière de la langue et de la culture hébraïques s'en dégageant, ainsi que sur l'image de l'interpres liée à cette représentation.
Les enjeux inhérents à la résolution de cette problématique sont importants, car ils renvoient à la fois à la manière dont la Bible hébraïque est appréhendée et traduite par Jérôme, aux catégories intellectuelles mises à contribution par l'épistolier pour répondre aux difficultés rencontrées, à la consolidation dogmatique de l'Église du IVe siècle, mais aussi à la question paradoxale de l'autorité du traducteur.
L'examen minutieux des textes hébreux par Jérôme soulève une contradiction majeure entre la conception traditionnelle des rapports entre langues barbares et langues policées, et l'idéalisation d'une quête de l'Hebraica ueritas, mise sur le même plan que le voyage en Terre Sainte.
Il s'agit dès lors de comprendre pourquoi et pour quoi un Occidental cultivé comme Jérôme s'est lancé dans la difficile traduction de la Bible à partir de l'hébreu.
L'adoption d'un tel angle de réflexion mobilise des éléments historiques, historico-théologiques et linguistiques, puisqu'il faut tenir compte des relations entre juifs et chrétiens au IVe siècle.
Afin de mettre en lumière puis de préciser ces enjeux, la présente analyse aborde, en premier, la définition à nouveaux frais du profil intellectuel de Jérôme, en se plaçant, pour cela, dans une perspective de transmission des savoirs liés à la Bible hébraïque.
Ce premier bilan conduit à envisager, en second lieu, la manière dont l'auteur de la Correspondance manie l'hébreu, et à mettre, de façon inédite, ce maniement en relation avec la structure des lettres et les stratégies rhétoriques et littéraires qui y sont déployées.
Troisièmement, nous avons cherché à comprendre quelle représentation de l'objet d'étude hébraïque se dégage du corpus étudié et comment Jérôme procède pour transformer cette représentation en source d'autorité, pour le dogme chrétien comme pour lui-même - paradoxalement, en tant que traducteur.
La démonstration fait intervenir un concept central pour analyser la méthodologie hiéronymienne, celui d'ἱστορία.
En croisant différentes approches en lien avec les questions d'hébreu, la présente analyse s'efforce de démontrer que la richesse de la Correspondance hiéronymienne est loin d'avoir été totalement épuisée par la recherche et que certains aspects, notamment l'interdépendance entre les perspectives philologique et idéologique, ont été encore assez peu approfondis.
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