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De la poésie à la peinture

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La poésie et la peinture étaient toujours deux différentes expressions de l’esprit et de l’âme de l’homme qui sont dédiées à présenter absolument chacune à sa façon ce qui était dit ou vu.Au fil des années, les deux arts se rencontrent, s’entraident et collaborent à exprimer tous les deux ce qui n’est pas vu ou entendu, comme p.ex. la signature du peintre ou les titres des tableaux, comme chez Gauguin. Facteur définitif de cette rencontre fut la présence du « symbole », un sujet-élément, c'est-à-dire qui fonctionne comme moyen pour que l’artiste exprime ses sentiments et non pas pour qu’il crée seulement l’art pour l’art.Le “maintenant” de chaque expression créative à travers le Symbole est la combinaison de la conscience archaïque de tout ce qu’on a vécu dans le passé par rapport au futur absolu qui est l’expression symbolique supérieure de la façon dont le genre humain se rend compte des expériences à venir.(2)La problématique de la thèse de doctorat intitulée « De la poésie à la peinture : Baudelaire, Monet, Gauguin, Van Gogh » que je vais vous présenter a comme but de prouver si à travers le Symbolisme l’artiste arrive à s’exprimer et a créer de l’Art.Charles Baudelaire, Claude Monet, Paul Gauguin et Vincent Van Gogh mettent en action tous les « mécanismes de défense du moi », comme d’ailleurs tout être humain afin de survivre. Ils dépassent tout obstacle qui provient de notre intérieur, d’une tendance inconsciente de la race humaine aussi bien que de l’extérieur influencé de l’inconscient social, tout cela collaborant afin de rentrer là d’où l’on vient, c'est-à-dire au matrice maternel et de se soulager du drame cosmique. Les quatre artistes arrivent à sortir du drame cosmique et touchent l’éternité en restant immortels à travers l’ART!(3)(3)La SYMBOLISATION et le CLIVAGE DE L’OBJET sont les mécanismes de défense du moi, les plus précoces, qui aident la race humaine à toucher la créativité à l’aide de l’art, de la religion et de la civilisation, alors que la SUBLIMATION un des mécanismes de défense du moi, des plus maturés sont la force motrice pour les quatre artistes afin de promouvoir la race humaine en exprimant leurs propres sentiments à travers leurs œuvres.Les “FLEURS DU MAL” de Charles Baudelaire, œuvre étape de l’Histoire de l’Art et point de repère de toute ma recherche lient le passé, le présent et l’avenir de Baudelaire avec des idées qui restent impérissables dans le temps et combinent la Théorie Platonicienne concernant le Symbole avec le Cycle perpetuel de la vie et de la mort, sujet cher à l’Existentialisme. En même temps les FLEURS DU MAL constituent la source d’inspiration pour les trois peintres qui sont étudiés, et des courants qu’ils ont créé, tels que l’Impressionnisme, les Nabis et l’Expressionnisme, du point que les sujets chers à Baudelaire, tels que la femme, la nature et la mort sont présentées sur les toiles des peintres.(4)Ainsi, l’approche de la thèse est tentée de point de vue technique ( analyse des poèmes et des tableaux: mots, vers, lignes, ou formes etc.…) et de point de vue psychanalytique (sentiments exprimés à travers le symbole choisi. ) Le Symbole en tant qu’ expression unique et principale de toute l’œuvre manifeste son rôle, même par le titre des « Fleurs du Mal » : un jeu de mots et d’idées qui expriment le double de la réalité, qui est en même temps le bien et le mal, la vie et la mort, le visible et l’invisible, le rationnel et l’irrationnel, le sentiment et la raison. De cette façon, la poésie devient une véritable catharsis spirituelle, qui toute seule peut permettre de sentir ou d’entendre la langue des fleurs et des objets muets.Le secret de Baudelaire est la recherche de l’inconscient guidée par l’esprit archaïque.Baudelaire a comme source d’inspiration la femme qui a des visages divers, tantôt merveilleux, tantôt méchants.En réalité, la femme est le symbole pour Baudelaire afin d’exprimer le “non- accompli” pour la figure féminine qu’il n’avait jamais eue par exclusivité.Le ‘non-accompli’ de Baudelaire est le « noyau » du drame cosmique de toute l’humanité qui véhicule de génération en génération à travers nos gènes.Son état d’âme se révèle dans ses poèmes, en utilisant des rimes, des adjectifs, des noms, des verbes, des métaphores et des personnifications qui ne sont pas mis au hasard dans des pages afin de produire de l’art, mais ils expriment un à un les forts sentiments de l’artiste, ils prennent une substance sacrée, en offrant au poète une « place» indibudable dans l’éternité !(7)Claude Monet influencé par le Symbolisme, choisit la NATURE comme source d’inspiration. A l’œil intense de l’observateur, il met en action son instinct afin de concevoir et d’imprimer sur ses toiles les changements dynamiques qui se passent continuellement aux seins de la nature. Ebloui par les sentiments que seule la nature peut créer, il se laisse au-delà de l’art et exprime tout ce qu’il peut ou qu’il ne peut pas voir, de la façon dont lui-seul peut sentir.C’est ainsi que le Symbole de la NATURE et le Symbolisme sont développés par l’art de Monet et se forment en quelque chose d’abstrait, mais de riche, de vague, de pléthorique, prenant la nuance que chacun de nous peut leur attribuer. La nature qui laisse Baudelaire « indifférent », chez Monet c’est elle qui embrasse tout, remplit tout, qui donne du sens à la vie, et c’est elle d’où tout vient, où tout retourne à la fin. Inspiré par la lumière à des moments différents, l’eau et le jeu entre eux, l’ombre et la luminosité, Monet utilise des coups de pinceaux abstraits, introduit dans la peinture le terme de la « série », donne de l’emphase à l’axe vertical beaucoup plus qu’ à l’axe horizontal afin de constituer les règles du nouveau courant artistique, appelé Impressionnisme.