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Tark, shperlack, burfip, and other alien bad words : Investigating a sound-meaning association in English and French swear words

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Tark, shperlack, burfip, et autres gros mots aliens : étude d'une association son-sens dans les gros mots de l'anglais et du français Les gros mots, aussi connus sous le nom de jurons, mots tabous, ou en anglais profanities, bad words, etc. sont des mots socialement interdits car considérés comme extrêmement impolis ou gravement insultants. Pourquoi les gros mots sont-ils interdits et pas d'autres mots ? Une partie de l'explication vient de leurs sens liés à des domaines sémantiques tabous, comme la religion, la sexualité, ou les déchets du corps humain (Bergen 2016a : 12-39) ; s'ensuit alors la question: pourquoi leurs (quasi-)synonymes ne sont-ils pas interdits, par exemple en anglais, pourquoi prick est-il un gros mot et pas penis (Ljung 2011 : viii), pourquoi shit est-il un gros mot et pas excrement ou stool (Bergen 2016a : 14-15) ? Certains font l'hypothèse (Hughes 2006: 343) ou proposent à partir de données empiriques (Yardy 2010 ; Bergen 2016a : 52-63 ; Lev-Ari & McKay 2022 ; Chiang & Schlatter, ms.) que les sons influencent quels mots sont interdits, car les gros mots ont tendance à contenir des phonèmes spécifiques. On peut l'expliquer par le phonosymbolisme, l'idée selon laquelle les sons peuvent être associés à des sens (Dingemanse et al. 2015; Haiman 2018: 118-119; Sidhu 2019), ou pour le dire autrement, que les sons peuvent être impliqués dans des associations forme-sens inconscientes, des constructions inconscientes au sens de la Grammaire des Constructions (Goldberg 2006). Dans cette thèse, nous passons en revue ce que dit la littérature scientifique sur les gros mots et le phonosymbolisme. Nous décrivons ensuite trois études empiriques sur l'anglais et le français : une étude sur les gros mots de l'anglais et du français, une sur les gros mots fictionnels de l'anglais et du français, et une sur des gros mots expérimentaux - nous avons demandé à des locuteurs et locutrices dont la langue première est l'anglais et le français d'inventer spontanément des mots aliens, c'est-à-dire de langues extraterrestres comme dans une œuvre de science-fiction. Nos résultats suggèrent l'existence d'une association son-sens entre le sens social et émotionnel des gros mots (Finkelstein 2018 : 311, 326) et les consonnes les moins sonores selon l'échelle de sonorité de Parker (2008): les occlusives (/p/, /t/, /k/, /b/, /d/, et /g/), les fricatives sourdes (/f/, /θ/, /s/, /ʃ/, et /h/), et les affriquées (/tʃ/ et /dʒ/). Nos données sur les gros mots français confirment également qu'ils ont un sens plus social et émotionnel, comme “intrusion dans l'espace personnel de l'interlocuteur ou interlocutrice”, ou “rupture du tabou”. Enfin, nous offrons une discussion théorique de ce que notre association son-sens et d'autres impliquent pour la façon dont la langue transmet du sens. En particulier, nous proposons que, bien qu'il s'agit d'un débat polémique, les principes classiques que sont la double articulation (Dingemanse et al. 2015 ; Martinet 1957) et l'arbitraire du signe (Saussure (2005 [1916]) ne sont en réalité pas incompatible avec le phonosymbolisme. Une réanalyse de la double articulation de Martinet et l'arbitraire de Saussure suggère que ce dernier devrait être redéfini plus spécifiquement qu'originellement conçu par Saussure, et que l'arbitraire n'implique pas logiquement la double articulation. Cette réévaluation permet également de distinguer entre les associations son-sens motivées et non-motivées. Elle nous aide à mieux comprendre comment les locuteurs et locutrices peuvent donner sens aux sons, autrement dit, comment les sons peuvent être impliqués dans des associations sons-sens inconscientes qui influencent profondément la langue - comme dans le cas de l'interdiction des gros mots - et ne sont pas limitées à la poésie et autres jeux de langage.
