Javascript must be enabled to continue!
L'anorexie mentale masculine à l'adolescence
View through CrossRef
Bien que décrite par Morton depuis 1694, l’anorexie mentale masculine a souvent fait l’objet de controverses. Pour de nombreux auteurs, deux questions restent posées : l’anorexie mentale masculine telle qu’elle est définie chez les filles existe-t-elle ? Si elle existe, est-elle identique aux formes féminines ? À partir de l’analyse des données de la littérature, nous avons montré que son incidence était moins importante que dans la population féminine mais qu’elle était sous-estimée en raison d’un diagnostic plus difficilement acceptable et repérable. Les aspects comportementaux plaident pour une similitude entre l’anorexie mentale masculine et féminine, même si les formes anorexiques restrictives pures sont plus rares chez les garçons. Quelques différences existent cependant. Les hommes, selon Crips et Burns (1990), sont plus gros que les femmes au moment de l’installation du trouble mais ils enregistrent des poids plus bas à certaine périodes de la maladie. L’hyperactivité physique est plus fréquente que l’hyperinvestissement intellectuel (Margo, 1987). Reste bien sûr le problème de l’aménorrhée, phénomène on/off dont l’équivalent n’existe pas chez l’homme. La testostérone et la fonction sexuelle diminue graduellement avec l’importance de la dénutrition (Andersen, 1990). La sexualité n’est évoquée par le patient qu’avec difficulté, et révèle une grande pauvreté, tant au niveau de l’expérience que des représentations mentales. Les contacts avec le sexe opposé s’avèrent peu fréquents, tandis que la vie fantasmatique est généralement souvent réduite. La fréquence de l’homosexualité est comprise entre 25 % (Herzog, 1984) et 58 % (Schneider et Agras, 1987) et est plus importante que dans la population anorexique féminine (Herzog, 1984). Cette dernière constatation pose la question du lien entre l’anorexie mentale masculine et la fragilité de l’identité sexuée. Après cette revue des données de la littérature, nous exposons notre expérience clinique à partir de l’étude des situations de 16 garçons hospitalisés dans notre service avec le diagnostic d’anorexie mentale. Cette expérience nous conduit à considérer que si tout ce qui concerne la description de leur comportement et de leur aspect physique tend à abraser les différences dans le sens où tous les garçons anorexiques se ressembleraient et seraient semblables aux filles anorexiques, en revanche, une prise en compte de leur histoire individuelle et familiale, de leurs antécédents, de leur mode de fonctionnement mental amène au contraire à les différencier à la fois les uns des autres mais aussi des filles. La grande majorité de ces garçons nous ont posé des problèmes dans le cadre des hospitalisations, à la manière des filles considérées comme les " anorexies difficiles ". Il semble utile, pour les équipes de soins, de se dégager de cet effet d’abrasion des différences réalisé par l’expression par le comportement des troubles psychiques à l’adolescence, en s’attachant au contraire à repérer ce qui peut différencier chacun de ces patients par ses caractéristiques individuelles et tout particulièrement celles qui sont liées à son identité sexuelle.
Title: L'anorexie mentale masculine à l'adolescence
Description:
Bien que décrite par Morton depuis 1694, l’anorexie mentale masculine a souvent fait l’objet de controverses.
Pour de nombreux auteurs, deux questions restent posées : l’anorexie mentale masculine telle qu’elle est définie chez les filles existe-t-elle ? Si elle existe, est-elle identique aux formes féminines ? À partir de l’analyse des données de la littérature, nous avons montré que son incidence était moins importante que dans la population féminine mais qu’elle était sous-estimée en raison d’un diagnostic plus difficilement acceptable et repérable.
Les aspects comportementaux plaident pour une similitude entre l’anorexie mentale masculine et féminine, même si les formes anorexiques restrictives pures sont plus rares chez les garçons.
Quelques différences existent cependant.
Les hommes, selon Crips et Burns (1990), sont plus gros que les femmes au moment de l’installation du trouble mais ils enregistrent des poids plus bas à certaine périodes de la maladie.
L’hyperactivité physique est plus fréquente que l’hyperinvestissement intellectuel (Margo, 1987).
Reste bien sûr le problème de l’aménorrhée, phénomène on/off dont l’équivalent n’existe pas chez l’homme.
La testostérone et la fonction sexuelle diminue graduellement avec l’importance de la dénutrition (Andersen, 1990).