(7)L’œuvre « Au bord de l’eau, Bennecourt » (1868) est sans doute son premier tableau purement IMPRESSIONNISTE. Tout son génie s’y glorifie ; l’eau, les miroitements et les reflets, les couleurs claires, la touche divisée, les ombres colorées et par-dessus toute cette atmosphère d’euphorie, de la joie de vivre, qui apparaît comme « la moto » de tout le mouvement. Monet est attiré par des reflets extraordinaires sur l’eau, la joie procurée par ses spectacles et la satisfaction de les transposer dans la nature. Cette toile de Monet est vibrante d’inventions. La lumière clignote à travers le feuillage obscur ; les extrémités des branches sont comme griffonner au second plan, en touches courtes et malicieuses. Dans le ciel et sur l’eau, les larges surfaces en aplats colorés sont mises en relief par des touches aigues de couleurs marquant leur contour. L’eau le fascine, les feuilles, l’herbe deviennent de petites vagues. Avec Monet on ne sait plus où commence et où finit l’eau. Il s’attache à mêler les éléments, à rendre les reflets de la végétation sur le fleuve, et il est parvenu à obtenir une harmonie de bleus et de verts jouant entre eux grâce à sa fameuse technique. Le frémissement des vagues se communique parfois au ciel qui devient élément liquide lui-même. Petitesse de l’homme et grandeur immuable de la nature. Par contre, dans le poème de Baudelaire « Obsession » la correspondance est devenue « infernale » :« Je te hais, Océan ! Tes bonds et tes tumultesMon esprit les retrouve en lui ; ce rire amerDe l’homme vaincu, plein de sanglots et d’insultes,Je l’entends dans le rire énorme de la mer….. »Le processus de dégradation est manifesté. Mais il ne s’agit pas seulement de dégradation. La nature n’est pas réellement présente. La mer est pour Baudelaire un mouvement de l’âme, ce n’est pas un paysage. Les visions colorées, les tableaux exotiques sont les produits de l’imagination, non de l’observation. On serait tenté de dire que, pour ce poète, seul le monde intérieur existe.Si Baudelaire emprunte d’un vocabulaire musical, lyrique, odorant, qui bouge, plein de vivacité, plein de couleurs prises dans le monde de la nature, ce n’est point pour glorifier la nature elle-même ; car il considère « la nature comme morte », ainsi que l’est son âme. Au contraire même, il restitue les caractéristiques de la nature pour décrire son âme, la figure féminine ou pour faire la critique sociale. Ses poèmes sont des tableaux « parlants », des musiques fortes ou des échos, mais tout ce qui se réfère à la nature sert d’outil pour émettre des messages d’autres sujets qui le préoccupent comme dans « Obsession » : (11) cathédrales de Rouen« Grands bois, vous m’effrayez comme des cathédrales ;Vous hurlez comme l’orgue ; et dans nos cœurs maudits,Chambres d’éternel deuil où vibrent de vieux râles,Répondent les échos de vos De profundis »(12)Paul Gauguin exprime, lui aussi, le drame cosmique et montre son sous-estime et son indifférence pour la femme qui tient le rôle principal de ses tableaux d’une façon différente, en la représentant ‘schématique’, sans traits caractéristiques, molasse, même androgyne. Son symbole le poursuit tellement qu’il arrive à s’exiler dans des pays lointains et primitifs, loin du modernisme de son époque, près de la nature. Là, il se met en contact avec l’homme d’une approche à laquelle il est initié par les fauves, il s’inspire ainsi à créer un nouveau courant artistique, celui des NABIS qui est caractérisé par des lignes aigues, des couleurs denses (mauve- vert), des figures sans traits, une technique naïve qui rappelle l’expression enfantine des sentiments humains très forts.(13)Le nom de Paul Gauguin reflète dans l’inconscient social non pas seulement un artiste, mais aussi une personnalité légendaire. D’ ailleurs, son aventure de vie n’est pas moins importante que son œuvre dans laquelle elle est représentée. « L’enjeu de sa peinture devient même ostensiblement métaphysique dans son célèbre tableau, dont le titre a lui seul relevé du questionnement philosophique de vie : « ‘D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?», alors que les rimes de Baudelaire expriment la question existentielle de la race humaine dans « La vie antérieure »: « J’ai longtemps habité sous de vastes portiques…C’est là que j’ai vécu dans les voluptés calmes,Au milieu de l’azur, des vagues, des splendeurs,Et des esclaves nus, tout imprégnés d’odeurs,Qui me rafraîchissaient le front avec des palmes,Et dont l’unique soin était d’approfondirLe secret douloureux qui me faisait languir »La figure féminine de Baudelaire qui joue le rôle primordial de son œuvre, chez Gauguin est utilisée comme un ‘outil’, un objet mis dans la nature, que Gauguin représente d’une façon primitive et unique. Des sentiments précoces, mais exprimant toute l’humanité sont adressés par Baudelaire à la personne mal appropriée, sentiments à la fois tellement déterminants pour le reste de sa vie : « Le Balcon »« Mère des souvenirs, maîtresse des maîtresses,Ô toi, tous mes plaisirs ! Ô toi, tous mes devoirs !...Ces serments, ces parfums, ces baisers infinis,Renaîtront-ils d’un gouffre interdit à nos sondes,Comme montent au ciel les soleils rajeunisAprès s’être lavés au fond des mers profondes ?