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Totalité, sens et structure : Gilles Deleuze, de l’histoire de la philosophie à la philosophie structuraliste (1954-1969)
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Notre thèse vise à éclairer la relation de Gilles Deleuze (1925-1995) avec le structuralisme jusqu’à la fin des années 1960. Soulignons que Deleuze commence sa carrière académique en histoire de la philosophie. Pourquoi et comment un historien de la philosophie comme Deleuze se rapproche-t-il du structuralisme en tant que mouvement des sciences humaines et sociales ? Depuis les années 1950, Deleuze s’efforce de résoudre trois questions philosophiques posées par ses maîtres, Martial Gueroult, Ferdinand Alquié et Jean Hyppolite : (i) Totalité-et-différence, (ii) Sens-et-langage, (iii) Structure-et-existence. Ces problématiques reflètent les tensions et débats intellectuels de la philosophie française de l’époque. Durant la seconde moitié des années 1960, Deleuze recourt au structuralisme pour répondre à ces questions.En ce qui concerne le premier problème, nous prenons comme point de départ la thèse de Jean Hyppolite : « Dans le Tout, la différence se réduit à la négation ou à l’opposition. » Nous soulignons que le projet deleuzien de l’ontologie de la différence consiste à réfuter cette thèse. Dans ce contexte, Deleuze se réfère d’abord à Bergson pour dégager trois aspects de la virtualité : (i) ce qui se différencie pour former le Tout, (ii) la coexistence des différences dans le Tout et (iii) la totalité primordiale qui se différencie dans l’actuel. L’introduction du structuralisme permet à Deleuze d’aller plus loin par rapport au bergsonisme initial. Dans « À quoi reconnaît-on le structuralisme ? » (1967), il repère le double mouvement de la différence qui façonne la totalité comme structure : la différentiation et la différenciation. Dans le chapitre IV de Différence et Répétition, Deleuze parvient finalement à la notion de la totalité qui se déroule entièrement en éléments de la différence.S’agissant du deuxième problème, nous montrons que Deleuze, au moins jusqu’à la fin des années 1960, est en complet accord avec la théorie hyppolitienne de l’ontologie du langage. En 1954, dans sa recension de Logique et Existence, Deleuze qualifie le projet hyppolitien « d’ontologie du sens », en soulignant que le sens se réduit au langage. Il développe le projet de l’ontologie du sens, en s’appuyant non sur la philosophie hégélienne mais sur le structuralisme. Dans « À quoi reconnaît-on le structuralisme ? », Deleuze élabore la notion de structure comme ordre des places à partir de la notion lévi-straussienne du sens de position. Dans Logique du Sens (1969), en établissant le lien entre le structuralisme et Lewis Carroll, Deleuze montre comment la structure, en tant que deux séries hétérogènes, produit du sens comme effet en faisant circuler le non-sens comme élément paradoxal.À propos du troisième problème, nous commençons en analysant le débat des années 1950 entre Martial Gueroult et Ferdinand Alquié autour de la philosophie cartésienne. Alors que Gueroult promet la lecture structurelle qui met en lumière l’ordre des raisons de l’œuvre philosophique, Alquié défend la lecture existentielle pour identifier l’expérience ontologique du philosophe. En s’intéressant à la philosophie kantienne, Deleuze synthétise leurs idées en proposant la formule suivante : l’expérience ontologique donne lieu à la transformation d’un système à l’autre. Dans « À quoi reconnaît-on le structuralisme ? » et dans Différence et Répétition, il accorde une attention particulière à la révolution afin d’élaborer une formule générale de synthèse entre structure et existence : quand on passe d’une existence à l’autre, on transforme une structure en l’autre. Cependant, dans Logique du Sens, Deleuze fait face au problème général de la synthèse, selon lequel on soumet l’existence à la structure pour la méconnaître de facto. C’est ainsi qu’il arrive enfin, dans Logique du Sens, à sa notion de « contre-effectuation » qui souligne la tension entre les deux : assumer sa blessure à travers le langage.