Agence Bibliographique de l'Enseignement Supérieur
Title: Tark, shperlack, burfip, and other alien bad words : Investigating a sound-meaning association in English and French swear words
Description:
Tark, shperlack, burfip, et autres gros mots aliens : étude d'une association son-sens dans les gros mots de l'anglais et du français Les gros mots, aussi connus sous le nom de jurons, mots tabous, ou en anglais profanities, bad words, etc.
sont des mots socialement interdits car considérés comme extrêmement impolis ou gravement insultants.
Pourquoi les gros mots sont-ils interdits et pas d'autres mots ? Une partie de l'explication vient de leurs sens liés à des domaines sémantiques tabous, comme la religion, la sexualité, ou les déchets du corps humain (Bergen 2016a : 12-39) ; s'ensuit alors la question: pourquoi leurs (quasi-)synonymes ne sont-ils pas interdits, par exemple en anglais, pourquoi prick est-il un gros mot et pas penis (Ljung 2011 : viii), pourquoi shit est-il un gros mot et pas excrement ou stool (Bergen 2016a : 14-15) ? Certains font l'hypothèse (Hughes 2006: 343) ou proposent à partir de données empiriques (Yardy 2010 ; Bergen 2016a : 52-63 ; Lev-Ari & McKay 2022 ; Chiang & Schlatter, ms.
) que les sons influencent quels mots sont interdits, car les gros mots ont tendance à contenir des phonèmes spécifiques.
On peut l'expliquer par le phonosymbolisme, l'idée selon laquelle les sons peuvent être associés à des sens (Dingemanse et al.
2015; Haiman 2018: 118-119; Sidhu 2019), ou pour le dire autrement, que les sons peuvent être impliqués dans des associations forme-sens inconscientes, des constructions inconscientes au sens de la Grammaire des Constructions (Goldberg 2006).
Dans cette thèse, nous passons en revue ce que dit la littérature scientifique sur les gros mots et le phonosymbolisme.
Nous décrivons ensuite trois études empiriques sur l'anglais et le français : une étude sur les gros mots de l'anglais et du français, une sur les gros mots fictionnels de l'anglais et du français, et une sur des gros mots expérimentaux - nous avons demandé à des locuteurs et locutrices dont la langue première est l'anglais et le français d'inventer spontanément des mots aliens, c'est-à-dire de langues extraterrestres comme dans une œuvre de science-fiction.
Nos résultats suggèrent l'existence d'une association son-sens entre le sens social et émotionnel des gros mots (Finkelstein 2018 : 311, 326) et les consonnes les moins sonores selon l'échelle de sonorité de Parker (2008): les occlusives (/p/, /t/, /k/, /b/, /d/, et /g/), les fricatives sourdes (/f/, /θ/, /s/, /ʃ/, et /h/), et les affriquées (/tʃ/ et /dʒ/).
Nos données sur les gros mots français confirment également qu'ils ont un sens plus social et émotionnel, comme “intrusion dans l'espace personnel de l'interlocuteur ou interlocutrice”, ou “rupture du tabou”.
Enfin, nous offrons une discussion théorique de ce que notre association son-sens et d'autres impliquent pour la façon dont la langue transmet du sens.
En particulier, nous proposons que, bien qu'il s'agit d'un débat polémique, les principes classiques que sont la double articulation (Dingemanse et al.
2015 ; Martinet 1957) et l'arbitraire du signe (Saussure (2005 [1916]) ne sont en réalité pas incompatible avec le phonosymbolisme.
Une réanalyse de la double articulation de Martinet et l'arbitraire de Saussure suggère que ce dernier devrait être redéfini plus spécifiquement qu'originellement conçu par Saussure, et que l'arbitraire n'implique pas logiquement la double articulation.
Cette réévaluation permet également de distinguer entre les associations son-sens motivées et non-motivées.
Elle nous aide à mieux comprendre comment les locuteurs et locutrices peuvent donner sens aux sons, autrement dit, comment les sons peuvent être impliqués dans des associations sons-sens inconscientes qui influencent profondément la langue - comme dans le cas de l'interdiction des gros mots - et ne sont pas limitées à la poésie et autres jeux de langage.

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