- Ȏ serments ! Ô parfums ! Ȫ Baisers infinis ! …»Il l’avoue d’ ailleurs, pas mal de fois, dans « Les Fleurs du Mal » :« Le goût précoce des femmes… Je confondais l’odeur de la fourrure …Avec l’odeur de la femme… Je me souviens …Enfin, j’aimais ma mère pour son élégance...« J’étais donc un Dandy précoce» « Fusées »Baudelaire chez « Une charogne » fait le tableau de la femme à double figure, belle et laide, affreuse et adorable, douce et cruelle, bénie et abominable :«Derrière les rochers une chienne inquièteNous regardait d’un œil fâché,Epiant le moment de reprendre aux squelettes,Le morceau qu’elle avait lâché…Et pourtant vous serez semblable à cette ordureA cette horrible infection,Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,Vous, mon ange et ma passion !Oui ! Telle vous serez, ô la reine des grâces,Après les derniers sacrements,Quand vous irez, sous l’herbe et les floraisons grasses,Moisir parmi les ossements…Alors ô ma beauté ! Dites à la vermineQui vous mangera de baisers,Que j’ai gardé la forme et l’essence divine De mes amours décomposés! »Μais sa mère ne pouvait pas être pour lui la femme “charnelle”. C’est pour cela que la conception qu’il avait pour la femme était « blessée à mort » par une déception initiale. Il demande des comptes à sa mère, il l’accuse de disperser allégrement les souvenirs de son premier mari.(14)Si « La Orana Maria/Ave Maria » est le tableau à trois dimensions de la nature morte, « Les femmes en prière » aussi bien que « la Sainte- Vierge au Jésus » arrive à composer une atmosphère de paix en se mettant en équilibre avec la nature. Le teint noirci des femmes de Tahiti crée un contraste avec le rouge de leurs robes. Il y a une opposition entre la présentation à trois dimensions de la nature morte en premier plan et la figuration plate du paréo que porte la Sainte Vierge. Malgré la multitude des éléments hétéroclites, Gauguin arrive à créer une ambiance de tranquillité, équilibrant la composition à travers un complexe des lignes verticales et horizontales. Le phénomène des sentiments hétéroclites de Baudelaire provoqués par l’ambigüité de la personnalité féminine est évident dans toute son œuvre « XXIV- Sed Non Satiata » :« Et je chéris, ô bête implacable et cruelle !...Jusqu'à cette froideur par où tu m’es plus belle !...Ȏ démon sans pitié ! Verse-moi moins de flammes… »Chez « Les Tahitiennes au bord de la mer» Gauguin est enchanté par les simples dessins de paréo avec les grandes fleurs blanches sur un fond rouge ou des fleurs jaunes sur un fond bleu. Il utilise ces motifs comme des éléments décoratifs pour donner de la vivacité, mais aussi de l’équilibre aux volumes.« Les Tahitiennes au bord de la mer » au corps robuste et volumineux sont déclarées en protagonistes de ce tableau. Leur expression énigmatique est difficile à être décodée. Bien qu’assises l’une à côté de l’autre, elles sont absorbées chacune dans ses pensées. Vincent Van Gogh, né dans un pays d’un paysage morne, est profondément blessé par sa famille et se balance durant toute sa vie entre les fantaisies et les hallucinations de sa maladie qui le tourmente entre la vie et la mort, le bien et le mal. Interprète du cycle infini de la vie et de la mort, et de l’inconscient social, Van Gogh exprime à travers ses tableaux la révolution sociale contre l’ordre établi irrationnel, une protestation de la société qui ne peut pas s’exprimer contre le compromis du quotidien, contre le fait que tout finit, que le corps est périssable, et que c’est à travers la douleur que l’ élévation de l’âme est réussie. Son enfermement dans l’asile qui pour la société était une façon de le punir pour son irrationalisme, est pour lui les seins maternels qu’il n’avait jamais eus, afin de se sentir en paix, afin de rendre ses tendances auto catastrophiques en des moments de créativité grandiose.A des lignes bien aigues, des zones de couleurs, en choisissant d’avoir les objets comme compagnie à des moments de solitude mortelle, Vincent Van Gogh donne de l’emphase tant à l’axe horizontal qu’à l’axe vertical, le premier montrant le lieu où tout être humain aboutit par son décès, et le deuxième montrant l’élévation de l’âme que nous sentons quand on est près de Dieu, après être mort. Le manque de la dimension de la profondeur montre son pressentiment concernant sa courte vie. Les lignes hachées expriment les sentiments de sa psychose, la fin brusque qu’il met à sa vie, alors que le jaune cholérique et le rouge dense et le vert aussi bien que le noir des corbeaux de sa dernière toile expriment la passion qu’il éprouvait à tout moment de sa vie, mais aussi son besoin de s’échapper du monde terrestre qui le torturait et d’aller ailleurs, dans un lieu « au-delà » pour lequel il était destiné dès sa naissance.La mort, symbole commun entre lui et Baudelaire est également exprimé de tous les deux, à des représentations orales et visuelles et triomphe finalement par leurs décès. L’EXPRESSIONNISME est né, non pas seulement à travers des nouvelles techniques, mais aussi à travers l’expression du sentiment de l’artiste lui-même qui est en même temps le porte – parole de la société. Van Gogh peint la difficulté d’être dans la volonté d’être. Son introspection va de paire avec celle de Baudelaire qui écrit dans « Le squelette