Title: Totalité, sens et structure : Gilles Deleuze, de l’histoire de la philosophie à la philosophie structuraliste (1954-1969)
Description:
Notre thèse vise à éclairer la relation de Gilles Deleuze (1925-1995) avec le structuralisme jusqu’à la fin des années 1960.
Soulignons que Deleuze commence sa carrière académique en histoire de la philosophie.
Pourquoi et comment un historien de la philosophie comme Deleuze se rapproche-t-il du structuralisme en tant que mouvement des sciences humaines et sociales ? Depuis les années 1950, Deleuze s’efforce de résoudre trois questions philosophiques posées par ses maîtres, Martial Gueroult, Ferdinand Alquié et Jean Hyppolite : (i) Totalité-et-différence, (ii) Sens-et-langage, (iii) Structure-et-existence.
Ces problématiques reflètent les tensions et débats intellectuels de la philosophie française de l’époque.
Durant la seconde moitié des années 1960, Deleuze recourt au structuralisme pour répondre à ces questions.
En ce qui concerne le premier problème, nous prenons comme point de départ la thèse de Jean Hyppolite : « Dans le Tout, la différence se réduit à la négation ou à l’opposition.
» Nous soulignons que le projet deleuzien de l’ontologie de la différence consiste à réfuter cette thèse.
Dans ce contexte, Deleuze se réfère d’abord à Bergson pour dégager trois aspects de la virtualité : (i) ce qui se différencie pour former le Tout, (ii) la coexistence des différences dans le Tout et (iii) la totalité primordiale qui se différencie dans l’actuel.
L’introduction du structuralisme permet à Deleuze d’aller plus loin par rapport au bergsonisme initial.
Dans « À quoi reconnaît-on le structuralisme ? » (1967), il repère le double mouvement de la différence qui façonne la totalité comme structure : la différentiation et la différenciation.
Dans le chapitre IV de Différence et Répétition, Deleuze parvient finalement à la notion de la totalité qui se déroule entièrement en éléments de la différence.
S’agissant du deuxième problème, nous montrons que Deleuze, au moins jusqu’à la fin des années 1960, est en complet accord avec la théorie hyppolitienne de l’ontologie du langage.
En 1954, dans sa recension de Logique et Existence, Deleuze qualifie le projet hyppolitien « d’ontologie du sens », en soulignant que le sens se réduit au langage.
Il développe le projet de l’ontologie du sens, en s’appuyant non sur la philosophie hégélienne mais sur le structuralisme.
Dans « À quoi reconnaît-on le structuralisme ? », Deleuze élabore la notion de structure comme ordre des places à partir de la notion lévi-straussienne du sens de position.
Dans Logique du Sens (1969), en établissant le lien entre le structuralisme et Lewis Carroll, Deleuze montre comment la structure, en tant que deux séries hétérogènes, produit du sens comme effet en faisant circuler le non-sens comme élément paradoxal.
À propos du troisième problème, nous commençons en analysant le débat des années 1950 entre Martial Gueroult et Ferdinand Alquié autour de la philosophie cartésienne.
Alors que Gueroult promet la lecture structurelle qui met en lumière l’ordre des raisons de l’œuvre philosophique, Alquié défend la lecture existentielle pour identifier l’expérience ontologique du philosophe.
En s’intéressant à la philosophie kantienne, Deleuze synthétise leurs idées en proposant la formule suivante : l’expérience ontologique donne lieu à la transformation d’un système à l’autre.
Dans « À quoi reconnaît-on le structuralisme ? » et dans Différence et Répétition, il accorde une attention particulière à la révolution afin d’élaborer une formule générale de synthèse entre structure et existence : quand on passe d’une existence à l’autre, on transforme une structure en l’autre.
Cependant, dans Logique du Sens, Deleuze fait face au problème général de la synthèse, selon lequel on soumet l’existence à la structure pour la méconnaître de facto.
C’est ainsi qu’il arrive enfin, dans Logique du Sens, à sa notion de « contre-effectuation » qui souligne la tension entre les deux : assumer sa blessure à travers le langage.
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