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Gayatri Chakravorty Spivak
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Sortir de la subjectivité et de l’agentivité : capital, politiques identitaires et le « corps épistémique genré » chez Spivak Ritu Birla entend présenter la dynamique de pensée de Spivak dans son approche critique des politiques culturelles et raciales genrées, dynamique qui s’efforce d’ouvrir conjointement l’étude de l’économie et de la culture en tant que texte, et de montrer comment lire celui-ci dans l’entre-deux du corps et de l’esprit, de la matière et de l’idée. Il s’agit de se tenir sur la frontière de l’empirique et du fictif, de la vie matérielle et de sa narrativisation. Les analyses de Spivak opposent ainsi le « corps épistémique genré » aux politiques identitaires contemporaines. Affirmant que le corps collectif matériel-intellectuel de la force de travail n’est pas réductible à quelque identité abstraite, la notion de corps épistémique genré déstabilise le corpus phallocentrique de la philosophie, et table sur le corps de la littéralité comme base de médiation entre la formation du sujet et l’exercice d’une action éthico-politique. Autrement dit, Spivak soutient une théorie/pratique de l’incarnation genrée qui ne soit réduite ni à matérialisme ni à ontologie. Afin de retracer en détail la démarche de Spivak lisant Marx, Ritu Birla met en regard deux textes, « Les subalternes peuvent-elles parler ? » (1988) et « Spéculations éparses sur la question de la Valeur » (1985). L’analyse considère d’abord comment, imposée par la Compagnie des Indes orientales, la Régulation qui supprime en 1829 le rite sati (consistant à immoler la veuve sur la tombe de son époux), tout en contestant l’oppression patriarcale ne fait que renforcer son autorité car elle stipule ainsi que le sujet féminin ne peut être son propre agent. En somme, la subalterne femme est ventriloquée. Il ne s’agit pas d’un problème d’identité, il s’agit de faire reconnaître la capacité de se réaliser dans l’inscription de son corps genré. La lecture par Spivak du premier chapitre du volume I du Capital sur l’argent, permet de considérer les rapports du capital et de l’identité sur le plan de l’incarnation, de l’abstraction et de la médiation. Elle montre que valeur d’usage et valeur d’échange relèvent toutes deux d’une Valeur-Forme, que cette Valeur-Forme porte au processus d’abstraction et que l’abstraction pose la question du corps en termes de Sujet/Agent et de Valeur-Forme c’est-à-dire en termes désincarnés. Dès lors, il importe de construire une analyse de l’incarnation en considérant la prédication matérialiste du sujet qui est force de travail. Entre matérialisme et abstraction, Spivak fraye une voie intermédiaire selon quoi l’incarnation ne renonce pas au pouvoir d’abstraction mais au contraire se nourrit de ce que le processus d’abstraction, permettant d’accumuler la force de travail qui constitue le capital, permet aussi qu’émerge dans le capital le potentiel de socialisation. De même, plutôt qu’une position tranchée entre économie et culture, Spivak, face à l’humanisme de l’Homo Economicus centré sur le profit, l’inéquité et la Valeur-Forme comme valeur universelle, choisit d’embrasser la déconstruction féministe de l’humain comme valeur universelle. Et par suite, de soutenir le développement du sujet féminin subalterne c’est-à-dire ses capacités tant matérielles qu’idéelles, au moyen de la pédagogie des humanités et du rôle de la littérature ; au moyen également de programmes financiers par micro-crédits. Contre l’instrumentalisation des corps et des peuples, c’est-à-dire du corps social de la force de travail, les humanités permettent ainsi que l’imaginaire, habitant de la différence, se mette au service de la responsabilité éthico-politique et de ses actions.
Title: Gayatri Chakravorty Spivak
Description:
Sortir de la subjectivité et de l’agentivité : capital, politiques identitaires et le « corps épistémique genré » chez Spivak Ritu Birla entend présenter la dynamique de pensée de Spivak dans son approche critique des politiques culturelles et raciales genrées, dynamique qui s’efforce d’ouvrir conjointement l’étude de l’économie et de la culture en tant que texte, et de montrer comment lire celui-ci dans l’entre-deux du corps et de l’esprit, de la matière et de l’idée.
Il s’agit de se tenir sur la frontière de l’empirique et du fictif, de la vie matérielle et de sa narrativisation.
Les analyses de Spivak opposent ainsi le « corps épistémique genré » aux politiques identitaires contemporaines.
Affirmant que le corps collectif matériel-intellectuel de la force de travail n’est pas réductible à quelque identité abstraite, la notion de corps épistémique genré déstabilise le corpus phallocentrique de la philosophie, et table sur le corps de la littéralité comme base de médiation entre la formation du sujet et l’exercice d’une action éthico-politique.
Autrement dit, Spivak soutient une théorie/pratique de l’incarnation genrée qui ne soit réduite ni à matérialisme ni à ontologie.
Afin de retracer en détail la démarche de Spivak lisant Marx, Ritu Birla met en regard deux textes, « Les subalternes peuvent-elles parler ? » (1988) et « Spéculations éparses sur la question de la Valeur » (1985).
L’analyse considère d’abord comment, imposée par la Compagnie des Indes orientales, la Régulation qui supprime en 1829 le rite sati (consistant à immoler la veuve sur la tombe de son époux), tout en contestant l’oppression patriarcale ne fait que renforcer son autorité car elle stipule ainsi que le sujet féminin ne peut être son propre agent.
En somme, la subalterne femme est ventriloquée.
Il ne s’agit pas d’un problème d’identité, il s’agit de faire reconnaître la capacité de se réaliser dans l’inscription de son corps genré.
La lecture par Spivak du premier chapitre du volume I du Capital sur l’argent, permet de considérer les rapports du capital et de l’identité sur le plan de l’incarnation, de l’abstraction et de la médiation.
Elle montre que valeur d’usage et valeur d’échange relèvent toutes deux d’une Valeur-Forme, que cette Valeur-Forme porte au processus d’abstraction et que l’abstraction pose la question du corps en termes de Sujet/Agent et de Valeur-Forme c’est-à-dire en termes désincarnés.
Dès lors, il importe de construire une analyse de l’incarnation en considérant la prédication matérialiste du sujet qui est force de travail.
Entre matérialisme et abstraction, Spivak fraye une voie intermédiaire selon quoi l’incarnation ne renonce pas au pouvoir d’abstraction mais au contraire se nourrit de ce que le processus d’abstraction, permettant d’accumuler la force de travail qui constitue le capital, permet aussi qu’émerge dans le capital le potentiel de socialisation.
De même, plutôt qu’une position tranchée entre économie et culture, Spivak, face à l’humanisme de l’Homo Economicus centré sur le profit, l’inéquité et la Valeur-Forme comme valeur universelle, choisit d’embrasser la déconstruction féministe de l’humain comme valeur universelle.
Et par suite, de soutenir le développement du sujet féminin subalterne c’est-à-dire ses capacités tant matérielles qu’idéelles, au moyen de la pédagogie des humanités et du rôle de la littérature ; au moyen également de programmes financiers par micro-crédits.
Contre l’instrumentalisation des corps et des peuples, c’est-à-dire du corps social de la force de travail, les humanités permettent ainsi que l’imaginaire, habitant de la différence, se mette au service de la responsabilité éthico-politique et de ses actions.
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