laboureur » :« Dans les planches d’anatomie…Où maint livre cadavéreuxDort comme une antique momie…Ou bien dans « La danse macabre » :« Fière, autant qu’un vivant, de sa noble stature…D’une coquette maigre aux airs extravagants…La ruche qui se joue au bord des clavicules…Ses yeux profonds sont faits de vide et de ténèbres,Et son crâne, de fleurs artistement coiffé,Oscille mollement sur ses frêles vertèbres…,Tu réponds, grand squelette, à mon goût le plus cher ! …Vous sentez tous la mort ! Ȏ squelettes musqués…Et tout climat, sous tout soleil, la Mort t’admire…»Le temps a trahi Baudelaire qui écrit dans «L’Ennemi » :«Ma jeunesse ne fut qu’un ténébreux orage…,-Ȏ douleur ! Ȏ douleur ! Le Temps mange la vie…,Et l’obscur Ennemi qui nous ronge le cœur…Du sang que nous perdons croit et se fortifie ! »(17)Vincent Van Gogh exécute quelques tableaux d’une sérénité remarquable, y compris deux répliques de ses « Tournesols » et les deux célèbres autoportraits à la tête bandée. Poussé par sa fureur intérieure, Vincent arrive à rendre le jaune dense de cet été, le meilleur ton de cette couleur qui représente pour lui sa lutte contre le temps… La force mystique de cette couleur jaune renforce en lui le sentiment de l’espoir. Le soleil jaune est pour Van Gogh « l’éternel soleil fort », astre tout puissant dont il ne se lasse pas de peindre le symbole. Mais les fleurs, toutes les fleurs sont des flammes qui veulent devenir de la lumière ; et les tournesols de Van Gogh brûlent bientôt comme l’astre qu’ils symbolisaient. Les tournesols sont devenus le regard halluciné du peintre. (18)Il peint « La nuit étoilée » qui révèle une extraordinaire imagination, combinant là encore un sentiment de calme et d’extase. Les cyprès y représentent la liaison entre le ciel et la terre, la vie et la mort. (19)D’autres dessins de cette époque sont empreints d’une gaieté étonnante. Le symbolisme de Baudelaire qui éclate dans l’œuvre de Vincent Van Gogh « Champ de blé aux corbeaux» exprime son désarroi.Paysage en vision d’apocalypse présente le drame à se dérouler imprimant à la nature son rythme tourbillonnaire. On peut suivre l’évolution de l’état d’âme de Vincent dans les évocations flamboyantes et dramatiques directement issues de sa vie intérieure. Car au-delà des apparences, Van Gogh a découvert le mouvement interne de la nature, le jeu des forces obscures, la vie organique de l’univers et, dans cette écrasante immensité, la fragilité humaine. En suivant ses funèbres corbeaux, il entre dans son ultime tableau pour y mourir : le paysage monstrueux l’a finalement englouti. Les corbeaux, symbole de la destinée, s’envolent sur de claires masses lumineuses et essaient de s’échapper de l’orage. Bien qu’immobile, ce tableau est caractérisé d’une mobilité à toute vitesse. C’est là où le peintre relève, à l’aide des couleurs et des lignes, une vitesse, de l’impatience, son angoisse de partir, de s’enfuir, de s’envoler vers le néant. A travers ma recherche, j’ai pu prouver que Baudelaire avec son esprit moderne et audacieux, en supprimant tout élément du passé, en laissant ses sentiments éblouir son art et en exprimant son propre désir de rester immortel, a été finalement une source d’inspiration pour les trois peintres. A part leur talent, ils disposaient tous les trois aussi bien que le poète, d’un monde intérieur sentimental très riche, de la passion et de l’héroïsme tres forts et dynamiques, afin de bouleverser l’ordre établi.A l’aide de cette sensibilité infinie pour tout ce qu’ils éprouvaient, leur esprit de liberté, Charles Baudelaire, Claude Monet, Paul Gauguin, Vincent Van Gogh ont pu non pas seulement s’exprimer, mais aussi rester dans l’éternité en utilisant le Symbole et ont emmené l’humanité vers la prospérité.J’ai, donc, pu prouver que l’ œuvre des artistes aussi bien que leurs sentiments représentent la condition humaine et décrivent les différentes façons dont tout être humain essaie de s’échapper de la douleur que nous portons plus ou moins en nous-mêmes, dans nos gènes, provenant de la perte du paradis éternel. L’état d’âme de la race humaine se balance entre la douleur, venant de son intérieur et la joie, un élan vers ‘un ailleurs,’ un effort continuel de s’échapper de ce qui nous gêne : pour les poètes et les peintres la seule défense est de vivre le plus intensément possible, en incluant des souvenirs, des désirs, de la passion érotique, dans quelques moments. Il faut toucher le sentiment, si l’on veut faire une révolte sociale. Il est donc manifesté à travers toute la recherche que, commençant par le Symbolisme qui avait déjà rejeté le désespoir du Romantisme, les courants picturaux de l’Impressionnisme, des Nabis et de l’Expressionnisme, exprimés par Charles Baudelaire, Claude Monet, Paul Gauguin et Vincent Van Gogh ont relevé toute infirmité précédente et ont donné le « pas » à la délibération de l’expression du sentiment de l’homme à travers l’art. Les interrogations personnelles de Baudelaire et l’univers créé dans ses poèmes sont reproduits par les trois artistes, chacun choisissant son domaine de prédilection, prouvant que l’art peut dépasser le fugitif et la mort, grâce à la créativité qui installe l’œuvre d’Art dans l’éternité.
National Documentation Centre (EKT)
Title: De la poésie à la peinture
Description:
La poésie et la peinture étaient toujours deux différentes expressions de l’esprit et de l’âme de l’homme qui sont dédiées à présenter absolument chacune à sa façon ce qui était dit ou vu.
