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"Ainsi que le veut l'usage noble". Être noble dans la région toulousaine à travers le procès de l'ordre de Malte

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À l'instar de tous les Ordres Militaires, celui des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, mieux connu sous le nom d'Ordre de Malte, a connu un processus d'aristocratisation commun à tous les Ordres à partir du XVe siècle : s'appuyant sur son identité guerrière, ses dirigeants et ses chevaliers sont désormais exclusivement recrutés dans la catégorie sociale de la noblesse. Les procédures pour y entrer se complexifient alors, fermant définitivement l'accès à toute personne qui ne peut pas prouver sa légitimité et la noblesse de ses ascendants sur cinq générations. Cette mutation accompagne un mouvement plus large de redéfinition de l'identité nobiliaire dans l'Europe et la France de la Première Modernité : le second ordre passe d'une identité guerrière, fondée sur un mode de vie et des privilèges, à une définition plus centrée sur le sang et la lignée.Les « procès de noblesse » (enquêtes nobiliaires) de l'Ordre de Malte constituent une source essentielle pour appréhender ces changements. Ceux du prieuré de Toulouse, couvrant une période entre 1555 et 1789, n'ont encore jamais été dépouillés et exploités pour conduire une étude sociale des grandes familles.Le prieuré de Toulouse avait autorité sur le Sud-Ouest de la Langue de Provence, dans une aire géographique comprise entre la région bordelaise et le sud du Massif Central au Nord, les Pyrénées au Sud, l'océan Atlantique à l'ouest et la Méditerranée à l'est. Pour conserver une vraie unité régionale, nous avons restreint notre étude au Midi Toulousain, c'est à dire la zone à la fois sous l'autorité du prieuré et du Parlement. Ces procès étaient des enquêtes imposées aux prétendants chevaliers désireux d'entrer dans l'Ordre de Malte : pour prouver la légitimité et la noblesse de leurs ascendants, ils devaient fournir de noms de témoins de moralité attestant de leur noblesse, ainsi que diverses pièces écrites et officielles, afin de prouver leur appartenance à la major pars. Les procès constituent donc une collection d'archives foisonnantes et inédites.J'ai donc, à partir d'une cinquantaine de procès compris entre 1555 et 1766, travaillé sur les différentes familles citées dans les enquêtes, soit une population de 883 individus recensés dans une base de données heurist. Ces familles appartenaient à la noblesse traditionnelle, mais aussi à la noblesse urbaine, ce qui m'a permis de présenter les différents groupes composant la noblesse de la Première Modernité et d'établir les spécificités du second ordre du Midi Toulousain. J'ai ainsi démontré que, si l'accès à la noblesse devint plus difficile au début du XVIIe siècle, la major pars du Languedoc continua à accueillir de nouvelles familles, particulièrement à Toulouse.Une fois établies les différences entre les groupes nobiliaires dans la population étudiée, j'ai aussi mis en évidence que ces nobles partageaient une identité, un mode de vie et des stratégies communes, en particulier en ce qui concerne la protection du patrimoine de la lignée. Quelle que soit l'origine de la noblesse, ces hommes et ces femmes désiraient par dessus tout conserver le prestige familial, sans lequel un noble ne pouvait être reconnu.J'ai enfin démontré que ces familles étaient unies par des liens complexes. Elles formaient un super-réseau familial renforcé par l'exercice de professions au sein des mêmes instances et la parenté spirituelle occasionnée par les baptêmes Le dépouillement des registres paroissiaux, des minutes notariales et des correspondances de personnages importants du XVIe et du début du XVIIe siècle, m'ont permis de préciser ces liens, et de confirmer l'existence de réseaux « mixtes », à la fois familiaux, professionnels et politiques, ainsi que les relations entretenues avec des « patrons ».Ces familles, toutes présentes dans l'Ordre de Malte, formaient ainsi un réseau nobiliaire dense et passionnant à analyser permettant d'établir les composantes de l'identité nobiliaire dans le Midi Toulousain.
