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Des « inactives » très productives. Le travail de subsistance des femmes de classes populaires
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Dans un contexte de chômage structurel, ouvriers et employés se trouvent cantonnés aux marges précaires du salariat et de l’activité indépendante, centrales pour ces catégories, en particulier dans les territoires marqués par la désindustrialisation. Ces fractions des classes populaires se voient symboliquement et médiatiquement déqualifiées et reléguées au statut d’assistés et d’inactifs. À l’image des quartiers et villes populaires où elles résident, leurs activités quotidiennes sont fréquemment reléguées du côté de l’oisiveté ou de l’illégalité. À partir d’une description fine des pratiques de femmes suivies dans le cadre d’une enquête ethnographique menée à Roubaix depuis 2011, nous proposons, en suivant les perspectives féministes et matérialistes, de qualifier de travail des pratiques quotidiennes habituellement assimilées et assignées à l’espace du hors travail. Ce travail relève du « travail de subsistance » (Mies, 1988), entendu comme l’ensemble des tâches et activités nécessaires à la satisfaction des besoins, à l’accès aux ressources et à la protection, qui orientent le quotidien. Il est mis en œuvre par les classes populaires dans ce contexte historique de déstabilisation du salariat mais tend à être invisibilisé par un système de rapports sociaux de classe, de sexe et de race. La participation à des ateliers organisés dans des centres sociaux nous a ainsi permis d’accéder au quotidien de femmes qui déploient des activités dont la contribution est essentielle à l’économie familiale. Nous montrons dans un premier temps la richesse et la consistance de ce travail de subsistance, ainsi que la qualification collective dont il fait l’objet. Dans un second temps nous soulignons les limites et les ambivalences de ce travail de subsistance, qui alimente un brouillage ambigu des frontières entre espace public et espace privé, ce qui contribue à son inscription dans des rapports sociaux de classe (vis-à-vis des travailleuses sociales) ou de sexe (vis-à-vis des maris) défavorables à ces femmes et à la reconnaissance de leur travail comme tel. Étroitement lié à l’exclusion de ces femmes du salariat, le travail de subsistance fait cependant système avec lui.
Title: Des « inactives » très productives. Le travail de subsistance des femmes de classes populaires
Description:
Dans un contexte de chômage structurel, ouvriers et employés se trouvent cantonnés aux marges précaires du salariat et de l’activité indépendante, centrales pour ces catégories, en particulier dans les territoires marqués par la désindustrialisation.
Ces fractions des classes populaires se voient symboliquement et médiatiquement déqualifiées et reléguées au statut d’assistés et d’inactifs.
À l’image des quartiers et villes populaires où elles résident, leurs activités quotidiennes sont fréquemment reléguées du côté de l’oisiveté ou de l’illégalité.
À partir d’une description fine des pratiques de femmes suivies dans le cadre d’une enquête ethnographique menée à Roubaix depuis 2011, nous proposons, en suivant les perspectives féministes et matérialistes, de qualifier de travail des pratiques quotidiennes habituellement assimilées et assignées à l’espace du hors travail.
Ce travail relève du « travail de subsistance » (Mies, 1988), entendu comme l’ensemble des tâches et activités nécessaires à la satisfaction des besoins, à l’accès aux ressources et à la protection, qui orientent le quotidien.
Il est mis en œuvre par les classes populaires dans ce contexte historique de déstabilisation du salariat mais tend à être invisibilisé par un système de rapports sociaux de classe, de sexe et de race.
La participation à des ateliers organisés dans des centres sociaux nous a ainsi permis d’accéder au quotidien de femmes qui déploient des activités dont la contribution est essentielle à l’économie familiale.
Nous montrons dans un premier temps la richesse et la consistance de ce travail de subsistance, ainsi que la qualification collective dont il fait l’objet.
Dans un second temps nous soulignons les limites et les ambivalences de ce travail de subsistance, qui alimente un brouillage ambigu des frontières entre espace public et espace privé, ce qui contribue à son inscription dans des rapports sociaux de classe (vis-à-vis des travailleuses sociales) ou de sexe (vis-à-vis des maris) défavorables à ces femmes et à la reconnaissance de leur travail comme tel.
Étroitement lié à l’exclusion de ces femmes du salariat, le travail de subsistance fait cependant système avec lui.
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