Au fil des années, les deux arts se rencontrent, s’entraident et collaborent à exprimer tous les deux ce qui n’est pas vu ou entendu, comme p.
ex.
la signature du peintre ou les titres des tableaux, comme chez Gauguin.
Facteur définitif de cette rencontre fut la présence du « symbole », un sujet-élément, c'est-à-dire qui fonctionne comme moyen pour que l’artiste exprime ses sentiments et non pas pour qu’il crée seulement l’art pour l’art.
Le “maintenant” de chaque expression créative à travers le Symbole est la combinaison de la conscience archaïque de tout ce qu’on a vécu dans le passé par rapport au futur absolu qui est l’expression symbolique supérieure de la façon dont le genre humain se rend compte des expériences à venir.
(2)La problématique de la thèse de doctorat intitulée « De la poésie à la peinture : Baudelaire, Monet, Gauguin, Van Gogh » que je vais vous présenter a comme but de prouver si à travers le Symbolisme l’artiste arrive à s’exprimer et a créer de l’Art.
Charles Baudelaire, Claude Monet, Paul Gauguin et Vincent Van Gogh mettent en action tous les « mécanismes de défense du moi », comme d’ailleurs tout être humain afin de survivre.
Ils dépassent tout obstacle qui provient de notre intérieur, d’une tendance inconsciente de la race humaine aussi bien que de l’extérieur influencé de l’inconscient social, tout cela collaborant afin de rentrer là d’où l’on vient, c'est-à-dire au matrice maternel et de se soulager du drame cosmique.
Les quatre artistes arrivent à sortir du drame cosmique et touchent l’éternité en restant immortels à travers l’ART!(3)(3)La SYMBOLISATION et le CLIVAGE DE L’OBJET sont les mécanismes de défense du moi, les plus précoces, qui aident la race humaine à toucher la créativité à l’aide de l’art, de la religion et de la civilisation, alors que la SUBLIMATION un des mécanismes de défense du moi, des plus maturés sont la force motrice pour les quatre artistes afin de promouvoir la race humaine en exprimant leurs propres sentiments à travers leurs œuvres.
Les “FLEURS DU MAL” de Charles Baudelaire, œuvre étape de l’Histoire de l’Art et point de repère de toute ma recherche lient le passé, le présent et l’avenir de Baudelaire avec des idées qui restent impérissables dans le temps et combinent la Théorie Platonicienne concernant le Symbole avec le Cycle perpetuel de la vie et de la mort, sujet cher à l’Existentialisme.
En même temps les FLEURS DU MAL constituent la source d’inspiration pour les trois peintres qui sont étudiés, et des courants qu’ils ont créé, tels que l’Impressionnisme, les Nabis et l’Expressionnisme, du point que les sujets chers à Baudelaire, tels que la femme, la nature et la mort sont présentées sur les toiles des peintres.
(4)Ainsi, l’approche de la thèse est tentée de point de vue technique ( analyse des poèmes et des tableaux: mots, vers, lignes, ou formes etc.
…) et de point de vue psychanalytique (sentiments exprimés à travers le symbole choisi.
) Le Symbole en tant qu’ expression unique et principale de toute l’œuvre manifeste son rôle, même par le titre des « Fleurs du Mal » : un jeu de mots et d’idées qui expriment le double de la réalité, qui est en même temps le bien et le mal, la vie et la mort, le visible et l’invisible, le rationnel et l’irrationnel, le sentiment et la raison.
De cette façon, la poésie devient une véritable catharsis spirituelle, qui toute seule peut permettre de sentir ou d’entendre la langue des fleurs et des objets muets.
Le secret de Baudelaire est la recherche de l’inconscient guidée par l’esprit archaïque.
Baudelaire a comme source d’inspiration la femme qui a des visages divers, tantôt merveilleux, tantôt méchants.
En réalité, la femme est le symbole pour Baudelaire afin d’exprimer le “non- accompli” pour la figure féminine qu’il n’avait jamais eue par exclusivité.
Le ‘non-accompli’ de Baudelaire est le « noyau » du drame cosmique de toute l’humanité qui véhicule de génération en génération à travers nos gènes.
Son état d’âme se révèle dans ses poèmes, en utilisant des rimes, des adjectifs, des noms, des verbes, des métaphores et des personnifications qui ne sont pas mis au hasard dans des pages afin de produire de l’art, mais ils expriment un à un les forts sentiments de l’artiste, ils prennent une substance sacrée, en offrant au poète une « place» indibudable dans l’éternité !(7)Claude Monet influencé par le Symbolisme, choisit la NATURE comme source d’inspiration.
A l’œil intense de l’observateur, il met en action son instinct afin de concevoir et d’imprimer sur ses toiles les changements dynamiques qui se passent continuellement aux seins de la nature.
Ebloui par les sentiments que seule la nature peut créer, il se laisse au-delà de l’art et exprime tout ce qu’il peut ou qu’il ne peut pas voir, de la façon dont lui-seul peut sentir.
C’est ainsi que le Symbole de la NATURE et le Symbolisme sont développés par l’art de Monet et se forment en quelque chose d’abstrait, mais de riche, de vague, de pléthorique, prenant la nuance que chacun de nous peut leur attribuer.
La nature qui laisse Baudelaire « indifférent », chez Monet c’est elle qui embrasse tout, remplit tout, qui donne du sens à la vie, et c’est elle d’où tout vient, où tout retourne à la fin.
