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Politiques de la réception des Vite de Vasari en France aux XVIe et XVIIe siècles

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Cette thèse retrace l’évolution de la réception des Vite de Vasari en France à travers trois étapes qui couvrent la période allant de 1550, date de la première édition des Vite, à la fin du XVIIe siècle. Ce parcours chronologique commence par une approbation absolue, typique de la fin du XVIe siècle, de Vasari peintre et historien, coïncidant avec l’assimilation de ses positions critico-esthétiques (dont le primat de Michel-Ange sur tous les autres artistes). Dès cette première phase, toutefois, certains aspects du paradigme historique proposé (notamment la périodisation en trois Âges) et la relation à l’Antiquité (qui reste en France indépassable) sont partiellement remis en cause. Nous essayons de démontrer, en présentant des comparaisons précises, que Blaise de Vigenère (1523-1596) fut le premier à pratiquer un usage « crypté » des Vite (surtout des Teoriche), en dissimulant les informations que s’y trouvent à travers de subtiles modifications et l’interposition de souvenirs personnels. Une hypothèse que nous formulons pourrait expliquer un tel comportement, lourd de conséquences. L’estime pour Vasari ne se dément pas jusqu’au milieu du XVIIe siècle – entretenue par la nouvelle édition des Vite (de Carlo Manolessi en 1637) – comme en témoignent Pierre Daret (dont l’Abrégé traduit la biographie de Raphaël, 1651) et Hilaire Pader (auteur d’une biographie de Lomazzo qui répond aux critères vasariens). Dès 1651, pourtant, Raphaël Trichet Du Fresne (1611-1661) inaugure,sous l’influence de Fréart de Chambray (1606-1676), une nouvelle phase de la réception de Vasari, observable dans les deux biographies de Léonard et d’Alberti qu’il compose. Les Vite sont la source la plus exploitée dans ces textes pourtant le nom de Vasari ne s’y trouve cité que pour être dénigré pour ses inexactitudes historiques. Fréart de Chambray, critique le plus dur,accuse Vasari non seulement comme historien mais aussi comme critique d’art. Les jugements négatifs sur Michel-Ange vont alors de pair avec les reproches à Vasari. Félibien (1619-1695),quant à lui, pendant les vingt ans de rédaction de ses Entretiens, témoigne d’une approche complexe et ambigüe. Il reprend des passages des Vite sans jamais citer sa source, si ce n’est pour l’éreinter. Toutefois, tout en le dénigrant, il admire secrètement Vasari, lui consacre une biographie et assouplit le jugement sans appel de Fréart sur Michel-Ange. Enfin, trois traités de la fin du siècle illustrent ce que l’on peut définir comme une « réconciliation » avec Vasari.Roger de Piles (1635-1709), notamment, affirmera : « On lui reproche néanmoins d’y avoir loué les peintres de son pays; c’est-à-dire les Florentins. Quoi qu’il en soit, la peinture lui doit un monument éternel […] ». Les nombreux textes étudiés, parfois peu connus, rendent compte des multiples façons dont on accueillit en France l’approche nouvelle (théorique, historique,pratique, linguistique, etc.) des arts figuratifs qu’avait offert Vasari à l’Europe. Commentaires,paraphrases, adaptations, éditions, traductions, débats consensuels ou polémiques, ouverts ou déguisés sont autant de modalités d’utilisation de l’oeuvre du Toscan qui varièrent, certes en fonction de motivations particulières, mais qui, globalement, suivirent le mouvement d’une France qui, entre autres par les arts, chercha tout au long du siècle à s’imposer politiquement sur la scène européenne.
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Title: Politiques de la réception des Vite de Vasari en France aux XVIe et XVIIe siècles
Description:
Cette thèse retrace l’évolution de la réception des Vite de Vasari en France à travers trois étapes qui couvrent la période allant de 1550, date de la première édition des Vite, à la fin du XVIIe siècle.
Ce parcours chronologique commence par une approbation absolue, typique de la fin du XVIe siècle, de Vasari peintre et historien, coïncidant avec l’assimilation de ses positions critico-esthétiques (dont le primat de Michel-Ange sur tous les autres artistes).
Dès cette première phase, toutefois, certains aspects du paradigme historique proposé (notamment la périodisation en trois Âges) et la relation à l’Antiquité (qui reste en France indépassable) sont partiellement remis en cause.
Nous essayons de démontrer, en présentant des comparaisons précises, que Blaise de Vigenère (1523-1596) fut le premier à pratiquer un usage « crypté » des Vite (surtout des Teoriche), en dissimulant les informations que s’y trouvent à travers de subtiles modifications et l’interposition de souvenirs personnels.
Une hypothèse que nous formulons pourrait expliquer un tel comportement, lourd de conséquences.
L’estime pour Vasari ne se dément pas jusqu’au milieu du XVIIe siècle – entretenue par la nouvelle édition des Vite (de Carlo Manolessi en 1637) – comme en témoignent Pierre Daret (dont l’Abrégé traduit la biographie de Raphaël, 1651) et Hilaire Pader (auteur d’une biographie de Lomazzo qui répond aux critères vasariens).
Dès 1651, pourtant, Raphaël Trichet Du Fresne (1611-1661) inaugure,sous l’influence de Fréart de Chambray (1606-1676), une nouvelle phase de la réception de Vasari, observable dans les deux biographies de Léonard et d’Alberti qu’il compose.
Les Vite sont la source la plus exploitée dans ces textes pourtant le nom de Vasari ne s’y trouve cité que pour être dénigré pour ses inexactitudes historiques.
Fréart de Chambray, critique le plus dur,accuse Vasari non seulement comme historien mais aussi comme critique d’art.
Les jugements négatifs sur Michel-Ange vont alors de pair avec les reproches à Vasari.
Félibien (1619-1695),quant à lui, pendant les vingt ans de rédaction de ses Entretiens, témoigne d’une approche complexe et ambigüe.
Il reprend des passages des Vite sans jamais citer sa source, si ce n’est pour l’éreinter.
Toutefois, tout en le dénigrant, il admire secrètement Vasari, lui consacre une biographie et assouplit le jugement sans appel de Fréart sur Michel-Ange.
Enfin, trois traités de la fin du siècle illustrent ce que l’on peut définir comme une « réconciliation » avec Vasari.
Roger de Piles (1635-1709), notamment, affirmera : « On lui reproche néanmoins d’y avoir loué les peintres de son pays; c’est-à-dire les Florentins.
Quoi qu’il en soit, la peinture lui doit un monument éternel […] ».
Les nombreux textes étudiés, parfois peu connus, rendent compte des multiples façons dont on accueillit en France l’approche nouvelle (théorique, historique,pratique, linguistique, etc.
) des arts figuratifs qu’avait offert Vasari à l’Europe.
Commentaires,paraphrases, adaptations, éditions, traductions, débats consensuels ou polémiques, ouverts ou déguisés sont autant de modalités d’utilisation de l’oeuvre du Toscan qui varièrent, certes en fonction de motivations particulières, mais qui, globalement, suivirent le mouvement d’une France qui, entre autres par les arts, chercha tout au long du siècle à s’imposer politiquement sur la scène européenne.

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