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Black India, les constructions sociales des Siddi, descendants d'Africains en Inde

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Cette thèse porte sur les processus d’identification et d’unification des Siddis, descendants d’Africains en Inde. Ces derniers sont définis par des attributs physiques qui renvoient à une origine africaine commune au fondement de leur altérité en Inde. Pourtant, tous les Indiens descendants d’Africains ne s’identifient pas aux Siddis et inversement, certains Siddis ne possèdent pas de caractéristiques physiques pouvant être associées à leurs origines africaines. Les Siddis représentent des groupes dispersés et socialement dévalorisés. Ils ne parlent pas tous la même langue, ont des pratiques religieuses distinctes et vivent dans des zones géographiques éloignées. Cette thèse, issue d’une ethnographie menée entre 2014 et 2020 auprès de Siddis du Gujarat, du Karnataka, de Mumbai et de Hyderabad, examine les récits de vie, les parcours et les mémoires des descendants d’Africains contemporains qui mettent en lumière les multiples trajectoires de leurs ancêtres issues de relations géopolitiques complexes entre l’Inde, l’Afrique de l’est, le Moyen Orient et l’Europe. Si l’esclavage est la cause principale de la déportation massive d’Africains vers le sous-continent indien, des Africains et leurs descendants y ont cependant occupé différentes places sociales, parfois même de haut rang. Malgré cette diversité, ce travail de recherche met en exergue des processus d’identification et d’unification à l’œuvre parmi les Siddis qui s’inscrivent dans des réseaux régionaux, nationaux et transnationaux. Du Gujarat à Mumbai, les Siddis se fédèrent depuis plus de deux cent ans à travers le soufisme en inscrivant leur identité dans une cosmologie de saints africains vénérés et célébrés par la musique, les rituels et la parenté. Dans les forêts du nord du Karnataka, différentes communautés siddies (chrétiennes, musulmanes et hindoues) ont amorcé un processus d’unification à partir des années 1980, transcendant les frontières religieuses par des organisations politiques, sociales, économiques, artistiques, mais aussi par des mariages interconfessionnels. Des réseaux siddis se développent aussi à échelle nationale et se multiplient également grâce aux réseaux sociaux numériques au fondement de nouvelles communautés. Par ailleurs, une minorité d’Indiens descendants d’Africains n’associant pas leur histoire à celle des Siddis ou ayant des ancêtres de rang social élevé semble moins concernée par ces réseaux. Au contraire, les Siddis les plus discriminés se sont emparés des stigmates qui leur étaient attribués pour s’unir en tant que minorité à part, une afro-jāti, devenue la condition d’être siddie dans une société ou chaque individu est assigné à un groupe par la naissance et dont les conditions d’existence dépendent des appartenances collectives. Cette thèse explore la manière dont les Siddis se sont adaptés aux catégories sociales indiennes et ont tenté de négocier leur place en s’appuyant sur leur singularité incarnée. Les frontières des collectifs siddis sont cependant en perpétuelle redéfinition et se trans/forment en fonction des contextes historiques, religieux, sociopolitiques et des opportunités. Les réseaux siddis s’étendent actuellement jusqu’au-delà des frontières de l’Inde. Depuis le début du XXIe siècle, des relations transnationales se multiplient entre des Siddis et d’autres personnes d’ascendance africaine à travers le monde, ce qui rend compte d’une identification commune à l’Afrique mais surtout, à une condition partagée : celle d’être considéré comme noir. Cette thèse analyse donc les formes d’agentivité mises en œuvre par les Siddis pour tenter de s’extraire d’une condition noire et de s’inscrire dans une communauté « noire » au-delà du Black Atlantic conceptualisé par Paul Gilroy. La Black India donne ainsi à voir la particularité de cette condition noire en Inde qui n’est pas uniquement liée à une conception moderne et occidentale, et invite donc à repenser celle-ci à un niveau global.
Agence Bibliographique de l'Enseignement Supérieur
Title: Black India, les constructions sociales des Siddi, descendants d'Africains en Inde
Description:
Cette thèse porte sur les processus d’identification et d’unification des Siddis, descendants d’Africains en Inde.
Ces derniers sont définis par des attributs physiques qui renvoient à une origine africaine commune au fondement de leur altérité en Inde.
Pourtant, tous les Indiens descendants d’Africains ne s’identifient pas aux Siddis et inversement, certains Siddis ne possèdent pas de caractéristiques physiques pouvant être associées à leurs origines africaines.
Les Siddis représentent des groupes dispersés et socialement dévalorisés.
Ils ne parlent pas tous la même langue, ont des pratiques religieuses distinctes et vivent dans des zones géographiques éloignées.
Cette thèse, issue d’une ethnographie menée entre 2014 et 2020 auprès de Siddis du Gujarat, du Karnataka, de Mumbai et de Hyderabad, examine les récits de vie, les parcours et les mémoires des descendants d’Africains contemporains qui mettent en lumière les multiples trajectoires de leurs ancêtres issues de relations géopolitiques complexes entre l’Inde, l’Afrique de l’est, le Moyen Orient et l’Europe.
Si l’esclavage est la cause principale de la déportation massive d’Africains vers le sous-continent indien, des Africains et leurs descendants y ont cependant occupé différentes places sociales, parfois même de haut rang.
Malgré cette diversité, ce travail de recherche met en exergue des processus d’identification et d’unification à l’œuvre parmi les Siddis qui s’inscrivent dans des réseaux régionaux, nationaux et transnationaux.
Du Gujarat à Mumbai, les Siddis se fédèrent depuis plus de deux cent ans à travers le soufisme en inscrivant leur identité dans une cosmologie de saints africains vénérés et célébrés par la musique, les rituels et la parenté.
Dans les forêts du nord du Karnataka, différentes communautés siddies (chrétiennes, musulmanes et hindoues) ont amorcé un processus d’unification à partir des années 1980, transcendant les frontières religieuses par des organisations politiques, sociales, économiques, artistiques, mais aussi par des mariages interconfessionnels.
Des réseaux siddis se développent aussi à échelle nationale et se multiplient également grâce aux réseaux sociaux numériques au fondement de nouvelles communautés.
Par ailleurs, une minorité d’Indiens descendants d’Africains n’associant pas leur histoire à celle des Siddis ou ayant des ancêtres de rang social élevé semble moins concernée par ces réseaux.
Au contraire, les Siddis les plus discriminés se sont emparés des stigmates qui leur étaient attribués pour s’unir en tant que minorité à part, une afro-jāti, devenue la condition d’être siddie dans une société ou chaque individu est assigné à un groupe par la naissance et dont les conditions d’existence dépendent des appartenances collectives.
Cette thèse explore la manière dont les Siddis se sont adaptés aux catégories sociales indiennes et ont tenté de négocier leur place en s’appuyant sur leur singularité incarnée.
Les frontières des collectifs siddis sont cependant en perpétuelle redéfinition et se trans/forment en fonction des contextes historiques, religieux, sociopolitiques et des opportunités.
Les réseaux siddis s’étendent actuellement jusqu’au-delà des frontières de l’Inde.
Depuis le début du XXIe siècle, des relations transnationales se multiplient entre des Siddis et d’autres personnes d’ascendance africaine à travers le monde, ce qui rend compte d’une identification commune à l’Afrique mais surtout, à une condition partagée : celle d’être considéré comme noir.
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