Inspiré par la lumière à des moments différents, l’eau et le jeu entre eux, l’ombre et la luminosité, Monet utilise des coups de pinceaux abstraits, introduit dans la peinture le terme de la « série », donne de l’emphase à l’axe vertical beaucoup plus qu’ à l’axe horizontal afin de constituer les règles du nouveau courant artistique, appelé Impressionnisme.
(7)L’œuvre « Au bord de l’eau, Bennecourt » (1868) est sans doute son premier tableau purement IMPRESSIONNISTE.
Tout son génie s’y glorifie ; l’eau, les miroitements et les reflets, les couleurs claires, la touche divisée, les ombres colorées et par-dessus toute cette atmosphère d’euphorie, de la joie de vivre, qui apparaît comme « la moto » de tout le mouvement.
Monet est attiré par des reflets extraordinaires sur l’eau, la joie procurée par ses spectacles et la satisfaction de les transposer dans la nature.
Cette toile de Monet est vibrante d’inventions.
La lumière clignote à travers le feuillage obscur ; les extrémités des branches sont comme griffonner au second plan, en touches courtes et malicieuses.
Dans le ciel et sur l’eau, les larges surfaces en aplats colorés sont mises en relief par des touches aigues de couleurs marquant leur contour.
L’eau le fascine, les feuilles, l’herbe deviennent de petites vagues.
Avec Monet on ne sait plus où commence et où finit l’eau.
Il s’attache à mêler les éléments, à rendre les reflets de la végétation sur le fleuve, et il est parvenu à obtenir une harmonie de bleus et de verts jouant entre eux grâce à sa fameuse technique.
Le frémissement des vagues se communique parfois au ciel qui devient élément liquide lui-même.
Petitesse de l’homme et grandeur immuable de la nature.
Par contre, dans le poème de Baudelaire « Obsession » la correspondance est devenue « infernale » :« Je te hais, Océan ! Tes bonds et tes tumultesMon esprit les retrouve en lui ; ce rire amerDe l’homme vaincu, plein de sanglots et d’insultes,Je l’entends dans le rire énorme de la mer….
»Le processus de dégradation est manifesté.
Mais il ne s’agit pas seulement de dégradation.
La nature n’est pas réellement présente.
La mer est pour Baudelaire un mouvement de l’âme, ce n’est pas un paysage.
Les visions colorées, les tableaux exotiques sont les produits de l’imagination, non de l’observation.
On serait tenté de dire que, pour ce poète, seul le monde intérieur existe.
Si Baudelaire emprunte d’un vocabulaire musical, lyrique, odorant, qui bouge, plein de vivacité, plein de couleurs prises dans le monde de la nature, ce n’est point pour glorifier la nature elle-même ; car il considère « la nature comme morte », ainsi que l’est son âme.
Au contraire même, il restitue les caractéristiques de la nature pour décrire son âme, la figure féminine ou pour faire la critique sociale.
Ses poèmes sont des tableaux « parlants », des musiques fortes ou des échos, mais tout ce qui se réfère à la nature sert d’outil pour émettre des messages d’autres sujets qui le préoccupent comme dans « Obsession » : (11) cathédrales de Rouen« Grands bois, vous m’effrayez comme des cathédrales ;Vous hurlez comme l’orgue ; et dans nos cœurs maudits,Chambres d’éternel deuil où vibrent de vieux râles,Répondent les échos de vos De profundis »(12)Paul Gauguin exprime, lui aussi, le drame cosmique et montre son sous-estime et son indifférence pour la femme qui tient le rôle principal de ses tableaux d’une façon différente, en la représentant ‘schématique’, sans traits caractéristiques, molasse, même androgyne.
Son symbole le poursuit tellement qu’il arrive à s’exiler dans des pays lointains et primitifs, loin du modernisme de son époque, près de la nature.
Là, il se met en contact avec l’homme d’une approche à laquelle il est initié par les fauves, il s’inspire ainsi à créer un nouveau courant artistique, celui des NABIS qui est caractérisé par des lignes aigues, des couleurs denses (mauve- vert), des figures sans traits, une technique naïve qui rappelle l’expression enfantine des sentiments humains très forts.
(13)Le nom de Paul Gauguin reflète dans l’inconscient social non pas seulement un artiste, mais aussi une personnalité légendaire.
D’ ailleurs, son aventure de vie n’est pas moins importante que son œuvre dans laquelle elle est représentée.
« L’enjeu de sa peinture devient même ostensiblement métaphysique dans son célèbre tableau, dont le titre a lui seul relevé du questionnement philosophique de vie : « ‘D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?», alors que les rimes de Baudelaire expriment la question existentielle de la race humaine dans « La vie antérieure »: « J’ai longtemps habité sous de vastes portiques…C’est là que j’ai vécu dans les voluptés calmes,Au milieu de l’azur, des vagues, des splendeurs,Et des esclaves nus, tout imprégnés d’odeurs,Qui me rafraîchissaient le front avec des palmes,Et dont l’unique soin était d’approfondirLe secret douloureux qui me faisait languir »La figure féminine de Baudelaire qui joue le rôle primordial de son œuvre, chez Gauguin est utilisée comme un ‘outil’, un objet mis dans la nature, que Gauguin représente d’une façon primitive et unique.
Des sentiments précoces, mais exprimant toute l’humanité sont adressés par Baudelaire à la personne mal appropriée, sentiments à la fois tellement déterminants pour le reste de sa vie : « Le Balcon »« Mère des souvenirs, maîtresse des maîtresses,Ô toi, tous mes plaisirs ! Ô toi, tous mes devoirs !.