La sexualité n’est évoquée par le patient qu’avec difficulté, et révèle une grande pauvreté, tant au niveau de l’expérience que des représentations mentales.
Les contacts avec le sexe opposé s’avèrent peu fréquents, tandis que la vie fantasmatique est généralement souvent réduite.
La fréquence de l’homosexualité est comprise entre 25 % (Herzog, 1984) et 58 % (Schneider et Agras, 1987) et est plus importante que dans la population anorexique féminine (Herzog, 1984).
Cette dernière constatation pose la question du lien entre l’anorexie mentale masculine et la fragilité de l’identité sexuée.
Après cette revue des données de la littérature, nous exposons notre expérience clinique à partir de l’étude des situations de 16 garçons hospitalisés dans notre service avec le diagnostic d’anorexie mentale.
Cette expérience nous conduit à considérer que si tout ce qui concerne la description de leur comportement et de leur aspect physique tend à abraser les différences dans le sens où tous les garçons anorexiques se ressembleraient et seraient semblables aux filles anorexiques, en revanche, une prise en compte de leur histoire individuelle et familiale, de leurs antécédents, de leur mode de fonctionnement mental amène au contraire à les différencier à la fois les uns des autres mais aussi des filles.
La grande majorité de ces garçons nous ont posé des problèmes dans le cadre des hospitalisations, à la manière des filles considérées comme les " anorexies difficiles ".
Il semble utile, pour les équipes de soins, de se dégager de cet effet d’abrasion des différences réalisé par l’expression par le comportement des troubles psychiques à l’adolescence, en s’attachant au contraire à repérer ce qui peut différencier chacun de ces patients par ses caractéristiques individuelles et tout particulièrement celles qui sont liées à son identité sexuelle.
Related Results
Anorexie du garçon, une clinique spécifique ?
Anorexie du garçon, une clinique spécifique ?
L’incidence de l’anorexie mentale masculine est estimée aux alentours de 0,18/100 000 habitants/an à partir des registres d’admission en psychiatrie mais la prévalence est incertai...
Le risque de collision d’intentions contraires dans la prise en charge des patients souffrant d’anorexie mentale
Le risque de collision d’intentions contraires dans la prise en charge des patients souffrant d’anorexie mentale
La prise en charge des patients souffrant d’anorexie mentale est complexe, exposant les soignants à des dilemmes éthiques. Dans les cas les plus sévères, il arrive que tout ou part...
Anorexie en ileus bij konijnen
Anorexie en ileus bij konijnen
Een konijn is erg gevoelig voor anorexie en ileus. Dit zijn dan ook veel voorkomende ziektetekenen waarmee het dier bij de dierenarts wordt aangeboden. Anorexie en ileus zijn nauw ...
Rodnoosjetljiv jezik na primjeru njemačkih časopisa Brigitte i Der Spiegel
Rodnoosjetljiv jezik na primjeru njemačkih časopisa Brigitte i Der Spiegel
On the basis of the comparative analysis of texts of the German biweekly magazine Brigitte and the weekly magazine Der Spiegel and under the presumption that gender-sensitive langu...
ASSOCIATION ENTRE SCHIZOPHRENIE ET ANOREXIE MENTALE : A PROPOS DUN CAS
ASSOCIATION ENTRE SCHIZOPHRENIE ET ANOREXIE MENTALE : A PROPOS DUN CAS
La schizophrenie et lanorexie mentale sont deux troubles psychiatriques severes qui peuvent coexister chez un meme patient, bien que cette comorbidite soit rarement rapportee dans ...
Médecins omnipraticiens : pratiques et intégration des soins en santé mentale au Québec
Médecins omnipraticiens : pratiques et intégration des soins en santé mentale au Québec
Cet article examine le profil sociodémographique des médecins omnipraticiens (MO), leur rôle dans la prise en charge des troubles mentaux (transitoires/modérés, graves/persistants)...
Welcome to the Robbiedome
Welcome to the Robbiedome
One of the greatest joys in watching Foxtel is to see all the crazy people who run talk shows. Judgement, ridicule and generalisations slip from their tongues like overcooked lamb ...
La santé mentale au travail : pour une compréhension de cet enjeu de santé publique
La santé mentale au travail : pour une compréhension de cet enjeu de santé publique
Dans les pays occidentaux, les problèmes de santé mentale sont en croissance et représentent l'une des principales causes de morbidité de la population, avec une prévalence annuell...

