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Tuer les pestes pour protéger les cultures : sociohistoire de l’administration des pesticides en France
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Des produits - appelés « pesticides » - sont utilisés pour tuer des organismes vivants - les « pestes » - pour en protéger d’autres - les plantes cultivées. Ils sont donc destinés à la fois à tuer et à protéger. Il découle de ce paradoxe une tension entre la toxicité de ces produits et leur utilité, tension gérée par l’État qui les autorise. Ils sont à ce titre des « technoproduits », à la fois source de progrès et cause de dégâts. Ce constat constitue le point de départ de ce travail : pourquoi et comment l’État autorise-t-il des pesticides ? Les travaux sur le gouvernement des technoproduits et de leurs dégâts ont montré le rôle des instruments d’action publique et des infrastructures de pouvoir pour assurer la continuité de leur existence malgré la critique toujours renouvelée de leurs impacts. Cependant, ces travaux tendent à donner une impression de toute puissance des gouvernants, sans que l’on ne sache souvent très précisément qui ils sont et ce qu’ils font. À l’inverse, des travaux montrent la diversité des pratiques d’utilisation de ces produits, ou de leur critique, souvent sans que le lien avec le gouvernement des technoproduits ne puisse être clairement établi.Pour dépasser la dichotomie entre permanence des arrangements de pouvoirs et instabilité des dynamiques sociales, nous proposons de placer le regard au cœur de la gestion du paradoxe des pesticides, en nous intéressant sur le temps long à la façon dont l’administration s’organise et s’équipe pour gouverner les problèmes. Pour effectuer cette analyse, nous avons mobilisé la sociologie de l’action publique, en nous décentrant cependant des approches par les problèmes publics pour recentrer l’analyse sur les problèmes d’action publique : il s’agit de s’intéresser à l’action publique sans préjuger de la publicité des problèmes qu’elle traite. Nous avons également utilisé les outils de la sociohistoire et l’approche généalogique pour interroger les modalités contemporaines du gouvernement des pesticides au regard de ses développements passés. En conséquence, l’enquête de terrain s’affranchit de la périodisation habituellement utilisée par les recherches historiennes. Elle couvre une période allant d’une vingtaine d’année à plus de deux siècles selon le problème historicisé. Pour retracer la trajectoire des problèmes d’action publique, nous avons mobilisé de manière originale les textes de droit français et européen, ainsi que des entretiens semi-directifs et un corpus documentaire. Cette approche par le temps long n’a pas la finesse du récit historique. Elle est cependant nécessaire pour réinterroger la tension entre continuité et changement dans le gouvernement des pesticides.La thèse établit trois grands résultats. Premièrement, le gouvernement des dégâts des pesticides s’inscrit dans une temporalité beaucoup plus longue que la seule deuxième moitié du XXe siècle. Il précède la mise en place d’un marché gouverné par la qualité et encadré par l’État dans la première moitié du XXe siècle. Il s’inscrit dans un cadre qui dépasse largement celui des pesticides : celui de l’usage contrôlé, qui repose sur la non interdiction de substances ou d’objets dangereux au nom de leur nécessité, et sur l’encadrement de leur usage. Deuxièmement, la thèse met en évidence l’importance des processus de fragmentation et de réassemblage : si la fragmentation est l’instrument privilégié de l’usage contrôlé en ce qu’il rend les problèmes divisibles et gouvernables, le réassemblage met ponctuellement en échec l’usage contrôlé. Troisièmement, la thèse montre que les changements dans le gouvernement des pesticides ne relèvent pas de la seule intégration de la critique mais qu’ils procèdent par des alignements nouveaux entre connaissances et intérêts
Title: Tuer les pestes pour protéger les cultures : sociohistoire de l’administration des pesticides en France
Description:
Des produits - appelés « pesticides » - sont utilisés pour tuer des organismes vivants - les « pestes » - pour en protéger d’autres - les plantes cultivées.
Ils sont donc destinés à la fois à tuer et à protéger.
Il découle de ce paradoxe une tension entre la toxicité de ces produits et leur utilité, tension gérée par l’État qui les autorise.
Ils sont à ce titre des « technoproduits », à la fois source de progrès et cause de dégâts.
Ce constat constitue le point de départ de ce travail : pourquoi et comment l’État autorise-t-il des pesticides ? Les travaux sur le gouvernement des technoproduits et de leurs dégâts ont montré le rôle des instruments d’action publique et des infrastructures de pouvoir pour assurer la continuité de leur existence malgré la critique toujours renouvelée de leurs impacts.
Cependant, ces travaux tendent à donner une impression de toute puissance des gouvernants, sans que l’on ne sache souvent très précisément qui ils sont et ce qu’ils font.
À l’inverse, des travaux montrent la diversité des pratiques d’utilisation de ces produits, ou de leur critique, souvent sans que le lien avec le gouvernement des technoproduits ne puisse être clairement établi.
Pour dépasser la dichotomie entre permanence des arrangements de pouvoirs et instabilité des dynamiques sociales, nous proposons de placer le regard au cœur de la gestion du paradoxe des pesticides, en nous intéressant sur le temps long à la façon dont l’administration s’organise et s’équipe pour gouverner les problèmes.
Pour effectuer cette analyse, nous avons mobilisé la sociologie de l’action publique, en nous décentrant cependant des approches par les problèmes publics pour recentrer l’analyse sur les problèmes d’action publique : il s’agit de s’intéresser à l’action publique sans préjuger de la publicité des problèmes qu’elle traite.
Nous avons également utilisé les outils de la sociohistoire et l’approche généalogique pour interroger les modalités contemporaines du gouvernement des pesticides au regard de ses développements passés.
En conséquence, l’enquête de terrain s’affranchit de la périodisation habituellement utilisée par les recherches historiennes.
Elle couvre une période allant d’une vingtaine d’année à plus de deux siècles selon le problème historicisé.
Pour retracer la trajectoire des problèmes d’action publique, nous avons mobilisé de manière originale les textes de droit français et européen, ainsi que des entretiens semi-directifs et un corpus documentaire.
Cette approche par le temps long n’a pas la finesse du récit historique.
Elle est cependant nécessaire pour réinterroger la tension entre continuité et changement dans le gouvernement des pesticides.
La thèse établit trois grands résultats.
Premièrement, le gouvernement des dégâts des pesticides s’inscrit dans une temporalité beaucoup plus longue que la seule deuxième moitié du XXe siècle.
Il précède la mise en place d’un marché gouverné par la qualité et encadré par l’État dans la première moitié du XXe siècle.
Il s’inscrit dans un cadre qui dépasse largement celui des pesticides : celui de l’usage contrôlé, qui repose sur la non interdiction de substances ou d’objets dangereux au nom de leur nécessité, et sur l’encadrement de leur usage.
Deuxièmement, la thèse met en évidence l’importance des processus de fragmentation et de réassemblage : si la fragmentation est l’instrument privilégié de l’usage contrôlé en ce qu’il rend les problèmes divisibles et gouvernables, le réassemblage met ponctuellement en échec l’usage contrôlé.
Troisièmement, la thèse montre que les changements dans le gouvernement des pesticides ne relèvent pas de la seule intégration de la critique mais qu’ils procèdent par des alignements nouveaux entre connaissances et intérêts.
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