Ces serments, ces parfums, ces baisers infinis,Renaîtront-ils d’un gouffre interdit à nos sondes,Comme montent au ciel les soleils rajeunisAprès s’être lavés au fond des mers profondes ?- Ȏ serments ! Ô parfums ! Ȫ Baisers infinis ! …»Il l’avoue d’ ailleurs, pas mal de fois, dans « Les Fleurs du Mal » :« Le goût précoce des femmes… Je confondais l’odeur de la fourrure …Avec l’odeur de la femme… Je me souviens …Enfin, j’aimais ma mère pour son élégance.
« J’étais donc un Dandy précoce» « Fusées »Baudelaire chez « Une charogne » fait le tableau de la femme à double figure, belle et laide, affreuse et adorable, douce et cruelle, bénie et abominable :«Derrière les rochers une chienne inquièteNous regardait d’un œil fâché,Epiant le moment de reprendre aux squelettes,Le morceau qu’elle avait lâché…Et pourtant vous serez semblable à cette ordureA cette horrible infection,Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,Vous, mon ange et ma passion !Oui ! Telle vous serez, ô la reine des grâces,Après les derniers sacrements,Quand vous irez, sous l’herbe et les floraisons grasses,Moisir parmi les ossements…Alors ô ma beauté ! Dites à la vermineQui vous mangera de baisers,Que j’ai gardé la forme et l’essence divine De mes amours décomposés! »Μais sa mère ne pouvait pas être pour lui la femme “charnelle”.
C’est pour cela que la conception qu’il avait pour la femme était « blessée à mort » par une déception initiale.
Il demande des comptes à sa mère, il l’accuse de disperser allégrement les souvenirs de son premier mari.
(14)Si « La Orana Maria/Ave Maria » est le tableau à trois dimensions de la nature morte, « Les femmes en prière » aussi bien que « la Sainte- Vierge au Jésus » arrive à composer une atmosphère de paix en se mettant en équilibre avec la nature.
Le teint noirci des femmes de Tahiti crée un contraste avec le rouge de leurs robes.
Il y a une opposition entre la présentation à trois dimensions de la nature morte en premier plan et la figuration plate du paréo que porte la Sainte Vierge.
Malgré la multitude des éléments hétéroclites, Gauguin arrive à créer une ambiance de tranquillité, équilibrant la composition à travers un complexe des lignes verticales et horizontales.
Le phénomène des sentiments hétéroclites de Baudelaire provoqués par l’ambigüité de la personnalité féminine est évident dans toute son œuvre « XXIV- Sed Non Satiata » :« Et je chéris, ô bête implacable et cruelle !.
Jusqu'à cette froideur par où tu m’es plus belle !.
Ȏ démon sans pitié ! Verse-moi moins de flammes… »Chez « Les Tahitiennes au bord de la mer» Gauguin est enchanté par les simples dessins de paréo avec les grandes fleurs blanches sur un fond rouge ou des fleurs jaunes sur un fond bleu.
Il utilise ces motifs comme des éléments décoratifs pour donner de la vivacité, mais aussi de l’équilibre aux volumes.
« Les Tahitiennes au bord de la mer » au corps robuste et volumineux sont déclarées en protagonistes de ce tableau.
Leur expression énigmatique est difficile à être décodée.
Bien qu’assises l’une à côté de l’autre, elles sont absorbées chacune dans ses pensées.
Vincent Van Gogh, né dans un pays d’un paysage morne, est profondément blessé par sa famille et se balance durant toute sa vie entre les fantaisies et les hallucinations de sa maladie qui le tourmente entre la vie et la mort, le bien et le mal.
Interprète du cycle infini de la vie et de la mort, et de l’inconscient social, Van Gogh exprime à travers ses tableaux la révolution sociale contre l’ordre établi irrationnel, une protestation de la société qui ne peut pas s’exprimer contre le compromis du quotidien, contre le fait que tout finit, que le corps est périssable, et que c’est à travers la douleur que l’ élévation de l’âme est réussie.
Son enfermement dans l’asile qui pour la société était une façon de le punir pour son irrationalisme, est pour lui les seins maternels qu’il n’avait jamais eus, afin de se sentir en paix, afin de rendre ses tendances auto catastrophiques en des moments de créativité grandiose.
A des lignes bien aigues, des zones de couleurs, en choisissant d’avoir les objets comme compagnie à des moments de solitude mortelle, Vincent Van Gogh donne de l’emphase tant à l’axe horizontal qu’à l’axe vertical, le premier montrant le lieu où tout être humain aboutit par son décès, et le deuxième montrant l’élévation de l’âme que nous sentons quand on est près de Dieu, après être mort.
Le manque de la dimension de la profondeur montre son pressentiment concernant sa courte vie.
Les lignes hachées expriment les sentiments de sa psychose, la fin brusque qu’il met à sa vie, alors que le jaune cholérique et le rouge dense et le vert aussi bien que le noir des corbeaux de sa dernière toile expriment la passion qu’il éprouvait à tout moment de sa vie, mais aussi son besoin de s’échapper du monde terrestre qui le torturait et d’aller ailleurs, dans un lieu « au-delà » pour lequel il était destiné dès sa naissance.
La mort, symbole commun entre lui et Baudelaire est également exprimé de tous les deux, à des représentations orales et visuelles et triomphe finalement par leurs décès.
L’EXPRESSIONNISME est né, non pas seulement à travers des nouvelles techniques, mais aussi à travers l’expression du sentiment de l’artiste lui-même qui est en même temps le porte – parole de la société.
Van Gogh peint la difficulté d’être dans la volonté d’être.