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Title: "Ainsi que le veut l'usage noble". Être noble dans la région toulousaine à travers le procès de l'ordre de Malte
Description:
À l'instar de tous les Ordres Militaires, celui des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, mieux connu sous le nom d'Ordre de Malte, a connu un processus d'aristocratisation commun à tous les Ordres à partir du XVe siècle : s'appuyant sur son identité guerrière, ses dirigeants et ses chevaliers sont désormais exclusivement recrutés dans la catégorie sociale de la noblesse.
Les procédures pour y entrer se complexifient alors, fermant définitivement l'accès à toute personne qui ne peut pas prouver sa légitimité et la noblesse de ses ascendants sur cinq générations.
Cette mutation accompagne un mouvement plus large de redéfinition de l'identité nobiliaire dans l'Europe et la France de la Première Modernité : le second ordre passe d'une identité guerrière, fondée sur un mode de vie et des privilèges, à une définition plus centrée sur le sang et la lignée.
Les « procès de noblesse » (enquêtes nobiliaires) de l'Ordre de Malte constituent une source essentielle pour appréhender ces changements.
Ceux du prieuré de Toulouse, couvrant une période entre 1555 et 1789, n'ont encore jamais été dépouillés et exploités pour conduire une étude sociale des grandes familles.
Le prieuré de Toulouse avait autorité sur le Sud-Ouest de la Langue de Provence, dans une aire géographique comprise entre la région bordelaise et le sud du Massif Central au Nord, les Pyrénées au Sud, l'océan Atlantique à l'ouest et la Méditerranée à l'est.
Pour conserver une vraie unité régionale, nous avons restreint notre étude au Midi Toulousain, c'est à dire la zone à la fois sous l'autorité du prieuré et du Parlement.
Ces procès étaient des enquêtes imposées aux prétendants chevaliers désireux d'entrer dans l'Ordre de Malte : pour prouver la légitimité et la noblesse de leurs ascendants, ils devaient fournir de noms de témoins de moralité attestant de leur noblesse, ainsi que diverses pièces écrites et officielles, afin de prouver leur appartenance à la major pars.
Les procès constituent donc une collection d'archives foisonnantes et inédites.
J'ai donc, à partir d'une cinquantaine de procès compris entre 1555 et 1766, travaillé sur les différentes familles citées dans les enquêtes, soit une population de 883 individus recensés dans une base de données heurist.
Ces familles appartenaient à la noblesse traditionnelle, mais aussi à la noblesse urbaine, ce qui m'a permis de présenter les différents groupes composant la noblesse de la Première Modernité et d'établir les spécificités du second ordre du Midi Toulousain.
J'ai ainsi démontré que, si l'accès à la noblesse devint plus difficile au début du XVIIe siècle, la major pars du Languedoc continua à accueillir de nouvelles familles, particulièrement à Toulouse.
Une fois établies les différences entre les groupes nobiliaires dans la population étudiée, j'ai aussi mis en évidence que ces nobles partageaient une identité, un mode de vie et des stratégies communes, en particulier en ce qui concerne la protection du patrimoine de la lignée.
Quelle que soit l'origine de la noblesse, ces hommes et ces femmes désiraient par dessus tout conserver le prestige familial, sans lequel un noble ne pouvait être reconnu.
J'ai enfin démontré que ces familles étaient unies par des liens complexes.
Elles formaient un super-réseau familial renforcé par l'exercice de professions au sein des mêmes instances et la parenté spirituelle occasionnée par les baptêmes Le dépouillement des registres paroissiaux, des minutes notariales et des correspondances de personnages importants du XVIe et du début du XVIIe siècle, m'ont permis de préciser ces liens, et de confirmer l'existence de réseaux « mixtes », à la fois familiaux, professionnels et politiques, ainsi que les relations entretenues avec des « patrons ».
Ces familles, toutes présentes dans l'Ordre de Malte, formaient ainsi un réseau nobiliaire dense et passionnant à analyser permettant d'établir les composantes de l'identité nobiliaire dans le Midi Toulousain.

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