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« Une femme en Côte d’Ivoire, une femme au Burkina Faso »
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La Côte d’Ivoire, dans sa diversité de régions de forêt et de savane, et le Burkina Faso sont historiquement liés dans la construction de l’économie de plantation villageoise ivoirienne, fondée sur le binôme « café/cacao ». La terre de la première a toujours eu besoin du travail des habitants du second. Cette rencontre entre terre et travail a pu se réaliser avec peu de capital et sans capitalistes dans la sphère de production. Les familles d’origine ivoirienne et burkinabé, en majorité des migrants, constituent toujours l’ossature du secteur cacao. Au sein de la famille, les stratégies évoluent en réseaux, sur plusieurs espaces économiques. La contribution des femmes aux travaux dans les cacaoyères et champs de vivriers attenants est connue. Mais quel pourrait être l’importance et le rôle des femmes de planteurs qui resteraient ou retourneraient « au pays », au « village d’origine » ? Cette question, apparemment peu étudiée, est traitée à travers des enquêtes dans les villages de migration cacaoyère en Côte d’Ivoire, donc auprès des planteurs et maris parlant de leur femme au village d’origine, complétées d’informations collectées auprès des co-épouses restées avec leur mari. Un échantillon de 209 planteurs migrants dont 117 se déclarant d’origine burkinabé, se répartit sur une douzaine de villages de part et d’autre du fleuve Sassandra. Le premier résultat est la fréquence du phénomène, pouvant atteindre 20% des ménages de migrants. En amont de ces résidences de femmes au village d’origine, les stratégies combinent des objectifs de solidarité et sécurité familiale, de scolarité, de maintien des réseaux. Mais ces femmes « au village » accompagnent aussi des investissements conséquents et diversifiés, aux déterminants structurels autour du cacao et du politique : chute du prix du cacao à partir de 1988, baisse des rendements des cacaoyères vieillissantes, crise politico-militaire, nouveaux enjeux fonciers. Ces profonds changements écologiques, économiques, politiques des années 2000 génèrent ou accélèrent le processus de « retour » des femmes au village d’origine, … et du boom spectaculaire de l’anacarde en Côte d’Ivoire. Les femmes y jouent un rôle important, par exemple dans les groupes se réclamant d’une origine Abron/Koulango, aux confins de la frontière Ghanéenne. Leur « retour » au village d’origine peut s’interpréter comme une migration post-cacaoyère, porteuse de diversification et d’investissement. Ces « femmes qui restent ou qui repartent » reflètent l’histoire, les jeux et enjeux de l’économie de plantation ivoirienne ou plutôt « ivoiro/ouest-africaine », mais en écrivent aussi une nouvelle page.
Title: « Une femme en Côte d’Ivoire, une femme au Burkina Faso »
Description:
La Côte d’Ivoire, dans sa diversité de régions de forêt et de savane, et le Burkina Faso sont historiquement liés dans la construction de l’économie de plantation villageoise ivoirienne, fondée sur le binôme « café/cacao ».
La terre de la première a toujours eu besoin du travail des habitants du second.
Cette rencontre entre terre et travail a pu se réaliser avec peu de capital et sans capitalistes dans la sphère de production.
Les familles d’origine ivoirienne et burkinabé, en majorité des migrants, constituent toujours l’ossature du secteur cacao.
Au sein de la famille, les stratégies évoluent en réseaux, sur plusieurs espaces économiques.
La contribution des femmes aux travaux dans les cacaoyères et champs de vivriers attenants est connue.
Mais quel pourrait être l’importance et le rôle des femmes de planteurs qui resteraient ou retourneraient « au pays », au « village d’origine » ? Cette question, apparemment peu étudiée, est traitée à travers des enquêtes dans les villages de migration cacaoyère en Côte d’Ivoire, donc auprès des planteurs et maris parlant de leur femme au village d’origine, complétées d’informations collectées auprès des co-épouses restées avec leur mari.
Un échantillon de 209 planteurs migrants dont 117 se déclarant d’origine burkinabé, se répartit sur une douzaine de villages de part et d’autre du fleuve Sassandra.
Le premier résultat est la fréquence du phénomène, pouvant atteindre 20% des ménages de migrants.
En amont de ces résidences de femmes au village d’origine, les stratégies combinent des objectifs de solidarité et sécurité familiale, de scolarité, de maintien des réseaux.
Mais ces femmes « au village » accompagnent aussi des investissements conséquents et diversifiés, aux déterminants structurels autour du cacao et du politique : chute du prix du cacao à partir de 1988, baisse des rendements des cacaoyères vieillissantes, crise politico-militaire, nouveaux enjeux fonciers.
Ces profonds changements écologiques, économiques, politiques des années 2000 génèrent ou accélèrent le processus de « retour » des femmes au village d’origine, … et du boom spectaculaire de l’anacarde en Côte d’Ivoire.
Les femmes y jouent un rôle important, par exemple dans les groupes se réclamant d’une origine Abron/Koulango, aux confins de la frontière Ghanéenne.
Leur « retour » au village d’origine peut s’interpréter comme une migration post-cacaoyère, porteuse de diversification et d’investissement.
Ces « femmes qui restent ou qui repartent » reflètent l’histoire, les jeux et enjeux de l’économie de plantation ivoirienne ou plutôt « ivoiro/ouest-africaine », mais en écrivent aussi une nouvelle page.
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