Son introspection va de paire avec celle de Baudelaire qui écrit dans « Le squelette laboureur » :« Dans les planches d’anatomie…Où maint livre cadavéreuxDort comme une antique momie…Ou bien dans « La danse macabre » :« Fière, autant qu’un vivant, de sa noble stature…D’une coquette maigre aux airs extravagants…La ruche qui se joue au bord des clavicules…Ses yeux profonds sont faits de vide et de ténèbres,Et son crâne, de fleurs artistement coiffé,Oscille mollement sur ses frêles vertèbres…,Tu réponds, grand squelette, à mon goût le plus cher ! …Vous sentez tous la mort ! Ȏ squelettes musqués…Et tout climat, sous tout soleil, la Mort t’admire…»Le temps a trahi Baudelaire qui écrit dans «L’Ennemi » :«Ma jeunesse ne fut qu’un ténébreux orage…,-Ȏ douleur ! Ȏ douleur ! Le Temps mange la vie…,Et l’obscur Ennemi qui nous ronge le cœur…Du sang que nous perdons croit et se fortifie ! »(17)Vincent Van Gogh exécute quelques tableaux d’une sérénité remarquable, y compris deux répliques de ses « Tournesols » et les deux célèbres autoportraits à la tête bandée.
Poussé par sa fureur intérieure, Vincent arrive à rendre le jaune dense de cet été, le meilleur ton de cette couleur qui représente pour lui sa lutte contre le temps… La force mystique de cette couleur jaune renforce en lui le sentiment de l’espoir.
Le soleil jaune est pour Van Gogh « l’éternel soleil fort », astre tout puissant dont il ne se lasse pas de peindre le symbole.
Mais les fleurs, toutes les fleurs sont des flammes qui veulent devenir de la lumière ; et les tournesols de Van Gogh brûlent bientôt comme l’astre qu’ils symbolisaient.
Les tournesols sont devenus le regard halluciné du peintre.
(18)Il peint « La nuit étoilée » qui révèle une extraordinaire imagination, combinant là encore un sentiment de calme et d’extase.
Les cyprès y représentent la liaison entre le ciel et la terre, la vie et la mort.
(19)D’autres dessins de cette époque sont empreints d’une gaieté étonnante.
Le symbolisme de Baudelaire qui éclate dans l’œuvre de Vincent Van Gogh « Champ de blé aux corbeaux» exprime son désarroi.
Paysage en vision d’apocalypse présente le drame à se dérouler imprimant à la nature son rythme tourbillonnaire.
On peut suivre l’évolution de l’état d’âme de Vincent dans les évocations flamboyantes et dramatiques directement issues de sa vie intérieure.
Car au-delà des apparences, Van Gogh a découvert le mouvement interne de la nature, le jeu des forces obscures, la vie organique de l’univers et, dans cette écrasante immensité, la fragilité humaine.
En suivant ses funèbres corbeaux, il entre dans son ultime tableau pour y mourir : le paysage monstrueux l’a finalement englouti.
Les corbeaux, symbole de la destinée, s’envolent sur de claires masses lumineuses et essaient de s’échapper de l’orage.
Bien qu’immobile, ce tableau est caractérisé d’une mobilité à toute vitesse.
C’est là où le peintre relève, à l’aide des couleurs et des lignes, une vitesse, de l’impatience, son angoisse de partir, de s’enfuir, de s’envoler vers le néant.
A travers ma recherche, j’ai pu prouver que Baudelaire avec son esprit moderne et audacieux, en supprimant tout élément du passé, en laissant ses sentiments éblouir son art et en exprimant son propre désir de rester immortel, a été finalement une source d’inspiration pour les trois peintres.
A part leur talent, ils disposaient tous les trois aussi bien que le poète, d’un monde intérieur sentimental très riche, de la passion et de l’héroïsme tres forts et dynamiques, afin de bouleverser l’ordre établi.
A l’aide de cette sensibilité infinie pour tout ce qu’ils éprouvaient, leur esprit de liberté, Charles Baudelaire, Claude Monet, Paul Gauguin, Vincent Van Gogh ont pu non pas seulement s’exprimer, mais aussi rester dans l’éternité en utilisant le Symbole et ont emmené l’humanité vers la prospérité.
J’ai, donc, pu prouver que l’ œuvre des artistes aussi bien que leurs sentiments représentent la condition humaine et décrivent les différentes façons dont tout être humain essaie de s’échapper de la douleur que nous portons plus ou moins en nous-mêmes, dans nos gènes, provenant de la perte du paradis éternel.
L’état d’âme de la race humaine se balance entre la douleur, venant de son intérieur et la joie, un élan vers ‘un ailleurs,’ un effort continuel de s’échapper de ce qui nous gêne : pour les poètes et les peintres la seule défense est de vivre le plus intensément possible, en incluant des souvenirs, des désirs, de la passion érotique, dans quelques moments.
Il faut toucher le sentiment, si l’on veut faire une révolte sociale.
Il est donc manifesté à travers toute la recherche que, commençant par le Symbolisme qui avait déjà rejeté le désespoir du Romantisme, les courants picturaux de l’Impressionnisme, des Nabis et de l’Expressionnisme, exprimés par Charles Baudelaire, Claude Monet, Paul Gauguin et Vincent Van Gogh ont relevé toute infirmité précédente et ont donné le « pas » à la délibération de l’expression du sentiment de l’homme à travers l’art.
Les interrogations personnelles de Baudelaire et l’univers créé dans ses poèmes sont reproduits par les trois artistes, chacun choisissant son domaine de prédilection, prouvant que l’art peut dépasser le fugitif et la mort, grâce à la créativité qui installe l’œuvre d’Art dans l’éternité.

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