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Gayatri Chakravorty Spivak
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Rendre compte de mon travail Gayatri Spivak reprenant les questions soulevées par Etienne Balibar, souligne que la subalternité n’est pas un concept généralisable sans condition, que la liberté, s’il y en a, ne peut s’exercer qu’en prenant en compte les conditions (notamment de genre et de langues) qui lui sont inhérentes. Elle prend l’exemple d’un scandale advenu dans sa famille, dont elle fait le récit. La tante de sa mère, une jeune femme de 17 ans qui militait dans un groupe armé contre le régime impérial et se suicida après un attentat manqué. Or, elle avait attendu ses menstruations pour se tuer afin de signifier que la cause de son geste n’était pas la culpabilité d’une grossesse illicite (comme c’était souvent le cas) mais un geste de résistance. Gayatri insiste sur le fait que, malgré ce signe, la subalterne ne parvint pas à faire parler son corps : deux générations plus tard, on continue à affirmer qu’il s’agissait du suicide d’une fautive et non d’une révolutionnaire. En passant du constat « Les subalternes ne peuvent pas parler » à l’interrogation « Les subalternes peuvent-elles parler ? », Gayatri pointe la question fondamentale de la prise de parole. Quant au « Postcolonial », terme qu’elle emploie au sens d’une description historique, Spivak signale que là où la situation coloniale a pris fin, il y a un retour aux structures anciennes justifiant le pouvoir. En Inde, il s’agit du système de castes. En Afrique, des interférences du colonialisme. D’où l’importance d’introduire, ce qu’elle fait dans son livre A Critique of Postcolonial Reason , l’apport critique du « native informant », notion empruntée à l’anthropologie. L’importance, aussi, de recadrer ce que la Littérature Comparée nomme « l’étranger », en rappelant qu’il y a un lieu où l’étranger n’est pas un étranger, ce en quoi il fait partie de la majorité génocidaire. La tâche de la Littérature Comparée est d’enseigner à traquer la réduction de toute relation à de l’universalisable, et cela en étudiant les langues. On notera, en particulier, qu’il existe une hiérarchie entre les groupes de subalternes. Quant à l’expression « Professeur payée » par laquelle elle se présente, Gayatri Spivak s’en explique. Être salariée détermine une forme de responsabilité. Aux États-Unis, où elle est très bien payée, elle s’acquitte de ses impôts dont plus de la moitié va au budget de la défense. Sa responsabilité est différente lorsqu’elle se trouve dans les écoles de son pays, où elle s’adresse à des enfants d’une pauvreté extrême, des enfants qui un jour voteront et auxquels elle enseigne la profonde contradiction qu’il y a entre égalité et liberté, liberté et égalité. « Étant issue de la caste Hindu, je suis votre ennemie. Même si je suis bonne et si mes parents ont été bons, cette attitude sur deux générations n’efface pas des milliers d’années d’oppression. Je paie une dette ancestrale. » Enfin, elle en revient au concept de viol et de violation dont elle fait usage aussi bien comme symptomatique de l’humain que comme révélateur des violences perpétrées par la traduction des langues subalternes. Prenant l’exemple de l’Afrique, où prévaut le multilinguisme permettant l’existence concomitante d’un grand nombre de langues dialectales, langues qui échappent au modèle de codification occidental, Gayatri souligne le phénomène de créolisation qui en résulte. Il faut penser un mode nouveau de « linguisticité » ; les vieux modèles des langues impérialistes ne fonctionnent plus. L’Afrique peut offrir un modèle de traductibilité qui ne fera plus l’économie de la créolisation de toutes les langues.
Title: Gayatri Chakravorty Spivak
Description:
Rendre compte de mon travail Gayatri Spivak reprenant les questions soulevées par Etienne Balibar, souligne que la subalternité n’est pas un concept généralisable sans condition, que la liberté, s’il y en a, ne peut s’exercer qu’en prenant en compte les conditions (notamment de genre et de langues) qui lui sont inhérentes.
Elle prend l’exemple d’un scandale advenu dans sa famille, dont elle fait le récit.
La tante de sa mère, une jeune femme de 17 ans qui militait dans un groupe armé contre le régime impérial et se suicida après un attentat manqué.
Or, elle avait attendu ses menstruations pour se tuer afin de signifier que la cause de son geste n’était pas la culpabilité d’une grossesse illicite (comme c’était souvent le cas) mais un geste de résistance.
Gayatri insiste sur le fait que, malgré ce signe, la subalterne ne parvint pas à faire parler son corps : deux générations plus tard, on continue à affirmer qu’il s’agissait du suicide d’une fautive et non d’une révolutionnaire.
En passant du constat « Les subalternes ne peuvent pas parler » à l’interrogation « Les subalternes peuvent-elles parler ? », Gayatri pointe la question fondamentale de la prise de parole.
Quant au « Postcolonial », terme qu’elle emploie au sens d’une description historique, Spivak signale que là où la situation coloniale a pris fin, il y a un retour aux structures anciennes justifiant le pouvoir.
En Inde, il s’agit du système de castes.
En Afrique, des interférences du colonialisme.
D’où l’importance d’introduire, ce qu’elle fait dans son livre A Critique of Postcolonial Reason , l’apport critique du « native informant », notion empruntée à l’anthropologie.
L’importance, aussi, de recadrer ce que la Littérature Comparée nomme « l’étranger », en rappelant qu’il y a un lieu où l’étranger n’est pas un étranger, ce en quoi il fait partie de la majorité génocidaire.
La tâche de la Littérature Comparée est d’enseigner à traquer la réduction de toute relation à de l’universalisable, et cela en étudiant les langues.
On notera, en particulier, qu’il existe une hiérarchie entre les groupes de subalternes.
Quant à l’expression « Professeur payée » par laquelle elle se présente, Gayatri Spivak s’en explique.
Être salariée détermine une forme de responsabilité.
Aux États-Unis, où elle est très bien payée, elle s’acquitte de ses impôts dont plus de la moitié va au budget de la défense.
Sa responsabilité est différente lorsqu’elle se trouve dans les écoles de son pays, où elle s’adresse à des enfants d’une pauvreté extrême, des enfants qui un jour voteront et auxquels elle enseigne la profonde contradiction qu’il y a entre égalité et liberté, liberté et égalité.
« Étant issue de la caste Hindu, je suis votre ennemie.
Même si je suis bonne et si mes parents ont été bons, cette attitude sur deux générations n’efface pas des milliers d’années d’oppression.
Je paie une dette ancestrale.
» Enfin, elle en revient au concept de viol et de violation dont elle fait usage aussi bien comme symptomatique de l’humain que comme révélateur des violences perpétrées par la traduction des langues subalternes.
Prenant l’exemple de l’Afrique, où prévaut le multilinguisme permettant l’existence concomitante d’un grand nombre de langues dialectales, langues qui échappent au modèle de codification occidental, Gayatri souligne le phénomène de créolisation qui en résulte.
Il faut penser un mode nouveau de « linguisticité » ; les vieux modèles des langues impérialistes ne fonctionnent plus.
L’Afrique peut offrir un modèle de traductibilité qui ne fera plus l’économie de la créolisation de toutes les langues.
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